Genève: L’Eglise orthodoxe russe critiquée sur sa perception des droits de la personne
Genève, 12 juin 2009 (Apic) Un rassemblement d’Eglises protestantes européennes critique l’Eglise orthodoxe russe au sujet de sa perception des droits de la personne, estimant que cette Eglise «se méprend sur le concept et qu’elle définit une «relation de confrontation» entre les droits de la personne et la morale chrétienne».
«L’Eglise orthodoxe russe soumet les droits de la personne aux valeurs et aux intérêts de la patrie, de la communauté et de la famille», a déploré la Communion d’Eglises protestantes en Europe (CEPE) dans un communiqué de presse du 11 juin concernant un document publié en 2008 par l’Eglise russe.
La CEPE regroupe plus d’une centaine d’Eglises luthériennes, réformées, unies, méthodistes et d’autres Eglises protestantes. L’Eglise orthodoxe russe avait demandé aux autres Eglises chrétiennes d’étudier le document publié à la mi-2008, et d’y réagir.
«A la lumière des restrictions des droits civiques et politiques en Russie, et également dans de nombreux autres pays, la CEPE estime qu’il manque dans la déclaration de l’Eglise orthodoxe russe des éléments concernant la protection des individus face aux attaques de l’Etat, telles que la persécution politique, l’assassinat politique, la discrimination des minorités ou le manque de procédures et de structures démocratiques», a indiqué le rassemblement protestant dans le communiqué de presse sur sa réaction officielle au document de l’Eglise russe.
«La CEPE considère qu’il s’agit d’une méprise concernant les droits de la personne. Les droits de la personne sont des droits de protection et de participation qui placent sous le coup de la loi la sphère dans laquelle les êtres humains agissent, et qui garantissent un cadre pour l’épanouissement des êtres humains en société», lit-on dans le communiqué de la CEPE. «D’un point de vue protestant, les Eglises ont une tache importante à remplir précisément sur ces questions, notamment celle de combattre les abus du pouvoir de l’Etat.»
L’organisation protestante européenne a déclaré que la doctrine des droits de la personne de l’Eglise orthodoxe russe «établit une relation de confrontation entre les droits de la personne et la moralité chrétienne». Cette doctrine culmine avec l’idée que le respect des droits de la personne oblige les chrétiens à penser et à agir à l’encontre des commandements divins.
Prétexte?
En 2008, le métropolite Kirill de Smolensk et Kaliningrad – aujourd’hui le patriarche de Moscou Kirill Ier – avait déclaré lors d’un forum du Conseil des droits de l’homme de l’ONU que la défense des droits de la personne était utilisée pour saper les valeurs chrétiennes et religieuses, ainsi que les points de vue éthiques.
«Dans de nombreux pays, la liberté est utilisée comme un prétexte pour mettre en place une industrie commerciale faisant la propagande d’un mode de vie amoral», avait déclaré le métropolite Kirill, faisant allusion à la permissivité entourant la violence, les drogues et l’alcool, le jeu et le comportement sexuel. «De notre point de vue, les droits de la personne ne devraient pas s’opposer aux normes morales acceptées par la plupart des gens comme une forme souhaitable de comportement», a-t-il déclaré. «Si les droits de la personne sont utilisés pour encourager le relativisme moral dans la société, il deviendront étrangers aux croyants.»
La CEPE a cependant déclaré que selon un point de vue protestant, «les droits de la personne» sont les droits concédés à tous les etres humains conformément à la dignité que Dieu leur a donnés. Le président de la CEPE est le pasteur Thomas Wipf, président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, dont le siège est à Berne, en Suisse. (apic/eni/pr)
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