Un homme cruel, dit de lui un évêque du pays

Paraguay: Arrestation d’un ancien ministre de la dictature Sroessner

Asunción, 10 mai 2009 (Apic) Torture, enlèvements, disparitions forcées : telles sont les accusations formulées à l’encontre de Sabino Augusto Montanaro, ministre de l’Intérieur sous la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989), soudainement revenu au Paraguay vendredi dernier de retour de l’Honduras où il vivait depuis 1989 protégé par l’asile politique.

Âgé de 86 ans et affecté, selon son avocat, de diverses pathologies dues à son âge, Montanaro est en état d’arrestation à la clinique de la police nationale d’Asunción. «Montanaro doit avouer où se trouvent nos frères disparus pendant la répression.

Il était l’un des principaux chefs du terrorisme d’État de Stroessner», peut-on lire dans un communiqué publié par le Parti communiste paraguayen (Pcp), la formation politique la plus éprouvée par la dictature.

Pour l’avocat et militant des droits de l’homme Martin Almada, l’ex-ministre, placé à la tête des organes de sécurité de 1966 à 1989 pendant la période la plus noire de la dictature, «il doit aussi rendre compte des biens soustraits à l’État et à la population qui attend encore que justice soit faite».

Incarcéré pendant la dictature, Almada a rappelé que les actes de l’ancien ministre s’inscrivaient dans le cadre de l’Opération Condor, stratégie de répression commune adoptée par les forces armées de différents pays sud-américains dans les années 1970 et 1980.

Mgr Mario Melanio Medina, évêque des diocèses de Misiones et Ñeembucú, a qualifié Montanaro de personne «cruelle» et «bras droit de Stroessner» (décédé en 2006 alors qu’il était en exil au Brésil) sur lequel «s’écoulent les larmes et le sang de nombreux Paraguayens». L’évêque a présidé la Commission Justice et Vérité, instaurée pour enquêter sur le terrorisme d’État jusqu’en 2003.

En août 2008, l’organisme avait enregistré plus de 128’000 plaintes pour des abus subis par des opposants du régime, dont 59 exécutions arbitraires et 336 personnes portées disparues, en vertu des chiffres fournis par les familles des victimes. Après la chute de Stroessner en 1989, Montanaro s’était réfugié à Tegucigalpa à l’aide d’un laissez-passer qui lui avait été fourni par le consulat de l’Honduras. Son extradition avait été sollicitée en vain par deux fois, avant qu’il ne revienne dans le pays «tout a fait volontairement», tel que l’a garanti son avocat.

«Les yeux de tout le pays se tournent aujourd’hui vers la justice dans cette affaire emblématique. La restauration de la confiance ou la désillusion sans retour dépendra de la qualité de ce procès», a affirmé le président du Paraguay, Fernando Lugo, dont l’avènement au pouvoir en 2008 à mis fin à 61 ans de gouvernement ininterrompu du parti conservateur Colorado, incluses les 35 années de dictature de Stroessner. (apic/misna/pr)

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