Inde: La réforme de l’école: atteinte à la liberté de plus de 10 mille institutions catholiques?

Un pas positif vers la démocratie, mais une ingérence politique

New Delhi, 31 août 2009 (Apic) L’Eglise catholique indienne craint que la nouvelle loi nationale sur l’éducation, approuvée par le Parlement, ne menace de saper la liberté d’enseignement. Si elle fait un pas positif vers l’accès pour tous à l’éducation, la nouvelle loi permet, selon l’Eglise, une ingérence politique dans la gestion des établissements privés.

La loi, promulguée le 4 août, veut réaliser le point que le gouvernement du premier ministre Manmohan Singh a mis en priorité de l’ordre du jour des 100 premiers jours de son gouvernement: «Le droit de tous les enfants à l’enseignement gratuit et obligatoire». Le ministre du développement et des ressources humaines, Kapil Sibal, estime que cette loi est «le signe d’une nouvelle ère pour le pays». Pour le Père Babu Joseph, porte-parole de la Conférence épiscopale indienne (CBCI), " le gouvernement a fait un pas important dans la bonne direction» en garantissant l’accès à l’école pour tous les enfants de 6 à 14 ans. Mais cette loi contient, selon lui, une clause qui peut faire craindre pour l’autonomie des institutions catholiques indiennes.

La nouvelle loi, a déclaré le père Babu à l’agence de presse AsiaNews, comprend l’article 21 qui stipule que «toutes les institutions subventionnées par l’État doivent créer un comité administratif qui surveille les progrès de l’école. Ce comité doit être composé de représentants des élus locaux, des parents, des élèves et des enseignants». Le but d’un tel comité d’école est de développer un lien plus étroit entre la communauté locale et l’école. Le porte-parole de l’Eglise indienne reconnaît la valeur de l’intention, mais ne cache pas que cela engendre aussi de graves motifs de préoccupations pour les plus de 10 mille institutions catholiques du pays.

Crainte de l’ingérence politique

«Nous sommes d’abord concernés par cette clause, a dit le Père Babu, parce qu’elle donne trop de possibilités au comité d’intervenir dans la politique administrative des institutions. Ensuite, parce que nos institutions ont jusqu’ici fonctionné sans anicroche. Notre système, a-t-il poursuivi, a bien joué son rôle, à la satisfaction de tous. Le proviseur des institutions a toujours été choisi par l’évêque du lieu ou le supérieur religieux dont dépend l’institution, avec la collaboration de parents et d’élèves. " Le Père Babu ne voit, pour cette raison pas de motif impératif de changer un système qui a fait ses preuves. Il affirme enfin que les établissements publics qui ont des leaders politiques dans leurs comités administratifs ne sont pas bien gérés.

Pour l’Eglise indienne, le risque est réel que l’article 21 va porter atteinte à la garantie de liberté des institutions chrétiennes. Le Père Babu prétend que les écoles catholiques sont en danger d’extinction par la présence de personnes mal préparées, voire hostiles au christianisme. Il rappelle que, dans certains Etats, l’Eglise a déjà souffert à cause de problèmes avec les dirigeants politiques, et il craint que cette situation ne s’aggrave si la disposition de la loi devient effective.

La conférence épiscopale indienne a déjà déclaré vouloir discuter de la question avec le ministre du développement et des ressources humaines, en vue de sauvegarder les droits et libertés garantis par la Constitution aux minorités. Elle veut aussi continuer à «collaborer avec le gouvernement pour une éducation de qualité offerte aux enfants du pays.»

Apport non négligeable de l’Eglise au système éducatif

Les écoles catholiques et leurs homologues protestantes, apportent une contribution importante au système éducatif du pays, en particulier grâce aux institutions privées. «Environ 60% de nos écoles se situent en zone rurale et permettent d’atteindre les enfants les plus pauvres et marginalisés de la société. Ces derniers représentent 55% de la population scolaire», a déclaré le prêtre. «Nos institutions pour filles (souvent exclues du système éducatif), accueillent des étudiantes de toutes religions, en majorité des hindoues, des musulmanes ou adeptes d’autres religions. Les chrétiennes y sont la minorité.»

Le Père Francis Swamy, coordonnateur provincial des écoles jésuites (qui sont au nombre de vingt dans la seule ville de Mumbai), a affirmé: «La communauté chrétienne a beaucoup travaillé pour développer l’éducation dans le pays. Certaines de nos écoles ont plus de 150 ans et sont très prisées. Pourquoi auraient-elles besoin d’une ingérence politique dans leur gestion?» (apic/an/js)

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