Lausanne: L’archevêque de Damas, Mgr Nassar, inquiet de l’exode des chrétiens orientaux
Déo Negamiyimana, pour l’Apic
Lausanne, 12 mai 2009 (Apic) A l’invitation de la communauté maronite et le Conseil des Eglises chrétiennes dans le canton de Vaud, Mgr Samir Nassar a donné lundi soir une conférence publique sur l’exode des chrétiens au Moyen et Proche-Orient. A la maison de l’Arzillier, à Lausanne, le maronite, au milieu de deux autres invités, a brossé le tableau d’une région qui se vide de ses habitants, non pas à cause des musulmans mais pour des raison essentiellement économiques.
Si Mgr Samir Nassar croit fermement au vrai dialogue entre chrétiens et musulmans orientaux, il reste soucieux de l’exode incessant de nombreux chrétiens, qu’ils soient arméniens, syriaques, grecs orthodoxes et catholiques, coptes, maronites, latins ou protestants. Chiffres à l’appui, le maronite explique l’ampleur du phénomène : la proportion des catholiques a été divisée par dix en Iran depuis 1973 et ne représente plus que 0,01% de la population totale et le nombre de chrétiens est estimé à environs 70’000, toutes les branches confondue.
A Jérusalem, plus de 90% de chrétiens ont aujourd’hui quitté le territoire. Le Liban enregistre presque autant de jeunes et adultes toujours prêts à partir, contre vents et marrées. Aux dernières JMJ de Sydney en juillet 2008, plus de 80% de jeunes Libanais ne sont pas retournés chez eux. En Irak, les chrétiens ont été réduits de deux tiers suite à la guerre imposée par les Américains, passant de 2,6% à 1%. En Syrie, les catholiques ne constituent plus que 1,9% de la population contre 2.8% en 1973. Enfin, en Israël et en Palestine, la population chrétienne a été presque divisée par deux, passant de 1,9% à 1% dans le même intervalle de temps.
Pour Mgr Samir Nassar, le problème majeur des chrétiens orientaux n’est pas lié aux rapports avec les musulmans. Ils vivent ensemble depuis plus d’un millénaire. Les difficultés de cohabitation entre les confessions ne doivent pas cacher la détermination des uns et des autres à vivre ensemble. Le problème épineux qui se pose avec acuité est de savoir comment arrêter les flux de chrétiens qui quittent leurs pays à la recherche de meilleures conditions de vie.
Chrétiens et musulmans lisent la Bible et le Coran ensemble
Le pasteur André Joly, pasteur de Chailly-La Cathédrale et connaisseur de la région, évoquant ces départs de chrétiens, parle de «vagues hémorragiques de chrétiens» qui quittent leurs pays. Invité lui-même à s’exprimer sur la situation, il recommande au participants de faire preuve de discernement, chaque fois qu’ils reçoivent des informations en provenance des journalistes occidentaux. Pour lui, l’Occident ignore souvent que tous les Palestiniens ne sont pas des Arabes et que des musulmans détestent l’amalgame musulmans-terroristes.
Au Liban, par exemple, chrétiens et musulmans lisent la Bible et le Coran ensemble en vue d’une compréhension mutuelle. Pour Mgr Nassar, ce sont des signes encourageants à partir desquels il faut construire la cohabitation. Une idée vivement soutenue par Carla Khejoyan, chrétienne arménienne chargée des relations des Eglises du Moyen Orient au Conseil oecuménique des Eglises. Invitée à la conférence pour parler de l’oecuménisme au Moyen-Orient, elle reconnaît qu’il faut construire la cohabitation entre chrétiens et musulmans mais que le dialogue doit passer de l’élitisme au niveau des populations.
Pour elle, certains veulent résoudre les problèmes sans consulter les populations concernées. Elle donne pour exemple de la récente demande de contingents d’Irakiens que certains Occidentaux proposaient d’accueillir en Europe. Pour l’Arménienne, c’est sans compter sur l’avis des chrétiens irakiens qui veulent rester en Irak pour s’investir dans la cohabitation avec les musulmans.
De tels contingents étaient donc de nature à affaiblir les rangs des chrétiens devenus de plus en plus minoritaires. Carla Khejoyan déplore que cette idée ait été soutenue au sein de l’Union Européenne par de nombreux chrétiens occidentaux. Ils voulaient que des chrétiens irakiens trouvent refuge en Occident en ignorant que les chrétiens sur place pensent autrement.
Pas une menace mais une personne de confiance
L’archevêque de Damas en invité le public à rendre visite aux chrétiens orientaux pour apprendre les réalités concrètes de leur quotidien. Non pas que le prélat souhaite favoriser l’entrée des devises dans les caisses des offices de tourismes. Il entend plutôt encourager à saisir les besoins des chrétiens et des musulmans s’il y en a qui veulent vraiment les aider. Au sein du public, les avis étaient partagés. Le pasteur Joly aura le mot de la fin: «Dans la région, les gens ont besoin d’une vision avec laquelle l’autre n’est pas seulement une menace mais aussi une personne de confiance». (apic/dng/pr)
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