Accusé d’avoir fait une utilisation politique de l’Holocauste

Jérusalem: Yad Vashem a licencié un guide qui parlait des souffrances des Palestiniens

Jérusalem, 23 avril 2009 (Apic) Yad Vashem, le mémorial du souvenir des juifs exterminés par les nazis à Jérusalem, a licencié un employé qui avait osé comparer l’Holocauste à la «Nakba», la «catastrophe» qui a vu lors de la création de l’Etat d’Israël la destruction de centaines de villages palestiniens et la naissance du problème des réfugiés.

Selon l’édition en ligne de jeudi du journal israélien Haaretz, Itamar Shapira, un juif de 29 ans habitant Jérusalem, a été congédié avant la Pâque pour avoir osé évoquer le traumatisme vécu par le peuple palestinien lors de la guerre d’Indépendance d’Israël et le comparer avec celui des survivants de l’extermination des juifs par les nazis.

Itamar Shapira, qui travaillait comme guide au Mémorial depuis 3 ans et demi, a eu le malheur de montrer l’autre face de la réalité d’Israël lors de la visite d’un groupe d’étudiants d’une «yeshiva» (école talmudique) de la colonie de peuplement d’Efrat, dans les territoires palestiniens. Les étudiants se sont plaints à la direction, qui a décidé de se séparer de son guide, sous prétexte que l’institution de Yad Vashem s’oppose «à toute utilisation politique de l’Holocauste, spécialement par une personne qui travaille pour elle».

Shapira a déclaré au journal Haaretz que Yad Vashem choisit d’examiner seulement certains événements qui se sont déroulés lors de la guerre d’Indépendance. «C’est hypocrite. J’ai seulement essayé de montrer les faits aux visiteurs, sans tirer de conclusions politiques.

Si Yad Vashem choisit d’ignorer les faits, par exemple le massacre de Deir Yassin (selon divers historiens, il fut commis par des miliciens juifs de l’Irgoun et du Lehi, qui ont bénéficié de l’appui du Palmach et de la Haganah, ndr), ou la Nakba (»La Catastrophe», le terme utilisé par les Palestiniens pour désigner ce qu’ils ont subi après 1948, ndr), cela signifie que l’institution a peur de quelque chose et que son approche historique est biaisée», affirme Itamar Shapira.

Itamar Shapira a déclaré dans une conversation téléphonique avec le quotidien Haaretz qu’il a effectivement parlé aux visiteurs du massacre de 1948 à Deir Yassin, «parce qu’aujourd’hui, les ruines de ce village arabe font partie du quartier de Givat Shaul à Jérusalem, et elles peuvent être vues quand on quitte Yad Vashem». Pour le guide israélien licencié pour ne pas avoir été «politiquement correct», il faut aussi mentionner que les gens qui vivaient dans ce territoire avant la fondation de l’Etat d’Israël vivent aussi un traumatisme.

«L’Holocauste nous a poussés à établir un Etat juif et le traumatisme de la nation palestinienne la pousse aussi à chercher son autodétermination, son identité, sa terre et sa dignité, tout comme le sionisme les avait cherchées», a-t-il déclaré à Haaretz. Pour la direction de l’institution de Yad Vashem, l’Holocauste des juifs ne peut être comparé à aucun autre événement dans l’histoire. (apic/haar/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/jerusalem-yad-vashem-a-licencie-un-guide-qui-parlait-des-souffrances-des-palestiniens/