Benoît XVI en Terre sainte: la «délicate chorégraphie» d’un voyage en forme de «casse-tête»

Un voyage «piégé de toutes parts»

Antoine-Marie Izoard, I.MEDIA.

Rome, 6 mai 2009 (Apic) Un voyage complexe mais aussi un acte d’espérance et de confiance dans un contexte difficile: c’est ainsi que le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, résume le 12e déplacement de Benoît XVI à l’étranger.

En se rendant du 8 au 15 mai 2009 en Jordanie, en Israël et dans les Territoires palestiniens en «pèlerin de la paix», comme il l’a lui-même souhaité, le pape de 82 ans va ainsi devoir faire face à un casse-tête à la fois politique, diplomatique et religieux.

C’est particulièrement le sentiment du père David Neuhaus, vicaire patriarcal chargé des catholiques d’expression hébraïque pour le Patriarcat latin. Dans un billet publié sur le site Internet de la Custodie de Terre sainte (www.custodia.org), ce jésuite israélien évoque ainsi «la délicate chorégraphie de cette visite qui voit le Saint-Père se déplacer au milieu de nombreux champs de mines potentiels: religieux, politique, national, ethnique et oecuménique».

Un contexte difficile

Présentant à la presse au Vatican le voyage de Benoît XVI, le 4 mai, le père Federico Lombardi a souligné le «contexte difficile» de ce nouveau déplacement «dans trois pays». Le porte-parole du Vatican a alors évoqué à la fois «l’attaque» israélienne récente dans la Bande de Gaza, les problèmes internes à l’Autorité palestinienne, les «tensions» entre Israël et l’Iran, ou encore la nouvelle politique étrangère américaine en même temps que l’arrivée d’un nouveau gouvernement à Tel-Aviv.

Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège n’a pas fait mention d’autres problèmes, pourtant majeurs, comme les rapports délicats entre juifs et catholiques. Il en va ainsi de la figure de Pie XII (1939-1958) et de son rôle contesté lors de la Shoah, mais aussi des relations bilatérales entre Israël et le Saint-Siège qui peinent à trouver un accord fiscal en discussion depuis 1993. La levée récente de l’excommunication d’un évêque intégriste tenant, dans le même temps, des propos négationnistes, est loin d’améliorer la situation. Le pape et le Saint-Siège en ont pourtant profité pour dénoncer le négationnisme et redire leur condamnation «claire» et «sans équivoque» de l’Holocauste.

Sur le plan politique, le pape va devoir jongler au fil de ses nombreux discours avec les attentes des autorités israéliennes et palestiniennes, et se garder de serrer les «mauvaises» mains lors de ses différentes rencontres. Le Saint-Siège, confie une source chrétienne sur place, s’est en outre aperçu quelques semaines seulement avant le voyage que le 14 mai marquait à la fois l’anniversaire de la naissance de l’Etat d’Israël et, côté palestinien, la journée de la «Nakba» (la «catastrophe», en arabe).

Le 14 mai 1948, des centaines de milliers d’Arabes israéliens fuirent ainsi leurs villages sous contrôle israélien avec la naissance de l’Etat d’Israël suite à la résolution onusienne de novembre 1947. Dans ce contexte, les propos du pape à Nazareth puis à Jérusalem, les 14 et 15 mai, prendront une teneur toute particulière.

Le Saint-Siège s’efforce de présenter le 12e déplacement du pape à l’étranger comme un «pèlerinage en Terre sainte», visant à en atténuer la dimension politique. Pour autant, le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, a reconnu lui-même qu’il était «impensable que ce pèlerinage n’ait pas de portée politique». «Chaque journée, chaque geste, chaque rencontre et chaque visite, tout aura une connotation politique», a récemment insisté le patriarche latin pour qui, dans la région, même «l’oxygène est politique».

Le plan religieux

Le sort des chrétiens de la région, et leur exode progressif, ne manqueront pas d’être évoqués par le pape au cours de ce voyage. Nombreux sont pourtant les chrétiens qui craignent d’être les derniers destinataires, dans les préoccupations politiques et médiatiques, de ce déplacement de Benoît XVI sur les lieux de naissance même du christianisme. Rassurant, à 6 jours de son arrivée dans la région, le pape a affirmé souhaiter «confirmer et encourager les chrétiens de Terre sainte qui doivent affronter quotidiennement de nombreuses difficultés».

Par ailleurs, le dialogue entre chrétiens et musulmans sera au coeur du séjour de Benoît en Jordanie. Le pape prononcera un discours très attendu à la mosquée d’Amman devant des responsables musulmans et les membres du corps diplomatique. Il foulera aussi le sol de deux mosquées : celle d’Amman, mais aussi le très symbolique Dôme du Rocher, sur l’Esplanade des Mosquées. Ce lieu de culte, le troisième lieu saint de l’islam après La Mecque et Médine, est interdit aux non musulmans depuis une dizaine d’années.

Piégé

«Je ne vous cache pas que je prie encore pour que le pape annule son voyage», confie une catholique vivant à Jérusalem. Aux yeux de cette fidèle pourtant engagée dans la préparation du voyage, ce déplacement de Benoît XVI est «piégé de toutes parts».

De même, le vicaire patriarcal chargé des catholiques d’expression hébraïque relève que «de nombreux chrétiens de Terre sainte sont anxieux» à la veille de ce voyage au cours duquel «les Israéliens tout comme les Palestiniens attendent des avantages politiques». S’il juge que ce n’était peut-être pas le «meilleur moment» pour accomplir un tel déplacement, le père David Neuhaus estime que cette visite «suscite également des espoirs et des rêves» chez de nombreux catholiques. Pour le jésuite, enfin, Benoît XVI «peut jouer un rôle prophétique» dans la région, «avec l’aide de l’Esprit-Saint, grande sagesse et grâce à une très attentive préparation».

Une question demeure. Fallait-il attendre des temps meilleurs et la résolution de la question palestinienne pour organiser ce voyage de Benoît XVI ? Mgr Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, a lui-même récemment répondu : «cette région n’est jamais en paix», a-t-il confié, et «j’ai bien peur que deux ou trois souverains pontifes passent avant qu’elle soit ne définitivement réglée». (apic/imedia/ami/pr)

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