Mali: L’Assemblée nationale vote un nouveau code des personnes et de la famille

Vague d’indignation des musulmans du pays

Bamako, 20 août 2009 (Apic) L’adoption d’un nouveau code des personnes et de la famille par le Parlement du Mali fait grincer des dents. Débattu pendant dix ans avant son vote en début du mois, il comprend plus de 1’100 nouveaux articles qui, entre autres, abolissent la peine de mort, fixent à 18 ans l’âge minimum légal pour le mariage, ne reconnaissent que les mariages laïques, étendent aux filles les droits d’héritage des parents.

Selon le Réseau d’information régionale intégrée des Nations Unies IRIN, le code doit encore être approuvé par le président malien pour avoir force de loi. Pour les milieux fondamentalistes islamiques, c’est la plus «satanique» loi du Mali indépendant.

Pour les fondamentalistes musulmans, la plus «satanique» loi du Mali indépendant

Chefs religieux musulmans et jeunes islamistes ont organisé la résistance. De mosquée à mosquée, les échos des protestations continuent de fuser de partout, rapporte pour sa part le quotidien malien «L’Aurore». Les chefs religieux ont proféré de nombreuses malédictions à l’encontre des initiateurs de la loi et des députés qui l’ont votée, a indiqué pour sa part un autre quotidien local, «Nouvel Horizon».

Ils ont organisé, samedi 15 août dernier, une manifestation gigantesque sans précédent au Mali. Elle a rassemblé des milliers de protestataires. «Non au code satanique, féministe et libertin. Nos valeurs ancestrales et religieuses nous suffisent», «Oui à nos valeurs sociétales et religieuses». «Non à un code de la trahison et de la provocation», tels étaient quelques uns des slogans scandés durant la protestation. La participation des femmes, pour lesquelles le code a été voté, a était la surprise. Interrogées par la presse, certaines parmi elles ont expliqué que leur participation vise à soutenir fermement les «défenseurs» des principes coraniques et des «valeurs» de la société, «valeurs» pourtant souvent en contradiction avec les droits de l’Homme.

Le secrétaire général du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), Mohamed Kimbiri, a déclaré à IRIN que son organisation fera tout pour empêcher l’application de ce code. «Il est honteux, c’est une trahison» pour les musulmans, a-t-il dit ajouté, précisant toutefois qu’il n’était pas opposé à «l’esprit du code», mais au fond.

De nombreuses filles sont mariées à 10, 11 ou 12 ans

«Nous voulons un code approprié pour le Mali, qui soit adapté à nos valeurs sociales», a-t-il fait remarquer, relevant qu’ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher sa promulgation. Les défenseurs des droits de l’Homme ont par contre salué le nouveau texte. Oumou Touré, présidente d’une Organisation non gouvernementales (ONG) féminine, a estimé que le nouveau code de la famille est une «exigence constitutionnelle et démocratique» promouvant la justice sociale.

«De nombreuses filles mariées à 10, 11 ou 12 ans sont décédées ces dernières années dans la région de Kayes», au nord-est, a-t-elle rappelé. Le nouveau code permettra d’éviter ce genre de situation, car les coupables seront désormais «punis et condamnés à une amende». Selon une enquête d’Amnesty international en 2005, plus de 60% des jeunes filles maliennes étaient mariées avant l’âge de 18 ans.

Pour sa part, le gouvernement a reconnu qu’il y aura une opposition à la réforme du code des personnes et de la famille. «Nous ne pouvons pas effectuer des changements (dans la société) sans provoquer de réactions», a reconnu le ministre de la Justice, Maharafa Traoré. «Il est difficile d’obtenir un accord unanime concernant une réforme. C’est pourquoi nous allons éduquer les citoyens afin de venir à bout de toutes les résistances», a-t-il annoncé. Selon lui, le gouvernement n’a jamais dit que le texte était parfait. «Mais nous pouvons corriger les lacunes au fur et à mesure que la loi sera appliquée».

De son côté, le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, a appelé tous les députés à mener des actions d’éducation auprès de leurs communautés. «Tous les représentants ont l’obligation d’informer leurs électeurs des avantages de cette loi», a-t-il affirmé. (apic/ibc/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/vague-d-indignation-des-musulmans-du-pays/