L’entêtement de Micheletti pourrait coûter la guerre civile
Tegucigalpa, 24 juillet (Apic) À la tête d’un long convoi de véhicules et accompagné par le président nicaraguayen Daniel Ortega, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Nicolás Maduro et par Edén Pastora, le « Commandant Zéro » de la révolution sandiniste, le président hondurien Manuel Zelaya, destitué par un coup d’Etat militaire appuyé pat la hiérarchie de l’Eglise catholique, a quitté Managua en direction de la frontière de son propre pays.
Il s’agit de sa seconde tentative de rentrer au Honduras, après l’échec du 5 juillet dernier, alors que les appels dans le monde se multiplient pour rétablir la légalité constitutionnelle dans le pays et éviter que les tensions latentes ne laissent la place aux violences.
Selon l’Agence Misna à Rome, des sources de presse sud-américaines indiquent en outre qu’un grand nombre de journalistes prennent part au voyage du président élu, que le secrétaire général de l’Organisation des États Américains (Oea), José Miguel Insulza, a jugé « précipité » et les États-Unis « peu prudent ». Alors que les négociations butent sur l’intransigeance du « président » issu du putsch militaire.
De l’autre côté de la frontière, le gouvernement hondurien de facto, autoproclamé, a établi un couvre-feu de 18 heures à 6 heures du matin dans les zones frontalières – M Zelaya n’ayant pas encore communiqué par où il compte passer pour entrer sur le territoire – pendant que les partisans du président destitué se sont massivement mobilisés pour l’accueillir.
Dans un communiqué, le ministère de la Défense a averti que les forces armées « ne pourraient être retenues responsables de la sécurité des personnes qui, pour fomenter les violences dans le pays, encourent le risque d’être attaquées par leurs propres compagnons dans le seul but d’en faire des martyrs ».
De son côté, Zelaya a revendiqué son rôle de commandant en chef des forces armées et exhorté les militaires – qui l’ont arrêté le 28 juin dernier avant de l’expulser du pays – « à déposer leurs fusils et se soumettre à l’autorité que le peuple a choisie ».
Au cours des dernières heures, nombreux sont les dirigeants latino-américains qui ont souligné le risque d’une guerre civile au Honduras si le gouvernement intérimaire n’accepte pas la proposition du médiateur, président du Costa Rica et Prix Nobel de la Paix 1987, Oscar Arias, qui prescrit le rétablissement dans ses fonctions de président Zelaya.
Selon le président bolivien, Evo Morales, la situation « peut déboucher sur la lutte armée à cause de l’orgueil des putschistes et de la droite hondurienne ». Du Paraguay, où elle se trouve en visite, la présidente chilienne Michelle Bachelet a demandé aux parties en cause de « faire tout leur possible pour éviter une nouvelle tragédie au Honduras ». Les ministres des Affaires étrangères du Brésil, Celso Amorim, et du Mexique, Patricia Espinosa, ont requis de plus grandes pressions internationales sur le gouvernement illégitime, qu’ils ont invité, à l’imitation de Insulza, à accepter la proposition du président Arias.
Dans sa dernière « Réflexion », ironiquement intitulée « Un Prix Nobel pour Madame Clinton », l’ancien président cubain Fidel Castro critique la médiation du président costaricain, qu’il considère planifiée par les États-Unis « pour essayer de gagner du temps, consolider le coup d’État et démoraliser les organisations internationales qui soutiennent Zelaya ». Selon Fidel Castro, après avoir ignoré l’ordre de renoncer au pouvoir de l’Oea – qui a par ailleurs suspendu l’adhésion du Honduras -, « les putschistes sont déjà accueillis dans les sphères oligarchiques de l’Amérique Latine, dont certaines, depuis leurs hautes positions étatiques, ne rougissent plus pour parler de leur soutien au putsch alors que l’impérialisme pêche dans l’eau trouble de l’Amérique Latine (…) pour encercler de bases militaires la patrie de Bolivar ».
Cette dernière allusion semble être dirigée au président de la Colombie, Alvaro Uribe, qui négocie actuellement avec les États-Unis l’utilisation par les soldats américains de bases militaires sur son territoire – ce qui suscite de nombreux doutes et critiques dans la région – et qui a publiquement exprimé sa « sympathie » pour Roberto Micheletti il y a quelques jours. (apic/misna/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/l-entetement-de-micheletti-pourrait-couter-la-guerre-civile/