Mexique: La violence, produit de la décomposition sociale, dénonce l’archevêché de Mexico

Montée continuelle de la violence dans l’Etat mexicain de Guerrero

Mexico, 6 août 2009 (Apic) L’archevêché de Mexico s’inquiète de la montée continuelle de la violence dans l’Etat mexicain de Guerrero, dans le sud du pays, plus connu pour ses plages d’Acapulco que pour ses problèmes sociaux endémiques. « La violence est le produit d’une décomposition sociale », estime l’archevêché, dans une note publiée jeudi 6 août.

L’archevêché fait notamment référence à plusieurs épisodes de violence, dont l’assassinat du journaliste Juan Daniel Martinez Gil, l’enlèvement de la députée Aceadeth Rocha et les affrontements entre des groupes armés et l’armée régulière dans la région de Tierra Caliente.

Des défenseurs des droits humains de l’Etat de Guerrero, parmi lesquels de nombreux militants indigènes, risquent toujours d’être attaqués, malgré la décision de la Cour interaméricaine des droits de l’homme ordonnant aux autorités fédérales mexicaines de leur fournir une protection.

Récemment encore, Rommel Cain Chacan Pale, qui travaille pour une organisation locale de défense des droits humains, a reçu de nouvelles menaces de mort. Le 5 juin, cet avocat appartenant à une organisation indépendante de surveillance des activités policières basée à Tlapa de Comonfort, dans la région de la Sierra Alta de l’Etat de Guerrero, a en effet été menacé de mort par téléphone.

Le 30 avril dernier, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a ordonné aux autorités fédérales de prendre les mesures nécessaires afin de protéger 107 membres d’organisations de défense des droits humains. Parmi ces organisations figurent le Centre des droits humains de la montagne Tlachinollan, l’Organisation du peuple indigène tlapanèque (OPIT) et l’Organisation pour l’avenir des peuples mixtèques (OFPM), tous les trois basés dans la région de La Montaña. Des mesures ont été prises mais elle demeurent pour l’instant très peu nombreuses et largement insuffisantes pour assurer une protection efficace à ces militants afin qu’ils puissent continuer à mener leurs activités légitimes, estiment les ONG locales.

Au début de l’année, deux défenseurs des droits des populations indigènes ont été enlevés, torturés et tués, tandis que d’autres étaient menacés, harcelés et jugés de manière inique sur la base de fausses accusations.

Le 5 juillet dernier, un commando d’hommes armés a attaqué et ouvert le feu sur une camionnette transportant treize personnes à El Bejuco, dans la municipalité de Coahuayutla dans la région de Costa Grande. Onze des passagers ont été tués, tandis que les deux autres ont été blessés. Le groupe de partisans du Parti de la révolution démocratique (PRD) se rendait aux urnes à l’occasion des législatives. Le gouverneur de l’Etat, Zeferino Torreblanca, attribue cette attaque à des tueurs à gage venus de l’Etat de Michoacan. Sans pourtant étayer ses affirmations.

Ces violences ne datent pas d’hier. En novembre 2007 déjà, Amnesty International estimait imputait au gouvernement fédéral la responsabilité de cette flambée de violence: « Les actions engagées par le gouvernement mexicain en vue de la construction d’un barrage hydroélectrique dans l’Etat de Guerrero se caractérisent par le fait que les populations concernées n’ont pas été suffisamment consultées et par une tension, une violence et une atmosphère d’intimidation de plus en plus marquées ».

Si le projet de barrage de La Parota est mené à bien, plusieurs milliers de personnes, principalement des cultivateurs et des personnes issues de communautés indigènes pauvres, risquent d’être déplacées. La construction de ce mégabarrage, au nord de la station touristique d’Acapulco, que le gouvernement envisage de faire construire par une multinationale étrangère, met en danger la survie de 25’000 paysans. Selon les scientifiques de l’Unam (université de Mexico), les impacts du barrage sur l’environnement sont également préoccupants. La Parota présente en effet un « haut risque sismique couplé d’un risque de tsunami », et entraînera la perte d’une biodiversité importante.

La violence dans cet Etat est sans doute aussi le résultat de la situation sociale dans une région parmi les plus marginalisées et les moins développées du Mexique, avec une importante population indigène. Il y a trois ans, cet Etat possédait un triste record: celui du taux le plus élevé de violations des droits humains du pays.

Absence de développement, impunité chronique, corruption

D’où la réaction, jeudi, de l’archevêché de la capitale, qui estime que cette situation est le signe d’une « grave décomposition sociale générée par une série de facteurs » comme la perte des valeurs fondamentales, l’absence de développement, l’impunité chronique, la corruption dans certaines des institutions de l’administration publique.

L’archevêché déplore encore dans son communiqué que « la violence s’est convertie en une forme de normalités sociale, à laquelle nous sommes malheureusement désormais habitués ». De son côté, l’archevêché d’Acapulco indique que cette spirale de violence est d’autant plus dangereuse qu’elle génère dans la société « une culture de non respect de la loi tant du côté des autorités que du côté des simples citoyens », avec le risque que ne s’installe la « loi de la jungle ».

Le Mexique brûle tout entier

L’Etat du Guerrero n’est pas le seul à connaître la violence. L’ensemble du Mexique est depuis belle lurette objet d’exactions les plus diverses. La violence liée au trafic de drogue a fait depuis longtemps irruption dans le pays.

Au Mexique, on estime à plus de 5’300 en 2008, et plus de 2’500 depuis le début de 2009, le nombre de morts violentes provoquées par les activités des cartels, qui se disputent le contrôle du trafic de drogue et de son expédition aux Etats-Unis, premier client mondial pour la cocaïne. Des attaques sont commises d’un bout à l’autre du Mexique, y compris près de la frontière des Etats-Unis, un point de passage pour la drogue long de 3’000 km.

Peu avant les législatives de juillet, l’opposition relevait que le « climat actuel de violence » est le produit de la « guerre » déclarée aux cartels par le gouvernement du président Felipe Calderon depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2006, « une stratégie qui n’a pas fonctionné » malgré « la militarisation des rues ».

Le président Calderon a mobilisé plus de 36’000 militaires et policiers contre les cartels à travers le pays. Ce qui a fait dire à l’opposition que le Mexique était le « le pays sans guerre civile le plus violent du monde ». (apic/aciprensa/com/pr)

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