Fossé grandissant entre les deux communautés religieuses
Le Caire, 2 août 2009 (Apic) Les cas d’incidents à caractère religieux se sont multipliés durant tout le mois de juillet en Egypte, faisant craindre une cassure grandissante dans la société, particulièrement entre les communautés musulmane et chrétienne. Des affrontements entre musulmans sunnites et chrétiens coptes ont eu lieu dans différents endroits du pays, rapporte le bureau régional pour l’Afrique de l’agence de presse Inter Press Service (IPS).
En Egypte, pays de 82 millions d’habitants les chrétiens représentent entre 6 et 12% de la population, selon les sources. Les relations interreligieuses ont été traditionnellement plutôt pacifiques, mais l’émergence d’un certain fondamentalisme fait craindre un accroissement des divisions. Les chrétiens se plaignent fréquemment d’être sous-représentés dans les instances de pouvoir, ce qui ne contribue pas à faire baisser les tensions intercommunautaires.
Dans la province de Daqliya, située dans le delta du Nil, un musulman a été tué courant juillet lors d’une dispute avec un groupe de chrétiens. Cet incident a vite pu être contenu, et les affrontements entre familles chrétiennes et musulmanes dans la région ont pu être évités grâce aux mesures de sécurité prises par l’Etat. Depuis, la région est sous haute sécurité.
Dans la province voisine de Gharbia, plusieurs personnes ont été blessées lors d’affrontements interreligieux, à la suite d’une rumeur sur une relation entre une femme chrétienne et un homme musulman. Quelques jours plus tard, six personnes ont été blessées dans un autre cas de troubles sectaires à Beni-Sueif, une ville de la Moyenne-Egypte, entraînant l’arrestation de quinze personnes dans chaque communauté (chrétienne et musulmane). Les troubles ont éclaté après que des musulmans se soient opposés à la construction d’une église dans la ville, estimant que les chrétiens n’ont pas le permis nécessaire.
Le dernier incident confessionnel a eu lieu le 24 juillet, au cours desquels quatre personnes, dont deux policiers, ont été blessées lors d’échauffourées entre chrétiens et musulmans à Minya, une ville de Haute-Egypte. Dans ce cas aussi, les affrontements ont été provoqués par l’opposition de musulmans de voir une chrétienne transformer sa maison de fortune en église, sans autorisation officielle.
Selon la loi égyptienne, la construction d’églises – à la différence des mosquées – nécessite l’approbation officielle du gouvernement. Mais de plus en plus de personnes reconnaissent que les chrétiens font face à des obstacles bureaucratiques «excessifs», lorsqu’ils veulent construire ou rénover leurs lieux de culte, alors qu’il n’y a pas d’obstruction à la construction de mosquées.
«Les récentes violences confirme l’existence de frictions interconfessionnelles», a déclaré à IPS Nabil Abdel-Fattah, chef-adjoint du centre semi-officiel Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques. Selon lui, le pays est arrivé «au point où une banale querelle peut dégénérer en véritable conflit sectaire».
Pour Gabriel Naguib, avocat de l’Eglise copte et président de la section cairote de l’Union égyptienne des droits de l’homme, «aussi longtemps que la communauté chrétienne souffrira de la partialité officielle de l’Etat, les tensions intercommunautaires vont persister».
Selon lui, il est absurde que tout le monde puisse obtenir un permis pour tout simplement pratiquer sa foi. «Environ 90% des problèmes entre chrétiens et musulmans peuvent être attribués au problème de construction d’église», a-t-il encore ajouté, appelant le gouvernement à adopter une loi fixant des conditions pour la construction de mosquées et d’églises.
Pourtant, tous ces problèmes sont faciles à résoudre, et des experts – à la fois gouvernementaux et non gouvernementaux – ont fait de nombreuses recommandations positives à cette fin, a déclaré Nabil Abdel-Fattah. «Mais, a-t-il déploré, les institutions de l’Etat semblent manquer de la volonté politique ou d’imagination pour les résoudre». «Alors, s’il n’y a jamais de fin à la discorde sectaire en Egypte, ce sera la faute de l’Etat et le manque général de légiférer intelligemment», conclut Nabil Abdel-Fattah.
Depuis sa création il y a quelques années, parrainé par le gouvernement, le Conseil national pour les droits de l’homme (CNDH) a, lui aussi, appelé à une seule loi régissant la construction de tous les édifices religieux en Egypte. Cette recommandation de la CNDH n’est pas encore appliquée. (apic/ibc/be)
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