Genève: L’occupation israélienne, « péché contre Dieu », selon le secrétaire général du COE
Genève, 27 août 2009 (Apic) L’occupation des Territoires palestiniens par Israël doit être considérée comme un « péché contre Dieu », a déclaré le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE). Dans son rapport présenté le 26 août au Comité central du COE, principal organe directeur de l’organisation, le secrétaire général sortant a affirmé que « l’occupation, associée à l’humiliation de tout un peuple pendant plus de six décennies, n’est pas simplement un crime économique et politique: tout comme l’antisémitisme, c’est un péché contre Dieu! ».
Le pasteur Samuel Kobia, dont le successeur sera désigné ce jeudi à Genève, a rappelé qu’à sa Première Assemblée, à Amsterdam en 1948, le COE avait déclaré que l’antisémitisme était un « péché contre Dieu ». Le pasteur Kobia a ajouté: « Sommes-nous prêts à dire que l’occupation est également un péché contre Dieu ? »
Samuel Kobia présentait son dernier rapport au Comité central du COE en tant que secrétaire général, avant de céder sa place à la fin de 2009. Le Comité central, réuni du 26 août au 2 septembre à Genève, élira le 27 septembre un nouveau secrétaire général. Le COE regroupe 349 Eglises, principalement protestantes, anglicanes et orthodoxes. L’Eglise catholique romaine ne fait pas partie du COE mais elle est représentée dans certaines de ses commissions.
Répondant aux questions des journalistes après avoir présenté son rapport, le pasteur Kobia a évoqué la « déshumanisation » de l’occupant, comme de l’occupé, dans les Territoires palestiniens. « Il faut s’inquiéter non seulement des victimes, mais aussi des bourreaux », a-t-il déclaré au sujet d’Israël. Le pasteur kenyan a rappelé que l’ancien président sud-africain Nelson Mandela avait un jour déclaré qu’en condamnant l’apartheid comme un « péché », le COE avait contribué à saper le système de la domination par la minorité blanche.
Dans son rapport au Comité central du COE, le pasteur Kobia a déclaré que la construction actuelle de colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés doit être replacée « dans le contexte historique plus large des soulèvements ethniques en Palestine qui ont précédé la création de l’Etat moderne d’Israël ». Il a rappelé que tandis que les Israéliens évoquent la période ayant précédé la création de l’Etat d’Israël sous le nom de « guerre d’indépendance », les Palestiniens appelleront toujours cet événement « nakba », c’est-à-dire « la catastrophe ».
De nombreux Palestiniens s’en souviendront comme « une forme de ’purification ethnique’ au cours de laquelle a eu lieu la plus importante migration forcée de l’histoire moderne », a affirmé le pasteur Kobia. « On estime à pas moins d’un million le nombre de personnes qui ont été expulsées de chez elles à la pointe du fusil – des civils ont été massacrés, des centaines de villages palestiniens ont été délibérément détruits, des mosquées et des églises profanées, et des couvents et des écoles vandalisés (…) Ce que des dirigeants palestiniens appelaient en 1948 ’le racisme et la ghettoïsation des Palestiniens à Haïfa’ est devenu, en ce début du XXIe siècle en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza, un système complet d’apartheid avec son propre système de ’bantoustans’ », a encore affirmé le pasteur Kobia, qui faisait référence aux territoires censés être gouvernés par des Noirs en Afrique du Sud pendant la période de l’apartheid.
Il a indiqué que des centaines de terrains appartenant à l’Eglise sont menacés de confiscation en raison des expulsions de familles palestiniennes et de la destruction de leurs maisons à Jérusalem-Est, et que les agissements de l’Etat d’Israël font obstacle aux efforts déployés par le nouveau gouvernement des Etats-Unis pour « faire bouger les choses » au Moyen-Orient. ENI/JB
Evoquant dans son rapport la crise financière et la récession économique, il les a qualifiées de « un moment de vérité », en fustigeant « le péché de cupidité » et « l’économie de casino » qui, de l’avis de beaucoup, sont à l’origine de cette crise. Il a rappelé que même par le passé, « la croissance économique du monde n’a pu se faire qu’aux dépens des communautés pauvres, des générations futures et de la nature. Le mantra du mahatma Gandhi est toujours vrai: la nature produit en suffisance pour les besoins de l’homme, mais pas pour sa cupidité ».
En 1991, l’Assemblée du COE à Canberra a souligné l’opposition entre la croissance illimitée et donc destructrice de la cellule cancéreuse et la croissance d’un arbre qui mûrit en relation intime et en étroit équilibre avec son environnement. Après avoir lu l’encyclique « Caritas in veritate » du pape Benoît XVI, le pasteur Kobia s’est félicité de constater qu’un large consensus se dégage entre les grandes traditions ecclésiales: « il nous faut nous concentrer sur les besoins des pauvres, sur le rôle du travail et sur les relations avec la création ». Après l’optimisme suscité par la mondialisation économique – « certains se demandaient, même parmi nous, si l’orientation de la critique formulée par le mouvement oecuménique était encore justifiée – le pasteur Kobia espère « que nous nous sommes réveillés ».
« J’espère que nous nous en rendons bien compte: les changements climatiques, la profonde crise économique dans laquelle nous sommes plongés, la violence et la guerre qui font des ravages en tant de lieux, et la transition critique entre un monde dominé par les Etats-Unis et leurs alliés et un système mondial multipolaire qui a pour acteurs importants, entre autres, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud – tous ces problèmes et bien d’autres encore sont, tout au fond, autant de reflets d’une crise de la vie en communauté. Ils rendent indispensables notre témoignage commun de la mission réconciliatrice et porteuse de guérison du Christ crucifié et ressuscité ».
Parlant des « graves tensions entre Eglises et même au sein des Eglises elles-mêmes à propos de la doctrine, mais aussi à propos de questions touchant au mode de vie et à l’éthique personnelle », le pasteur Kobia a estimé que ce sont là des réalités « que nous ne pouvons contester ». Il a notamment mentionné les sérieuses divergences à propos de la doctrine de la Sainte Trinité qu’a eue le COE avec « l’Eglise de Jésus Christ sur la terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu », l’Eglise kimbanguiste en République démocratique du Congo (RDC). Après avoir mûrement réfléchi et étudié les dernières déclarations officielles des dirigeants kimbanguistes, « nous ne pouvons que conclure que l’Eglise kimbanguiste s’exclut elle-même de la communauté fraternelle tant que ses dirigeants continueront à faire des déclarations et à organiser des cultes sous des formes incompatibles avec la doctrine de la Sainte Trinité ».
Le pasteur Kobia mentionne également que des conflits touchant à des questions éthiques – à propos notamment de la sexualité humaine – ont amené des Eglises au bord de la désintégration. « J’ai constaté que des divergences de vues et d’attitudes sur la sexualité humaine provoquaient de plus en plus de tensions entre Eglises membres de la communauté fraternelle du COE. Je me félicite que Foi et constitution ait commencé à s’attaquer à ces problèmes, et les conclusions de ses travaux aideront le Conseil à trouver les meilleures manières d’accompagner nos Eglises membres confrontées à ces problèmes qui menacent de diviser nos Eglises ».
Le secrétaire général sortant a relevé que si la foi chrétienne s’est révélée si forte en des temps de crise et de désespoir profonds, « c’est parce que la bonne nouvelle de l’Evangile est marquée du sceau du Christ crucifié et ressuscité. C’est lui qui est notre espérance ». (apic/eni/coe/be)
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