Au menu, la mosquée avec minaret de Wangen bei Olten

Bienne: Excursion samedi pour découvrir la Suisse multireligieuse

Bienne, 9 juin 2009 (Apic) La Suisse, pays profondément marqué par le christianisme, est devenu une contrée multireligieuse. Cela ne va pas sans provoquer des polémiques et des tensions, avivées par des intérêts politiques pas toujours avoués. A la fin de cette année, l’initiative populaire «contre la construction de minarets», déclarée valable, sera soumise au vote du peuple et des cantons suisses.

Derrière ce débat (*), mené souvent de manière polémique et simplificatrice, se cache une question bien plus complexe: la visibilité des symboles identitaires religieux dans l’espace public, et les tensions et conflits qu’elle peut susciter, remarque l’association «Présences» à Bienne. Elle organise ce samedi 13 juin une visite à la mosquée avec minaret de Wangen bei Olten.

«Présences», qui possède un lien structurel avec les paroisses réformées biennoises, entend lier expositions, concerts et débats dans un lieu aussi symbolique qu’une église. La démarche choisie par l’association, fondée en 2001 après la rénovation de l’église réformée du Pasquart à Bienne, n’est pas banale: elle met en lumière des dimensions profondes – spirituelles – de la création artistique tout en affirmant le nécessaire enracinement culturel et social de toute quête religieuse.

L’association «Présences» propose expositions et manifestations en lien par exemple avec les problèmes politiques comme ceux des requérants d’asile, des portraits de Juifs et Palestiniens, la présentation du passé et du présent des mennonites, Bach en peinture et en musique, etc. Les concerts du dimanche regroupent de nombreux mélomanes. L’association collabore notamment avec des musées, le «Filmpodium», «l’Arbeitskreis für Zeitfragen», la «Nuit des 1000 questions», la «Table ronde des religions».

Du 31 mai au 28 juin, «Présences» propose une exposition inédite documentant l’émergence d’édifices religieux nouveaux en Suisse, intitulée «Coupole, temple, minaret: le nouveau visage de la Suisse». L’exposition bilingue est basée sur une étude toute récente du Centre de recherche sur les religions à Lucerne (**). Elle est réalisée en collaboration avec «l’Arbeitskreis für Zeitfragen» de Bienne et le «Treffpunkt Religion Migration» à Berne.

Des édifices religieux qui surprennent et questionnent

Au milieu d’entrepôts de plâtriers et d’horticulteurs, en plein quartier industriel de Langenthal, une bâtisse majestueuse, d’un blanc immaculé, attire l’attention. Avec ses dômes en forme d’oignons trônant sur la tour centrale et sur la balustrade, le Gurdwara, premier temple Sikh de Suisse, semble tout droit transplanté d’Inde dans la localité bernoise.

A deux kilomètre de là, le centre islamique de Langenthal se montre bien plus discret: modeste baraque grise, sans décorations. C’est pourtant lui qui depuis quelques mois défraie la chronique locale et nationale, écrit l’association «Présences». La communauté musulmane entend en effet ériger sur son toit une petite tour de béton d’à peine quelques mètres de hauteur.

Sans être représentatif, le cas de Langenthal met en évidence les transformations profondes que connaît aujourd’hui le paysage religieux de Suisse. On le sait, notent les organisateurs de l’exposition: la laïcisation de la société a réduit considérablement l’influence des confessions historiques. D’importants flux migratoires ont apportés sur sol helvétique de nombreux musulmans, orthodoxes, hindous et bouddhistes, venus du monde entier.

«Longtemps visible qu’au regard des chercheurs et des statisticiens, cette mutation modifie aujourd’hui le visage de nos villes et villages. Dômes, pagodes et minarets prennent place dans nos paysages familiers. Ce qui ne va pas toujours sans susciter des tensions et des conflits».

Ces polémiques, en lien avec des minarets comme à Langenthal, mais aussi suscitées par des projets d’églises orthodoxes comme à Belp, montrent une chose: l’espace public n’est pas quelque chose de «neutre» et sans histoire. Ce qui jadis semblait évident, ne l’est plus aujourd’hui. A travers des signes et des symboles visibles – constructions, statues, processions, vêtements etc. – les religions nouvellement installées revendiquent leur place en Suisse. Un équilibre précaire est remis en cause et la participation à l’espace public fait l’objet d’une renégociation.

C’est à ce débat que veut contribuer l’exposition réalisée par l’association «Présences», en collaboration avec «l’Arbeitskreis für Zeitfragen», le «Treffpunkt Religion Migration» de Berne et le Centre de recherche sur les religions de l’Université de Lucerne. Photos et textes présentent une vingtaine d’édifices sacrés et permettent aux visiteurs de prendre la mesure des changements en cours. Se présente ainsi un visage méconnu de la Suisse, soulevant non seulement des questions de gestion de la diversité, de la place des minorités, mais mettant en évidence de nouveaux défis pour la planification urbaine et pour l’architecture contemporaine. Exposition à l’église du Pasquart, Faubourg du Lac 99a, Bienne, ouverte les mercredis, samedis et dimanches de 14h à 18h. Entrée gratuite. Pour en savoir plus sur l’étude (**):www.religionenschweiz.ch. JB

(*) L’initiative demande que la Constitution suisse soit modifiée comme suit: Art. 72, al. 3 (nouveau): La construction de minarets est interdite. L’Assemblée fédérale recommande au peuple et aux cantons de rejeter l’initiative. (apic/com/be)

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