Brésil: Jessiane, l’enfance brisée d’une gamine brésilienne
Recife, 9 juin 2009 (Apic) Le 5 mars dernier, Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque de Recife, déclarait excommuniée la mère d’une fillette de 9 ans ayant avorté de jumeaux après avoir été violée. Deux mois après, dans la ville natale de cette fillette de 9 ans qui a avorté de jumeaux, les habitants se sentent concernés par un drame que personne n’a su voir. «La Croix consacre un dossier à ce sujet, sous le titre «Jessiane, l’enfance brisée d’une gamine brésilienne».
Le sac d’école de couleur rose pend à un clou planté dans le mur d’une chambre à la peinture écaillée. À l’intérieur, un cahier aux pages cornées remplies de dessins d’enfants. Sur un meuble bas aux portes branlantes, un savon parfumé à la rose est posé à côté d’une fausse médaille du mérite en aluminium. Le lit est recouvert d’un drap effilé et d’un édredon sale mangé par les mites, rapporte Steve Carpentier à Récife, au Brésil, dans le papier qu’il livre au quotidien catholique français.
«Dans cette chambre, Jessiane a été violée par le concubin de sa mère. Trois longues années durant. Pour finalement être enceinte. Sa maison se trouve le long d’un chemin de terre poussiéreux. Une cabane, plutôt, avec sa toiture en plaques ondulées, sa porte en bois pourri, son jardin infesté de déjections canines, sa porcherie sans animaux depuis des années. Une demeure misérable, mais guère davantage que les autres. Car à Alagoinha, la ville de Jessiane, la pauvreté est ce qui se partage le mieux. La cité de 13’000 âmes est typique du Pernambouc, un des États les plus déshérités du Brésil».
La soeur de Jessiane, âgée de 14 ans, a elle aussi souffert de violences sexuelles ; handicapée mentale légère, elle a également vécu dans le silence ses années de calvaire.
Dans le quartier de Jessiane, personne n’a rien vu. Ou n’a rien voulu voir. « Chacun s’occupe de son malheur », lâche Maria Gomes. « J’ai bien remarqué son ventre gonflé, mais les gamins qui ont des vers, c’est commun par ici », s’excuse presque Leda.
Carmelita Maia dirige depuis vingt ans l’institut médico-légal de Recife, à 250 km du lieu où habite Jessiane. Elle a participé à l’examen de la petite pour trouver les preuves « matérielles » du crime. « Le point commun entre toutes ces jeunes filles, c’est leur milieu social misérable, explique-t-elle. On peut dire que la violence sexuelle est «démocratique», car elle touche tous les milieux sociaux. Mais la grossesse, surtout celle qui arrive à terme, concerne les pauvres. Les familles qui ont de l’argent conduisent leurs enfants dans des cliniques privées pour procéder à un avortement clandestin. »
Au Brésil, plus d’un million d’avortements illégaux sont pratiqués chaque année. Deux cents femmes en meurent, ce qui en fait la quatrième cause de mortalité maternelle dans le pays.
Jessiane est actuellement gardée au secret, avec sa soeur et sa mère, dans un centre pour femmes victimes de violences, quelque part dans Recife. (apic/cx/sc/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/bresil-jessiane-l-enfance-brisee-d-une-gamine-bresilienne/