Suisse: Publication de l’Action de Carême sur la Mémoire
Lausanne, 20 avril 2009 (Apic) A l’heure où s’ouvre à Genève la Conférence de suivi de Durban sur le racisme, Action de Carême publie un ouvrage collectif sur le thème de la mémoire aux Editions d’en bas. Près d’un demi-siècle après la décolonisation, les relations Nord Sud restent souvent inscrites dans un rapport dominant-dominé.
Les différentes contributions de l’ouvrage montrent comment l’absence ou la timidité du travail de mémoire lié à ces tragédies contribuent à figer les positions réciproques de l’Afrique Noire, des Caraïbes avec l’Occident.
Si la Conférence de Durban en 2001 a vu, enfin, la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage comme un crime contre l’humanité, il demeure un étonnant vide dans le paysage des commémorations, mémoriaux, et autres événements susceptibles de reconnaître ces tragédies à la hauteur de leur gravité, de leur ampleur même.
Certes, indique un communiqué de l’oeuvre d’entraide, l’année 2006 a été marquée par plusieurs initiatives dans le domaine des commémorations notamment en France et le débat suscité par les lois dites « mémorielles » témoignent du travail inéluctable mais parfois souterrain de la mémoire. « Ce vide, ce silence ne sont pas sans conséquence sur le travail de coopération au développement ».
En dépit de la période de turbulences et de transition politique à laquelle Madagascar fait actuellement face, l’île n’a pas manqué de commémorer il y a quelques semaines à peine la révolte nationaliste dont la répression par les autorités françaises a fait 80’000 morts le 29 mars 1947. « Comment ne pas se tourner vers Haïti dont la France a exigé après l’indépendance en 1804, le paiement d’une dette de 150 millions de francs or pour compenser la perte des colons qui bénéficiaient de la manne des esclaves… Qu’il s’agisse de Madagascar ou d’Haïti, le travail de mémoire reste encore à faire en Europe ».
L’écho du passé
L’esclavage et la colonisation ne sont pas uniquement d’effroyables violations des droits humains mais aussi des prédations économiques, sociales et culturelles dont les conséquences sont encore visibles aujourd’hui. La carte du développement économique mondial porte aussi les stigmates de ce passé.
Le recueil publié aujourd’hui par l’Action de Carême reprend les contributions des intervenants au Colloque de 2006 Mémoire et droits humains, enjeux et perspectives pour les pays d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes organisé en novembre 2006 par Action de Carême à Genève. Les différents textes montrent que l’idéologie qui a justifié une interprétation des droits humains à géométrie variable n’a jamais été déconstruite. De manière visible ou souterraine, elle habite notre inconscient collectif, au Nord et au Sud. Réfléchir à cette question, aussi au sein des milieux de développement, est un préalable pour que les populations Noires se réapproprient leur destin et luttent contre cette identité économiquement, politiquement, culturellement et socialement inscrite dans l’infériorisation. En Europe comme au Sud de la planète – par exemple l’Afrique du Sud -, l’histoire montre qu’il n’y a pas de paix durable sans travail de mémoire et de justice.
Les auteurs de ce livre seront au salon du livre africain, à Genève. (apic/com/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/suisse-publication-de-l-action-de-careme-sur-la-memoire/