Sri Lanka: L’évêque anglican de Colombo interpelle le gouvernement
Colombo, 12 juin 2009 (Apic) Duleep de Chickera, évêque anglican de Colombo, a exhorté le président sri lankais Mahinda Rajapaksa à protéger les droits démocratiques de tous les citoyens du Sri Lanka. Il a mis en garde le gouvernement contre le harcèlement des militants des droits civils et des personnes qui s’occupent des personnes déplacées au nord du Sri Lanka.
A New York, l’organisation de défense des droits de l’homme «Human Rights Watch» (HRW) a une nouvelle fois appelé jeudi le gouvernement sri lankais à libérer les quelque 300’000 personnes détenues dans des camps dans le nord-est de l’île. «Traiter tous ces hommes, femmes et enfants comme s’ils étaient des combattants des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) est un déshonneur national. Les civils tamouls déplacés ont le même droit à la liberté et à la liberté de mouvement que les autres Sri Lankais», a déclaré à New York Brad Adams, directeur pour l’Asie de l’ONG «Human Rights Watch».
Il a estimé que le gouvernement de Colombo devait cesser la «détention illégale» de ces civils tamouls déplacés par les récents combats qui ont mis un terme à trois décennies de guerre civile. Depuis plus d’un an, le gouvernement sri lankais a détenu dans des camps surveillés par l’armée quasiment tous ceux – y compris des familles entières – qui étaient déplacés par les combats dans le nord, «en violation du droit international».
Alors que le gouvernement a déclaré que la plupart des internés pourraient retourner chez eux avant la fin de l’année, la pratique des précédents gouvernement et l’absence de tout plan concret pour leur libération soulève de sérieuses inquiétudes sur un risque de confinement à durée indéterminée, souligne l’organisation de défense des droits humains. HWR relève que toute personne détenue doit être déférée rapidement devant un tribunal et inculpée ou alors elle doit être relâchée.
Les détenus dans les camps doivent être inculpés ou relâchés
Depuis mars 2008, souligne HRW, le gouvernement du Sri Lanka a interné pratiquement tous les civils fuyant les zones contrôlées par les LTTE. Seul un petit nombre de ces personnes parquées dans des camps, surtout des personnes âgées, ont été libérées et confiées à des familles ou à des institutions pour personnes âgées. La plupart de ces civils demeurent toutefois en détention. Selon des chiffres fournis le 5 juin dernier par les Nations Unies, les autorités sri lankaises maintiennent 278’263 personnes en détention dans 40 camps dans les quatre districts septentrionaux de Vavuniya, Mannar, Jaffna et Trincomalee.
Après des protestations internationales sur sa politique de détention des civils, le gouvernement de Colombo a promis qu’il allait reloger 80% des personnes déplacées jusqu’à la fin de 2009. Mais considérant les politiques du passé, HRW craint que ces civils vont rester internés bien plus longtemps, peut-être pendant des années.
Dans ces camps de détention surpeuplés, les conditions de vie sont extrêmement difficiles, la distribution de nourriture est chaotique, l’eau manque, et les installations sanitaires sont inadéquates. Les détenus n’ont pas accès à des services médicaux suffisants et des maladies transmissibles se sont répandues dans ces camps administrés par les militaires.
Depuis le 16 mai, l’administration militaire de ces camps a imposé de nombreuses restrictions pour les organisations humanitaires qui y travaillent, qui ont par exemple l’interdiction de parler aux détenus.
Les militaires ont également interdit l’accès des camps aux journalistes, sauf quand ils organisent eux-mêmes des visites sous leur contrôle. «Les difficiles conditions dans les camps risquent encore de se péjorer lors des pluies de la mousson», a déclaré Brad Adams.
«Nous devons devenir une nation dans laquelle chaque femme, homme et enfant, quelles que soient sa religion et son origine ethnique, doit pouvoir se sentir l’égal de ses concitoyens, libre et fier de se considérer comme un Sri Lankais», a déclaré pour sa part l’évêque Duleep de Chickera.
Il a pris position dans un communiqué de presse publié suite à l’enlèvement et l’agression de Poddala Jayantha, secrétaire de la «Working Journalists Association», qui avait ouvertement critiqué l’offensive finale menée par le gouvernement contre les rebelles tamouls. Un groupe non identifié a kidnappé Poddala Jayantha début juin. Il a été agressé et blessé. Déplorant cette agression sur le responsable de l’association de journalistes, l’évêque Chickera a appelé le président sri lankais Mahinda Rajapaksa à «garantir que les droits démocratiques soient protégés, afin que notre pays fasse son possible pour entrer dans une ère nouvelle de liberté et de développement».
Au milieu de l’euphorie de la victoire des troupes gouvernementales sur les rebelles tamouls des LTTE, certains groupes, tels que le National Peace Council, dont font partie des Eglises parmi les plus importantes de l’île, ont exprimé leur préoccupation concernant le harcèlement des militants des droits de la personne. «Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est réconcilier les communautés et panser les blessures de guerre, et non pas persécuter les personnes qui croient sincèrement aux droits humains et aux droits fondamentaux inscrits dans notre Constitution», a indiqué le Conseil pour la paix dans sa réaction à l’enlèvement de Poddala Jayantha. (apic/eni/hrw/be)
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