Inde: Après les violences dans l’Orissa

Un livre remet en question la laïcité du pays

New Delhi, le 26 août 2009 (Apic) Les violences visant la minuscule minorité chrétienne de la région reculée de Kandhamal, dans l’Etat indien de l’Orissa, soulèvent des interrogations concernant la prétention du deuxième pays le plus peuplé au monde à être un Etat laïque. Il s’agit de l’affirmation présentée par l’auteur de «Kandhamal – a blot on Indian secularism» (Kandhamal – la laïcité indienne entachée), un ouvrage écrit par le correspondant de l’agence œcuménique de presse ENI en Inde, Anto Akkara.

Le livre, présenté au Press Club of India le 19 août, met en lumière une région que l’auteur appelle «l’épicentre de la violence antichrétienne dans l’Orissa», Etat situé dans le nord-est de l’Inde.

Kandhamal a été mise à feu et à sang le 23 août 2008, causant la mort d’un grand nombre de chrétiens et la destruction d’une grande partie de leurs biens. Les chrétiens ont affirmé à l’auteur du livre que s’ils retournaient dans la région d’où on les a chassés, ils devraient renier leur foi et embrasser l’hindouisme.

«La situation à Kandhamal une année plus tard soulève des interrogations quant à son appartenance à la République indienne laïque. L’impunité et l’anarchie à Kandhamal font de cette région une tache dans le pays», a déploré Anto Akkara lors de la réédition de son livre, publié pour la première fois en avril.

Journée nationale de paix contre «jour de victoire»

Les responsables œcuméniques de l’Orissa, emmenés par l’archevêque catholique romain Raphael Cheenath, de Bhubaneswar, la capitale de l’Orissa, ont appelé à la tenue d’une journée nationale de paix et d’harmonie pour marquer l’anniversaire.

Anto Akkara a cependant affirmé que les responsables d’Eglise ont exigé des conditions de sécurité et une protection renforcées pour les minorités religieuses, car certains groupes extrémistes hindous avaient annoncé la célébration d’un «jour de victoire» pour l’anniversaire.

Entre 90 et 123 chrétiens ont été tués et entre 30’000 et 50’000 déplacés. En outre, plus de 5’000 foyers chrétiens et 250 églises et institutions chrétiennes ont été pillées et incendiées. Ces agissements ont été assimilés à du nettoyage ethnique par certains observateurs.

Coïncidant avec la réédition du livre, des militants sociaux ainsi que des collaborateurs d’Eglise et des employés des médias se sont rassemblés à l’occasion d’une cérémonie organisée à New Delhi, la capitale indienne, pour passer en revue les événements de Kandhamal. Ils souhaitaient ainsi marquer le premier anniversaire de ce qu’ils ont qualifié de «pogrom antichrétien». La réédition du livre a été publiée par l’ancien diplomate indien K.P. Fabian, président de l’organisation de soutien au développement Indo-Global Social Service Society.

Lors du lancement du livre, certaines des victimes des violences à Kandhamal étaient manifestement bouleversées de raconter ce à quoi elles ont été confrontées. L’une d’elles, Kantalata Nayak, mère de deux enfants, a notamment décrit avec éloquence l’assassinat brutal de son mari. (apic/eni/js)

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