L’observateur doit toujours rester vigilant…
Déo Negamiyimana, pour l’Apic
Lausanne, 30 août 2009 (Apic) Peace Watch Switzerland (PWS) et Peace Brigades International (PBI) envoient sur le terrain des observateurs volontaires afin d`accompagner des communautés dans des régions en conflit. L’objectif est de prévenir des actions violentes visant les populations civiles grâce à une présence internationale.
Samedi, les deux ONG tenaient au Centre régional d’Amnesty International, rue de la Grotte 6 à Lausanne, une séance d’information à l’intention du public désireux d’en savoir plus sur l’observation internationale des droits humains. Devant une vingtaine de participants, les organisatrices ont vivement apprécié le rôle de celles et ceux qui s’impliquent, sur le terrain, dans la protection de la vie quotidienne des populations vivant dans les zones de conflits.
Grâce à la présence des observateurs des droits humains dans les zones en conflits, les personnes menacées se sentent soutenues dans leur quotidien. En présence des accompagnateurs du programme œcuménique en Palestine et en Israël par exemple, les populations locales sont à l’abri de certains actes de violence. Elles peuvent davantage vaquer à leurs occupations quotidiennes et dormir sans être en danger. D’après Emilie Converset, coordinatrice de Peace Watch en Suisse romande, les enquêtes menées auprès des populations et organisations accompagnées montrent que cette présence revêt une grande importance pour elles.
«Il est arrivé, explique-t-elle, notamment au Mexique, que l’armée survienne dans une communauté à peine 24 heures après le départ des observateurs qui s’étaient retirés, alors qu’il n’y avait plus de problèmes dans la communauté depuis plusieurs mois».
Avec la présence d’observateurs, les difficultés quotidiennes sont partagées. C’est le point de vue de Joëlle Saugy, accompagnatrice qui vient de terminer un séjour d’observation de 4 mois et demi à Hébron. «Avec les autres observateurs, nous devions entre autres assurer une présence visible dans les communautés, les localités vulnérables, notamment dans le voisinage des colonies de peuplement israéliennes, près du Mur de séparation, d’écoles et d’habitations, et garantir l’accès aux champs et aux vergers», explique cette spécialiste en sciences sociales.
Si les deux organisations ont des méthodes de recrutement et de travail différentes sur le terrain, elles s’accordent sur un point. C’est que la demande d’intervention doit toujours émaner d’une région en conflit. Une fois sur le terrain, il faut offrir un accompagnement protecteur aux organisations défendant les droits humains et menacées de représailles en raison de leurs activités. Pour cela, l’observateur fait tout pour fournir à la communauté internationale une analyse objective et impartiale de la situation telle qu’elle est perçue dans le pays ou la communauté où il travaille.
Si l’on en croit les témoignages, cette détermination reste même une fois de retour en Suisse. Selon Alexander Lötscher, ethnologue et politologue, qui vient de rentrer d’une mission d’observation pour Peace Brigades International en Colombie, l’observateur doit rester vigilant et alerter sur tout ce qui va mal même après sa mission. «Pour moi, ce que j’ai vu dans ce pays reste insupportable. La population se sent abandonnée et oubliée par l’Etat et par la communauté internationale, principalement dans les régions reculées. Pourtant, le pays est riche en ressources naturelles et l’Europe, la Suisse y comprise, ne font qu’en faire son exploitation. Finalement, je me sens aussi coupable. Il est temps de s’unir pour renverser la situation», conclut le jeune volontaire.
Même si elle ne se culpabilise pas autant, Joëlle Saugy n’est pas moins indignée par ce que subissent les Palestiniens. «L’humiliation est constante. Non seulement parce que ces personnes sont entassées derrière des grilles comme du bétail, mais également parce que les soldats s’adressent à eux comme à des moins que rien», écrit-elle sur son blog créé exprès pour sa mission d’observation en Cisjordanie.
Ces dernières années, les partenaires des deux organisations souhaitent davantage d’observateurs. A PWS (*) par exemple, de nombreuses personnes sont prêtes à partir pour le Programme d’accompagnement œcuménique en Palestine et Israël. Pour des raisons de limites budgétaires, l’organisation ne peut pas envoyer tous les volontaires sur le terrain mais pour d’autres projets, elle en recherche activement.
Pour s’engager à PWS, le volontaire doit avoir une disponibilité d’au moins 3 mois, être d’une bonne santé physique et psychique et parler la langue de la région. Peace Watch Switzerland ne finance pas la totalité des engagements. Selon les saisons, on doit compter avec des coûts totaux entre CHF 2’200 et CHF2’800, dont la plus grande part pour le billet d’avion. Au retour, PWS attend des volontaires un travail d’information et de sensibilisation et un partage du savoir acquis pendant leur séjour.
A Peace Brigade International, l’engagement suppose la maîtrise de la langue du projet pour le pays dans lequel on veut s’engager. Le candidat doit passer au minimum une année sur le terrain. Il faut également avoir une excellente santé physique et psychique et être doté de connaissances politiques, sociales et historiques du pays. Financièrement, PBI prend en charge le billet d’avion aller-retour avec les frais éventuels de visas. Logement, nourriture, frais professionnels, argent de poche, assurance maladie et accident, frais de vaccination incombent à l’organisation. Le volontaire prendra à sa charge les frais de transport pour la session de formation, les frais liés aux cours de langue, les connaissances spécifiques ainsi que les frais médicaux importants. Renseignements: Peace Brigade International: http://www.peacebrigades.ch
Peace Watch Switzerland: http://www.peacewatch.ch DNG/JB
(*) Lorsque éclata, le 1er janvier 1994, le soulèvement des zapatistes dans le sud du Mexique, l’évêque d’alors, Don Samuel Ruiz García, demanda que soient envoyés des observateurs internationaux au Chiapas. Pour le compte de l’organisation, qui a précédé le projet Chiapas d’aujourd’hui de Peace Watch Switzerland, les premiers Suisses et les premières Suissesses se rendent alors au Chiapas dans le sud du Mexique. Jusqu’en 2005, ce sont quelque 200 personnes de Suisse qui sont parties en mission chacune pour 2 mois. (apic/dng/be)
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