Les chrétiens craignent pour leur sécurité

Inde: Les forces fédérales de police se retirent du district de Kandhamal

New Delhi, 6 juin 2009 (Apic) Le 1er juin, le gouvernement fédéral a annoncé que les forces paramilitaires déployées dans le district de Kandhamal, en Orissa, pour mettre fin aux violences antichrétiennes seront retirées de la région d’ici trente jours. Cette annonce a amené l’Eglise catholique à réagir, car les communautés chrétiennes vivent toujours dans la crainte d’attaques par les extrémistes hindous.

« La situation reste très tendue et un retrait des forces fédérales ne fera que semer la panique parmi les populations », a ainsi déclaré à l’agence Eglises d’Asie le Père Ajay Singh, directeur de l’action sociale pour l’archidiocèse de Cuttack-Bhubaneswar, diocèse où se trouve le district de Kandhamal.

Le déploiement de forces fédérales, les Central Reserve Police Forces, avait été ordonné quinze jours après le déclenchement de graves émeutes antichrétiennes, le 24 août 2008. Durant près de quatre mois, des extrémistes hindous avaient fait régner la terreur dans la région de Kandhamal, faisant 90 morts et chassant 50’000 personnes de leurs maisons, en très grande majorité des chrétiens, rappelle Eglises d’Asie. Plusieurs milliers de personnes vivent encore dans des camps de déplacés, souligne le Père Singh, et elles répugnent à repartir dans leurs villages par crainte de nouvelles attaques.

Pour preuve des menaces qui pèsent encore sur les chrétiens, le prêtre catholique cite l’incident qui s’est produit le 31 mai dans les environs de Raikia, au Kandhamal. La veille de l’annonce du retrait des forces fédérales, des extrémistes hindous ont attaqués cinq maisons où habitaient des chrétiens, incendiant trois d’entre elles. L’attaque a eu lieu à moins de 3 km d’un cantonnement des forces fédérales et s’est produite peu après que des hommes politiques de la mouvance hindouiste eurent visités l’endroit. De plus, les hindouistes qui se sont rendus coupables de crimes et de délits contre les chrétiens et leurs biens n’ont pas été inquiétés et circulent librement. « Dans un tel contexte, le retrait des forces fédérales n’est pas une bonne décision et les chrétiens ne peuvent pas faire confiance aux forces locales de police, qui font preuve de partialité », conclut le Père Singh.

Défaite des extrémistes hindous lors des élections

Les récentes élections législatives pourraient toutefois changer la donne, expliquent d’autres prêtres de l’archidiocèse de Cuttack-Bhubaneswar. En effet, dans l’Etat d’Orissa, c’est le Biju Janata Dal qui est sorti vainqueur des urnes. Il détenait déjà le pouvoir, mais en coalition avec le Parti du peuple indien (Bharatiya Janata Party, BJP), la vitrine politique des extrémistes hindous. Ce dernier n’a pas réussi à envoyer un seul député pour l’Orissa à la Chambre du peuple à New Delhi. Lors de la campagne électorale, le Biju Janata Dal avait pris soin de se démarquer du BJP, en défendant un programme nettement laïc. Désormais majoritaire au Parlement de l’Orissa, le Biju Janata Dal saura se montrer soucieux de la sécurité des minorités, veut croire le Père Joseph Kalathil, vicaire général de l’archidiocèse de Cuttack-Bhubaneswar, même s’il est évident que les chrétiens ne se contenteront pas de paroles et continueront de craindre des attaques de la part des hindouistes.

Le Père Mritunjay Diggal, secrétaire de l’archevêque, précise que le gouvernement de l’Etat a affirmé aux responsables de l’Eglise que la sécurité des chrétiens sera assurée. Il ajoute qu’il appartient au gouvernement local de faire en sorte que la police locale prenne « peu à peu la responsabilité de l’ordre public et de la défense des gens ». Selon la presse locale, le gouverneur de l’Etat a toutefois demandé au ministre fédéral de l’Intérieur de laisser sur place un millier de membres des Central Reserve Police Forces. (apic/eda/bb)

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