En finir avec la baffe ou la fessée en Suisse aussi
Berne, 27 août 2009 (Apic) Un colloque de Terre des hommes (Tdh), organisé à Berne jeudi 27 août, a relancé l’interdiction des châtiments corporels en Suisse. La Fondation Terre des hommes – aide à l’enfance à Lausanne, estime en effet que les temps sont mûrs pour relancer l’abolition des punitions physiques ou humiliantes qu’endurent des enfants.
L’actuelle campagne du Conseil de l’Europe sur le sujet et les 20 ans de la Convention relative aux droits de l’enfant, célébrés cet automne, placent la Suisse devant ses responsabilités. 19 pays européens ont déjà bannis les châtiments corporels, et dix autres s’y préparent. La Suisse doit suivre, estime Tdh.
«Alors qu’on se lamente aujourd’hui volontiers à propos de la violence juvénile, on tolère encore étrangement les punitions physiques – alors que battre, tirer les cheveux ou les oreilles humilient et dégradent les enfants. Et celui qui est frappé donnera bien souvent des coups lui-même». C’est ce qu’a expliqué Jean Zermatten, vice-président du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, jeudi à Berne lors d’un colloque national sur les punitions corporelles, à l’invitation de Terre des hommes – aide à l’enfance (Tdh).
Elda Moreno, cheffe de la division de politique familiale du Conseil de l’Europe, a relevé que frapper un chien est un mauvais traitement, frapper un adulte est une voie de fait. «Mais battre un enfant dans la famille serait éducatif ? Nous voulons en finir avec cette notion perverse».
Prévenir, former, accompagner socialement est nécessaire contre les châtiments – mais il faut aussi compléter la législation. Interdire les coups dans le cadre familial est nécessaire. «Parce que la Convention des droits de l’enfant oblige la Suisse, l’Etat doit assurer son rôle par la loi», a rappelé Peter Brey, secrétaire général de Tdh. Ancienne conseillère nationale socialiste bernoise, Ruth Gaby Vermot-Mangold estime pour sa part que le moment est venu de reprendre le sujet aux Chambres fédérales, après l’échec de son initiative parlementaire fin 2008.
«Nous devrons parler bien plus fort et nombreux, pour réussir cette fois». Anne Seydoux-Christe, conseillère aux Etats démocrate-chrétienne jurassienne, a justifié de son côté l’attitude de la majorité du Parlement: «Personne ne justifie les formes d’éducation violente. Nous devons aider les parents démunis qui manquent de repères. Il faut encourager la sensibilisation et la formation des parents».
Le colloque national contre les punitions corporelles s’inscrit dans le cadre du plaidoyer de Terre des hommes – aide à l’enfance. Début juillet, le conseil de fondation de Tdh a fait connaître sa décision de réorientation stratégique de renoncer progressivement à ses programmes de plaidoyer en Suisse, pour mieux répondre aux besoins les plus grands des enfants au Sud et à l’Est. Les projets de santé et de protection de Tdh bénéficient à 1,5 million d’enfants et proches dans 34 pays. Ceux de Suisse devront être poursuivis au mieux par d’autres – à l’instar du travail contre les punitions corporelles. Tdh négocie actuellement avec plusieurs organisations suisses pour une reprise de projets. Terre des hommes ne se retirera pas toutefois complètement des débats de son pays siège mais restera une actrice critique, notamment quant au respect des droits de l’enfant, affirme-t-elle jeudi dans un communiqué de presse. Tdh a lancé à cette occasion le slogan «Les mains devraient protéger, pas frapper. Levez la main contre la fessée». Com/JB
Tous les jours en Suisse, des enfants reçoivent une gifle ou une fessée. Les parents ne leur veulent pourtant souvent que du bien. Selon un sondage en janvier 2005 du magazine suisse alémanique Facts, 75% des adultes en Suisse se déclarent favorables à l’utilisation de la gifle à titre de mesure éducative. Ce sont les enfants les plus jeunes qui sont le plus souvent punis physiquement. Selon des estimations basées sur une étude représentative menée par l’Université de Fribourg en 2004, environ 1’700 enfants vivant en Suisse de 0 à 2 ans et demi sont régulièrement frappés avec des objets, alors que 13’000 enfants de la même tranche d’âge reçoivent des gifles et environ 35’000 des coups sur le derrière.
Selon l’UNICEF, la Suisse occupe la 15ème place (parmi 27 pays industrialisés) en ce qui concerne la maltraitance envers les enfants. Si les punitions corporelles ne représentent qu’une dimension de la maltraitance qui est un sujet complexe, la limite entre punitions soi-disant «légères» et maltraitance est souvent floue, rappelle Tdh, pour qui la loi suisse est lacunaire. Ce qui est interdit depuis longtemps dans les écoles est toujours permis au sein de la sphère privée. La Suisse est appelée par diverses instances internationales à interdire les punitions corporelles au sein de la famille. (apic/com/tdh/be)
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