Le pape en visite pastorale en Terre Sainte
Des responsables d’Israël et du Vatican démentent
Jérusalem, 7 mai 2009 (Apic) Des responsables d’Israël et le représentant du Vatican en Israël ont démenti l’annonce en début de semaine par les médias israéliens d’un transfert de souveraineté, à la demande du président israélien Shimon Pérès, de six lieux saints chrétiens au Vatican.
Selon la Radio de l’armée et divers autres médias, la demande de longue date du Vatican qu’Israël transfère au Saint Siège la souveraineté sur des lieux saints chrétiens d’importance avait créé des dissensions parmi les responsables politiques israéliens, notamment du côté du ministre de l’Intérieur Eli Yishai, du parti religieux sépharade Shass. Ce transfert au Vatican était présenté comme un geste de bonne volonté d’Israël envers le pape Benoît XVI qui se rend en Israël ce lundi.
Les médias israéliens avaient fait savoir que le président israélien souhaitait placer sous l’autorité du Vatican six lieux saints, dont l’Eglise de l’Annonciation à Nazareth, le Cénacle où Jésus-christ célébra la dernière Cène (du latin coenaculum, salle à manger, que les franciscains avaient acquis en 1335) sur le Mont Sion, le jardin de Gethsémani, au pied du Mont des Oliviers à Jérusalem, l’église de la Multiplication des pains à Tabgha, sur les rives du lac de Tibériade, et le Mont Tabor, lié au lieu de la Transfiguration du Christ. Ce transfert de souveraineté avait suscité l’ire de certains milieux israéliens.
Une information «sortie de son contexte»
L’information publiée par la presse israélienne était «sortie de son contexte», a déclaré ce mercredi une porte-parole du bureau de la présidence. «Les médias israéliens l’ont publiée comme si le président demandait de remettre la souveraineté sur des lieux saints, et il y a une grande distance entre cela et la réalité», a-t-elle insisté. Et de préciser qu’Israël avait déjà promis au Vatican qu’il n’allait pas confisquer du terrain autour de six lieux saints chrétiens pour n’importe quelle sorte de développement, comme pour l’élargissement de routes. Elle a déclaré que Pérès a demandé à divers ministères, comme geste de bonne volonté avant la visite du pape qui débute en Israël le 11 mai, de confirmer cet engagement et de faire avancer les négociations.
L’archevêque Antonio Franco, nonce apostolique en Israël, a également relevé que les informations diffusées par la presse israélienne relevaient de la «confusion» et il a dit regretter que cela donnait «un message erroné». Notons que les aspects légaux et fiscaux des propriétés de l’Eglise catholique en Israël et à Jérusalem ne sont pas encore résolus malgré le fait qu’Israël et le Saint-Siège ont signé un accord fondamental… en 1993. Ces aspects auraient dû être réglés dans les deux ans, mais les négociations traînent depuis plus d’une décennie!
Protestations contre la visite du pape
Malgré la joie dont font montre les officiels israéliens avant la visite du pape, la résistance se développe en Israël contre l’arrivée du pape. «Il serait mieux que la visite n’ait pas lieu», écrit dans la presse l’ancien responsable du Conseil de la Sécurité Nationale (NSC), le major-général Giora Eiland. Dans le quotidien à grand tirage «Yediot Aharonot» (Les Dernières Informations), un journal de droite, Giora Eiland estime qu’il s’agit là d’une «humiliation volontaire nuisible».
Le militaire israélien justifie sa position par la «tache qui n’est pas petite dans le passé» du pape, qui fut, souligne-t-il, «membre de la Jeunesse hitlérienne et de la Wehrmacht». Il lui reproche également d’avoir «canonisé» le pape Pie XII dont le rôle durant la seconde guerre mondiale est controversé. Ces affirmation du général sont fausses, car le jeune Joseph Ratzinger n’a pas été membre de la Wehrmacht et le pape Pie XII n’a pas encore été béatifié et encore moins canonisé. Le major-général Giora Eiland a propagé d’autres fausses informations dans des interviews aux médias.
D’après «Maariv», un autre journal à grand tirage israélien, des milieux d’extrême-droite ont l’intention de manifester contre la venue du pape. Ils sont emmenés par des éléments aux relents racistes, comme le député israélien Michaël Ben-Ari (Union nationale), un ancien membre du groupuscule «Kach», et des militants de ce mouvement extrémiste hors-la-loi Baruch Marzel et Itamar Ben Gvir, connus pour leurs provocations anti-arabes.
Giora Eiland soutient pour sa part que le pape ne vient pas en Israël «pour le dialogue et la réconciliation ou parce qu’il veut visiter l’Etat d’Israël», mais il tient plutôt à visiter un camp de réfugiés palestiniens à Bethléem «pour utiliser le mur de sécurité comme coulisse afin de pouvoir parler de l’injustice de l’occupation juive». Le militaire israélien qualifie cette «auto-humiliation» de «pénible».
Les nouveaux timbres lancés par l’Etat d’Israël à l’occasion de la visite du pape Benoît XVI font également grincer des dents à une partie de la population israélienne. Le député Michaël Ben-Ari (encore lui!) et le professeur Hillel Weiss, de l’Université Bar Ilan, ont écrit une lettre ouverte notamment pour se plaindre au Président, au Premier ministre, aux ministres du gouvernement et aux membres de la Knesset, le parlement israélien, des dépenses engagées. Cette lettre de protestation contre l’accueil de Benoît XVI en Israël a reçu le soutien de plusieurs personnalités israéliennes. Ces milieux mettent en garde contre le fait que la visite du pape servira de soutien à la cause arabe, «raison pour laquelle elle ne devrait pas être saluée avec grand enthousiasme».
Malgré les craintes des milieux nationalistes israéliens, Israël s’est donné pour tâche d’empêcher tout «dérapage», en limitant au maximum, notamment à Jérusalem, le contact entre la foule palestinienne et le pape. Ainsi la police israélienne a informé les résidents et les propriétaires de boutiques de la vieille ville de Jérusalem que certaines zones seront bouclées et que tous les magasins devaient fermer leurs portes durant la visite «pour des raisons de sécurité». Les habitants ont été priés de rester à l’intérieur de leur maison. JB/com
Encadré
Benoît XVI en Terre sainte: l’Eglise en chiffres
Lors de son 12e déplacement à l’étranger, Benoît XVI se rendra du 8 au 15 mai 2009 en Jordanie, en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés en tant que «pèlerin de la paix», selon sa propre expression. Le pape, qui entend «confirmer et encourager les chrétiens de Terre sainte», se rend ainsi à la rencontre d’une communauté largement minoritaire.
La présence de l’Eglise catholique romaine en Terre sainte est placée sous la tutelle du Patriarcat latin de Jérusalem, qui comprend Chypre, la Jordanie, Israël et les Territoires palestiniens occupés. Le Patriarcat, crée en 1099, fut restauré en 1847 par Pie IX (1846-1878). Depuis juin 2008, Mgr Fouad Twal est le patriarche latin de Jérusalem. Les catholiques de rite latin de ces pays sont, en majorité, d’origine orientale.
La Jordanie
Le Royaume hachémite de Jordanie compte un peu plus de 6 millions d’habitants, dont plus de 96 % de musulmans sunnites et près de 2 % de catholiques, soit un peu plus de 100’000 fidèles. Ce pays compte 3 diocèses catholiques et 4 évêques.
On compte, à travers le pays, 64 paroisses et 103 prêtres dont 59 sont diocésains et 44 religieux. Il y a aussi 9 religieux non prêtres et 249 religieuses. Il y a en outre 7 séminaristes. Sur le plan éducatif, on trouve 123 écoles et centres d’instruction catholiques en Jordanie. Il existe également 7 centres caritatifs et sociaux appartenant ou dirigés par des ecclésiastiques ou des religieux.
Le pape rencontrera à cette occasion le roi Abdallah et la reine Rania, d’origine palestinienne, visitera la Mosquée Al-Hussein Ben-Talal, et célébrera dimanche une messe au stade international d’Amman, dans la Cité des sports, rapporte la presse jordanienne de jeudi. Les chefs religieux chrétiens de Jordanie ont demandé aux musulmans de participer à l’accueil du pape. Les Frères musulmans de Jordanie et leur bras politique, le Front islamique d’action (Jabhat al-’Amal al-Islami), ont insisté pour que le pape s’excuse de la déclaration faite en 2006 à Ratisbonne «contre l’Islam et le Prophète Mahomet».
Israël et les Territoires palestiniens occupés
Israël et les Territoires palestiniens occupés (Cisjordanie et Bande de Gaza) comptent un peu plus de 7 millions d’habitants, pour une superficie 3 fois plus petite que la Jordanie. 130’000 habitants sont catholiques, soit 1,8 % de la population. On compte 9 diocèses catholiques et 11 évêques. Israël et les Territoires palestiniens comptent 78 paroisses et 406 prêtres, dont 89 sont diocésains et 317 religieux. Il y a aussi 203 religieux non prêtres, 968 religieuses et 110 séminaristes. On compte ainsi un prêtre pour 321 catholiques.
Sur le plan éducatif, on y trouve 192 écoles ou centres d’instruction catholiques. On recense 47 centres caritatifs et sociaux appartenant ou dirigés par des ecclésiastiques ou des religieux.
Patriarcat latin de Jérusalem
Le Patriarcat latin a été institué par l’Eglise après le schisme de 1054 entre l’Orient et l’Occident, lors de la prise de la ville par les croisés en 1099, afin d’organiser son implantation en Palestine. Les patriarches latins se sont succédés à Jérusalem de 1099 à 1187, puis à Saint-Jean-d’Acre jusqu’à la chute de la ville en 1291.
Le siège patriarcal de Jérusalem a été restauré comme siège résidentiel le 23 juillet 1847 par la Lettre apostolique «Nulla celebrior» de Pie IX. Le premier titulaire, le patriarche italien Giuseppe Valerga, est arrivé à Jérusalem le 17 janvier 1848 et a pris possession de son siège en entrant solennellement au Saint-Sépulcre, la cathédrale des patriarches de Jérusalem.
Outre Israël et les territoires soumis à l’Autorité palestinienne, la juridiction du Patriarcat latin comprend la Jordanie et Chypre. Le patriarche est assisté de plusieurs évêques auxiliaires et vicaires. Actuellement, Mgr Fouad Twal est ainsi assisté d’un évêque auxiliaire pour la Jordanie, un autre pour Israël et de deux vicaires franciscains pour Chypre et la Custodie de Terre sainte.
En outre, le patriarche latin de Jérusalem est, de fait, grand prieur de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre, président de l’Assemblée des ordinaires catholiques de Terre Sainte ainsi que de la Conférence des évêques latins dans les régions arabes. Jusqu’en 1987, le patriarche latin de Jérusalem était traditionnellement choisi parmi les franciscains italiens. Pour la première fois, en 1987, le choix s’est porté sur un prêtre d’origine palestinienne, Mgr Michel Sabbah. Depuis le 22 juin 2008, Fouad Twal, né en 1940 en Jordanie, lui a succédé après avoir été son coadjuteur pendant plus de 2 ans. JB/Com
Encadré
Programme en Jordanie
A son arrivée en Jordanie, vendredi après-midi 8 mai, Benoît XVI sera reçu par le roi Abdallah et la reine Rania à l’aéroport international de la Reine Alia à Amman. Il se rendra ensuite au Centre «Regina Pacis» – qui possède une nouvelle église placée sous la protection du Christ Bon Pasteur -, un centre qui accueille des personnes handicapées mais possède désormais une section pastorale ouverte aux jeunes. Samedi, le pape se rendra sur le Mont Nébo, un lieu de pèlerinage fréquenté depuis le IVème siècle par les premiers chrétiens de Jérusalem qui y construisirent une petite église pour commémorer la mort de Moïse. Le pape visitera également samedi la ville de Madaba, qui compte 60’000 habitants, en grande partie grecs-orthodoxes. Il y bénira la première pierre de l’Université catholique.
Dimanche, le pape célébrera une messe au stade international d’Amman, dans la Cité des sports, et il se rendra l’après-midi sur les bords du Jourdain, un lieu où, selon la tradition, Jean Baptiste a baptisé Jésus. Il bénira la première pierre d’une église latine et d’une église grecque-catholique melkite. Il s’envolera pour Tel Aviv lundi matin. (apic/imedia/lb/kna/com/jt/be)
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