Un document qui libéralise l’avortement
Yaoundé, 21 juin 2009 (Apic) Mgr Victor Tonye Bakot, archevêque de Yaoundé, et président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC), a démenti que l’Eglise catholique de son pays ait pris position sur le protocole africain controversé de Maputo (Mozambique) supposé libéraliser l’avortement dans le continent. En début de semaine, des médias camerounais avaient rapporté que l’Eglise catholique locale était contre sa mise en application.
Le protocole fait parti de la charte africaine des droits des femmes, adoptée en 2003 lors d’un sommet des chefs d’état de l’Union Africaine (UA) dans la capitale mozambicaine. Il est considéré comme un complément de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples. L’Eglise catholique universelle est opposée au protocole qui, selon ces détracteurs, vise à légaliser l’avortement. Cette charte a été ratifiée par le président Paul Biya le 28 mai dernier, rapporte le quotidien «Cameroon Tribune»,
Dans leurs articles sur l’opposition supposée de l’Eglise catholique au protocole, les médias camerounais ont ajouté que des pétitions auraient été lancées au sein de l’Eglise, «afin de demander au chef de l’état de revenir sur sa décision». Il serait également prévu une marche silencieuse, en signe de protestation, a ajouté la presse.
«Les évêques du Cameroun, en tant que corps, ne se sont pas encore prononcés sur ce document: que personne ne parle en leur nom», a répondu l’archevêque de Yaoundé dans un communiqué du 18 juin, repris par Cameroon Tribune. «Les chrétiens seront informés dès que les évêques réagiront par rapport au contenu du protocole de Maputo», a-t-il précisé.
Le protocole de Maputo est entré en vigueur en novembre 2005, lorsque le nombre minimum de ratifications de 15 des 53 états de l’UA a été atteint. En juin 2007, 43 pays l’avaient signé, et 21 l’ont ratifié. Ce sont le Bénin, le Burkina Faso, le Cap Vert, les Comores, Djibouti, la Gambie, la Libye, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, la Mauritanie, la Namibie, le Nigeria, le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Sénégal, les Seychelles, la Tanzanie, le Togo, et la Zambie.
Pour les défenseurs du protocole, c’est un moyen de lutter contre les mutilations génitales féminines en Afrique où cette pratique est plus fréquente qu’ailleurs.
Les adversaires du protocole se réfèrent pour leur part à son article 14 intitulé «Droit à la santé et au contrôle des fonctions de reproduction», pour dire qu’il n’est pas destiné principalement à lutter contre l’éradication des mutilations génitales féminines, mais à une «légalisation totale» de l’avortement libre en Afrique. Ils sont réconfortés par les interprétations des juristes internationaux et des tribunaux occidentaux, pour lesquels le langage du protocole de Maputo servirait à légaliser n’importe quel avortement pour toutes les femmes enceintes, jusqu’au neuvième mois de grossesse. «Toutes les restrictions efficaces de l’avortement seraient abolies par le protocole», poursuivent les détracteurs du protocole.
Au Cameroun, une source proche de l’archidiocèse de Yaoundé, cité par le quotidien Cameroon Tribune, a rappelé que les positions de l’Eglise catholique par rapport à l’avortement sont «connues» de tous et restent «inchangées». Car, «l’avortement est totalement contraire aux valeurs religieuses, et fermement combattu par l’Eglise». Le combat contre le protocole de Maputo est dirigé par l’ONG américaine Human Life International.
Le pape Benoît XVI, dans un discours au Corps diplomatique accrédité auprès du Saint Siège le 8 janvier 2007, a exprimé sa préoccupation face au protocole de Maputo. Le Saint-Père qui se demandait «comment ne pas se préoccuper des continuelles atteintes à la vie, de la conception jusqu’à la mort naturelle?», s’était ému de voir que «de telles atteintes n’épargnent même pas des régions où la culture du respect de la vie est traditionnelle, comme en Afrique, où l’on tente de banaliser subrepticement l’avortement, par le Protocole de Maputo (…)». (apic/ibc/bb)
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