Nouvelle étape dans le dialogue doctrinal avec les Lefebvristes

Rome: Publication du Motu Proprio «Ecclesiae Unitatem»

Rome, 8 juillet 2009 (Apic) La publication du Motu Proprio Ecclesiae Unitatem, le 8 juillet à Rome, constitue une nouvelle étape dans le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X que Benoît XVI a souhaité en janvier 2009 en levant l’excommunication de 4 évêques ordonnés par Mgr Marcel Lefebvre.

En plaçant la Commission pontificale «Ecclesia Dei», en charge de ce dossier, sous la responsabilité du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le pape entend régler les problèmes «de nature essentiellement doctrinale» avant toute réintégration des évêques.

Conformément à ce qu’il avait annoncé dans sa lettre aux évêques du monde entier diffusée le 12 mars 2009, Benoît XVI a ainsi publié ce document ›de sa propre initiative’ pour «faire preuve d’une sollicitude paternelle envers la Fraternité Saint-Pie X afin qu’elle retrouve la pleine communion avec l’Eglise», et ce malgré les récentes ordinations célébrées dans différents séminaires fidèles à Mgr Lefebvre.

«Précisément parce que les problèmes qui doivent maintenant être traités avec la Fraternité sont de nature essentiellement doctrinale, j’ai décidé – 21 ans après le Motu Proprio Ecclesia Dei, et conformément à ce que je comptais faire – de revoir la structure de la Commission ›Ecclesia Dei’, en la reliant de manière étroite avec la Congrégation pour la doctrine de la foi», a annoncé le pape.

Le texte a ensuite expliqué quelle était la nouvelle configuration de la Commission pontificale ›Ecclesia Dei’. Ainsi «le président de la Commission est le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi» et «la Commission a un plan organisationnel propre composé du secrétaire et d’officiels». En outre, «il incombera au président, aidé par le secrétaire, de soumettre les cas et les questions à caractère doctrinal à l’étude et au discernement des instances ordinaires de la Congrégation pour la doctrine de la foi, mais aussi d’en soumettre les résultats aux jugements supérieurs du souverain pontife».

Tant que les questions doctrinales «ne seront pas éclaircies, la Fraternité n’a pas de statut canonique dans l’Eglise et ses ministres ne peuvent exercer aucun ministère de manière légitime», a en outre précisé le pape. Le 17 juin dernier, le Saint-Siège avait déjà rappelé que les ordinations sacerdotales célébrées au sein de la Fraternité Saint-Pie X devaient «encore» être considérées comme «illégitimes».

S’il revient largement sur les rapports avec la Fraternité Saint-Pie X, le Motu Proprio Ecclesiae Unitatem n’évoque pas le sort des autres instituts qui dépendent de la Commission ›Ecclesia Dei’, telles que la Fraternité Saint-Pierre, l’Institut du Bon Pasteur ou encore la fraternité brésilienne Saint-Jean-Marie-Vianney, du diocèse de Campos.

Peu avant la publication du Motu Proprio, le Bureau de presse du Saint-Siège avait annoncé que le cardinal William Joseph Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, prenait la place du cardinal Dario Castrillon Hoyos, «arrivé au terme de son service comme président de la Commission pontificale ›Ecclesia Dei’». Mgr Guido Pozzo occupera quant à lui le poste de secrétaire de ce même dicastère, laissé vacant depuis la mort de Mgr Mario Marini en mai dernier. Enfin, dans un communiqué accompagnant le document pontifical, le cardinal Levada a annoncé le départ du vice-président de la Commission ›Ecclesia Dei’, Mgr Camille Perl, «après de nombreuses années de service».

Une séparation de plus de 20 ans

La Fraternité Saint-Pie X fut fondée en 1970 à Fribourg (Suisse) par Mgr Lefebvre. C’est la création, sans autorisation de Rome, du séminaire d’Ecône, en Suisse, et l’ordination illicite de prêtres qui le conduisirent à sa suspension ad divinis en 1976, lui retirant ainsi le droit de célébrer les sacrements.

En 1984, Jean Paul II autorisa les évêques à permettre la célébration de la messe tridentine. Malgré les fortes critiques de Mgr Lefebvre sur la rencontre interreligieuse d’Assise (Italie) en 1986, un accord de réconciliation fut alors sur le point d’être conclu avec l’évêque traditionaliste, sous le patronage du cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Mais Mgr Lefebvre refusa au dernier moment de signer l’accord et, le 30 juin 1988, ordonna 4 évêques sans le consentement de Rome, en dépit des nombreux avertissements du cardinal Ratzinger. Cet acte entraîna son excommunication latae sententiae (par le fait même), ainsi que celle des 4 consacrés.

Le 2 juillet 1988, avec son Motu proprio Ecclesia Dei, Jean-Paul II confirma le caractère schismatique de la Fraternité Saint-Pie X et créa la Commission pontificale ’Ecclesia Dei’. Attachée à la Congrégation de la doctrine de la foi, cette commission devait chercher à permettre aux traditionalistes le désirant de conserver le rite pré-conciliaire.

Suivirent alors 12 années de contacts épisodiques et officieux entre l’Eglise catholique et la Fraternité Saint-Pie X, qui n’aboutirent à aucune réconciliation. Il fallut attendre le Grand jubilé de l’an 2000 pour une amorce de rapprochement. C’est surtout au cours du pèlerinage jubilaire à Rome de la fraternité que des contacts furent noués.

Dès les premiers mois de son pontificat, le 29 août 2005, Benoît XVI reçut en audience au Vatican le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay. Près de 2 ans plus tard, le pape publia le Motu Proprio Summorum Pontificum libéralisant la messe selon le rite tridentin, estimant que «chaque Eglise particulière doit être en accord avec l’Eglise universelle», notamment «quant aux usages reçus universellement de la tradition apostolique».

Le 21 janvier 2009, à la demande de Benoît XVI, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, signa un décret levant l’excommunication qui pesait sur les 4 évêques lefebvristes : le Suisse Bernard Fellay, le Français Bernard Tissier de Mallerais, l’Anglais Richard Williamson et l’Espagnol Alfonso de Galarreta. Ce geste provoqua une telle émotion au sein même de l’Eglise catholique que le pape a été dans l’obligation de publier une lettre en mars 2009 adressée aux évêques du monde entier pour expliquer son choix. (apic/imedia/cp/pr)

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