Suisse: La Fraternité sacerdotale St-Pie X confirme les prochaines ordinations sacerdotales
Ecône/Menzingen ZG, 19 juin 2009 (Apic) Bien que le Vatican ait déclaré mercredi 17 juin que les ordinations sacerdotales au sein de la Fraternité sacerdotale St-Pie X sont encore «illégitimes», les traditionalistes vont tout de même les célébrer fin juin, tant à Ecône, en Valais, qu’à Winona, aux Etats-Unis, et à Zaitzkofen, en Allemagne.
C’est ce qu’a confirmé un porte-parole de la Maison généralice de la Fraternité à Menzingen, dans le canton de Zoug. La Fraternité dissidente, fondée par Mgr Marcel Lefebvre, va ainsi procéder aux cérémonies d’ordination au sacerdoce et au diaconat lundi 29 juin prochain à 9 h dans la grande prairie du Séminaire d’Ecône, entre Martigny et Sion.
La Fraternité estime que ces ordinations, malgré le veto de l’Eglise catholique romaine, ne représentent pas un affront et ne portent pas atteinte à l’unité de l’Eglise. Mercredi, le Vatican avait souligné que la Fraternité n’avait toujours pas un statut canonique dans l’Eglise et que ses ministres non plus n’exercent pas de ministères légitimes. Par conséquent, «les ordinations doivent encore être considérées illégitimes». Interrogé vendredi par l’Apic, l’abbé Alain Lorans, ancien supérieur d’Ecône et porte-parole de la Fraternité, a précisé que malgré la déclaration du Vatican, les ordinations se feront tout de même, mais il ne voit pas là l’indice de la «rupture du dialogue avec Rome, qui suit son cours».
La congrégation entend en effet ordonner au Séminaire international St-Pie X d’Ecône huit prêtres – des Français et un Belge, dont un capucin lié à la Fraternité – et huit diacres français, ainsi qu’un Suisse de Lausanne. Le Séminaire d’Ecône, fondé en 1971 par Mgr Lefebvre (1905 – 1991), est l’une des six maisons de formation pour les futurs prêtres de la Fraternité Sacerdotale St-Pie X.
Ce vendredi 19 juin, l’évêque traditionaliste français Tissier de Mallerais ordonne 13 nouveaux prêtres (dont deux bénédictins et un dominicain appartenant à des communautés traditionalistes) à Winona, dans l’Etat américain du Minnesota, tandis que d’autres ordinations sont prévues le 27 juin à Zaitzkofen, en Bavière (trois prêtres et trois diacres), ainsi que le 29 juin à Ecône.
De son côté, Gerhard Ludwig Müller, l’évêque de Ratisbonne, a lancé un appel à la Fraternité St-Pie X afin qu’elle renonce aux ordinations «illégitimes», soulignant qu’aucune instance au Vatican n’a donné, d’aucune manière que ce soit, son «placet» pour de telles ordinations. Dans une déclaration à l’agence de presse catholique allemande KNA, l’évêque allemand, qui était ces derniers jours à Rome, a déclaré que les arguments utilisés par la Fraternité pour justifier ces ordinations, dont un «statut canonique provisoire» qui lui aurait été accordé, sont «cousus de fil blanc» et qu’aucun responsable n’a donné le feu vert au Vatican.
Il rappelle ainsi qu’autant les candidats au sacerdoce que les évêques qui les ordonnent ont besoin d’une autorisation délivrée par l’évêque du lieu. Mgr Müller note aussi que «l’état de nécessité» dans lequel se trouverait – selon ce que disent les traditionalistes pour justifier leur dissidence – n’existe en aucune manière, objectivement parlant. Pour l’évêque de Ratisbonne, il n’y a pas d’oppression de l’Eglise venant de l’extérieur comme cela pouvait être le cas en Tchécoslovaquie au temps du «rideau de fer». En outre, ce ne serait pas à la Fraternité St-Pie X d’établir un tel état de nécessité, s’il existait. Raison pour laquelle il demande à la Fraternité de reporter ces ordinations jusqu’à ce que les discussions, non encore commencées avec la Congrégation pour la doctrine de la foi, se concluent de manière positive. Sinon, conclut-il, ces discussions ne seront certainement pas plus faciles, estimant que la Fraternité a ici l’occasion de prouver une fois pour toutes que les affirmations selon lesquelles elle reconnaît le pape comme autorité ne sont pas que des vains mots.
Les questions doctrinales qui opposent la Fraternité au Vatican ont été confiées par Benoît XVI à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Dans un texte préalable à l’ouverture de ces discussions, qui risquent d’achopper sur la question de la liberté religieuse et de l’oecuménisme – deux points difficilement «digérables» par les traditionalistes -, le pape devrait redemander aux responsables de la Fraternité d’accepter les enseignements du Concile Vatican II et de reconnaître l’autorité des papes qui se sont succédé depuis l’annonce du Concile. JB
Dans sa «Lettre aux amis et bienfaiteurs n° 74», datée de Pâques 2009, Mgr Fellay explique que la crise que traverse l’Eglise depuis un certain nombre d’année «n’est pas arrivée par hasard, mais à la suite d’un Concile qui s’est voulu réformateur, en prétendant mettre l’Eglise au goût du jour».
«On nous accuse soit de voir une crise là où il n’y en aurait pas, soit d’attribuer faussement à ce Concile les résultats pourtant désastreux et extrêmement graves que chacun peut constater, soit encore de profiter de cette situation pour justifier une attitude incorrecte de rébellion ou d’indépendance. Pourtant, que l’on prenne les textes des Pères de l’Eglise, du Magistère, de la liturgie, de la théologie à travers tous les temps: nous trouvons une unité à laquelle nous adhérons de tout notre cœur. Et cette unité doctrinale est fortement contredite, blessée, amoindrie dans la pratique par les lignes de conduite actuelles. Nous n’inventons pas une rupture, elle existe bien malheureusement, et il n’est qu’à voir la manière dont certains épiscopats nous traitent, même après le retrait des excommunications, pour constater combien est profond le rejet des modernes vis-à-vis de tout ce qui a saveur de Tradition, au point qu’il est impossible de ne pas donner à ce rejet le nom de rupture avec le passé».
«Oui, autant nous avons été surpris par la parution du décret du 21 janvier, autant nous l’avons été aussi par la violence de la réaction des progressistes et de la gauche en général à notre encontre. Il est vrai qu’ils ont trouvé une occasion en or dans les malheureuses paroles de Mgr Williamson, qui leur ont permis par un amalgame fort injuste de maltraiter notre Fraternité considérée comme un bouc émissaire. En fait, nous avons été instrumentalisés dans une lutte encore beaucoup plus importante: celle de l’Eglise, qui porte bien son nom de militante, contre ces esprits mauvais qui rôdent dans les airs, comme dit saint Paul. Oui, nous n’hésitons pas à inscrire notre petite histoire dans la grande histoire de l’Eglise, dans celle de cette lutte titanesque pour le salut des âmes annoncée dès la Genèse, et décrite de manière si saisissante dans l’Apocalypse de saint Jean. Souvent cette lutte reste au niveau spirituel ; de temps en temps, du niveau des esprits et des âmes elle descend au niveau des corps et devient visible, comme dans les persécutions ouvertes».
«Il faut savoir reconnaître, à travers ce qui s’est passé ces derniers mois, un moment plus intense de cette lutte. Et il est bien clair que celui qui en fin de compte est visé, c’est le Vicaire du Christ dans son effort de commencer une certaine restauration de l’Eglise. On craint un rapprochement entre la tête de l’Eglise et notre mouvement, on craint une perte des acquis de Vatican II, et on met tout en œuvre pour neutraliser cela. Qu’en pense vraiment le pape ? Où se situe-t-il ? Juifs et progressistes le somment de choisir entre Vatican II et nous…, au point que pour les rassurer la Secrétairerie d’Etat n’a rien trouvé de mieux que de poser comme condition nécessaire à notre existence canonique l’acceptation complète de ce que nous considérons comme la source principale des problèmes actuels et à quoi nous nous opposons depuis toujours… … Cependant, eux comme nous sont tenus par le serment anti-moderniste et toutes les autres condamnations de l’Eglise. C’est ainsi que nous n’acceptons pas d’aborder Vatican II autrement qu’à la lumière de ces solennelles déclarations (profession de foi et serment antimoderniste) faites devant Dieu et l’Eglise. Et si cela paraît incompatible, alors forcément ce sont les nouveautés qui ont tort. Nous comptons sur les discussions doctrinales annoncées pour tirer au clair aussi profondément que possible ces points». (apic/be)
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