Mali : Les dignitaires musulmans se mobilisent contre le nouveau code de la famille

Le président Amadou Toumani Touré prié de ne pas le promulguer

Bamako, 24 août 2009 (Apic) La mobilisation des dignitaires musulmans du Mali contre le nouveau code des personnes et de la famille, adopté par les députés, le 3 août dernier, ne fléchit pas. Le samedi 22 août 2009, entre 50’000 et 60’000 personnes se sont rassemblées dans le plus grand stade de Bamako, la capitale, pour dénoncer ce nouveau code et demander au président de renoncer à promulguer la loi.

Le rassemblement, organisé à l’appel de la Ligue malienne des imams et érudits pour la solidarité islamique (LIMAMA) a été sans précédent dans l’histoire du Mali.

Selon la presse malienne du 24 août 2009, la communauté musulmane du Mali a massivement répondu à cet appel. C’était le second rassemblement après une première manifestation de contestation islamique qui a réuni plus de dix mille personnes le 15 août dernier.

Le nouveau code est un document de plus de 1’000 articles. Il se propose de projeter la société malienne dans la modernité, sans perdre de vue les valeurs culturelles et de civilisation du pays. Mais pour les musulmans maliens, il provoque une cassure de la société, détruit le socle et les valeurs morales sur lesquels repose le pays. Il est en déphasage avec les préceptes de l’Islam, religion à laquelle appartiennent 90% des quelque 10 millions d’habitants du pays.

Nombreux articles critiqués

Les critiques des dignitaires musulmans contre le nouveau code portent, entre autres, sur la non prise en charge du mariage religieux, alors que la légalisation du mariage islamique a toujours été réclamée par les dirigeants musulmans. Les responsables musulmans critiquent aussi le retrait de l’ancienne loi aux termes de laquelle la femme doit obéissance à son époux, le contenu des articles 508 à 512 relatifs aux actions de recherche en paternité et en maternité, susceptible d’ouvrir la porte à la possibilité d’adoption d’un enfant par des homosexuels. De plus, le relèvement de l’âge légal minimum pour le mariage de 15 à 18 ans, le droit d’hériter pour les filles en cas de décès d’un des parents, la reconnaissance d’un enfant né hors mariage, constituent pour eux des attaques contre la tradition religieuse. Même l’inoffensif article 38 qui autorise une femme à faire du commerce sans l’autorisation de son mari suscite la colère des dignitaires musulmans, qui y voient le germe de la dislocation de la famille.

Pour Mamadou Diamouténé, secrétaire général du Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM), ce nouveau code est parti d’une initiative de la Coordination des associations et ONG (organisations non gouvernementales) féminines du Mali (CAFO), en 1996. A la demande des associations islamiques, le président Alpha Oumar Konaré au pouvoir, à l’époque, n’a pas touché à l’ancien code adopté en 1962, sous l’impulsion du premier président du pays, Modibo Kéïta.

Le président du pays mis en garde contre la promulgation du nouveau code

Lors du rassemblement de samedi, la LIMAMA a sévèrement mis en garde le président, Amadou Toumani Touré contre toute promulgation de la loi sur le nouveau code. «Arrêtez, nous sommes au mois du ramadan et souvenez-vous que, dans notre pays, deux régimes sont tombés pendant ce mois», a rappelé le représentant des familles fondatrices de Bamako, Latif Touré. Le président de l’Association des jeunes musulmans du Mali a appelé ses camarades à la Jihad (guerre sainte) contre le nouveau code.

Mesures de rétorsion préconisées

Dans une déclaration lue par son secrétaire général, El Hadj Aboubacar Camara, la LIMAMA a averti qu’au cas où le nouveau code serait promulgué, des mesures de rétorsion seront prises à l’encontre des députés qui l’ont voté, ainsi que contre les femmes des ONG qui l’ont imposé. Les listes de ces personnes seront envoyées dans toutes les mosquées du pays. «Aucun d’eux ne bénéficierait du service d’un imam lors de leur cérémonies familiales (mariages, baptêmes, décès), en cas d’adoption du nouveau code.

En outre, a ajouté la LIMAMA, les musulmans s’abstiendront de voter pour ces gens lors de futures consultations électorales. Elle a aussi décrété «l’anathème de l’ensemble des imams et érudits du Mali sur tout imam qui, se désolidarisant de la communauté des croyants, aura prêté ses services aux personnes» visées. «Pour avoir trahi Allah et son prophète, ils auront mérité la malédiction de l’ensemble des musulmans du Mali», a affirmé la LIMAMA, qui a également décidé de relancer le registre du mariage religieux sur toute l’étendue du territoire national avec un acte de mariage signé par l’imam ou d’autres officiants musulmans. Cet acte sera ensuite délivré aux mariés.

«Ce qui vient d’être annoncé doit être mis en œuvre par tous les imams maliens, de l’intérieur comme de l’extérieur» a dit El Hadj Thierno Hadi Thiam, membre dirigeant de la LIMAMA et organisateur de la manifestation. Il a aussi interdit de s’exprimer en français lors de la rencontre, en signe de protestation contre l’Occident. Le français est pourtant la langue officielle du pays. Et de conclure: «Aux députés leur code, à nous la charia.» (apic/ibc/js)

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