Philippines: Un prêtre défenseur des droits de l’homme assassiné à Samar du Nord

Dans les milieux d’Eglise, on soupçonne des militaires

Catarman, 7 septembre 2009 (Apic) Le Père Cecilio Lucero, un prêtre philippin défenseur des droits de l’homme, a été abattu dimanche lors d’une embuscade dans la province de Samar du Nord, dans la région des Visayas orientales, au sud-est de la capitale Manillle.

Le prêtre âgé de 48 ans, curé de la paroisse de St-Joseph, dans la ville de Catubig, était connu pour son engagement comme directeur du Centre d’Action sociale du diocèse de Catarman. Accusé par les autorités d’être «un prêtre communiste», il a été tué par un groupe armé dans la matinée du 6 septembre. C’est le premier prêtre assassiné à Samar depuis l’arrivée du christianisme dans la zone il y a 400 ans, déplore Mgr Walter Cerbito, vicaire général du diocèse de Catarman.

La police philippine révèle que le prêtre se trouvait à bord de sa voiture, une camionnette Toyota, quand un groupe armé d’une trentaine de personnes a ouvert le feu sur son véhicule à Sitio Puente, près du village de Barangay Lahuyan. Le Père Lucero est mort sur le coup, tandis que les deux autres personnes qui l’accompagnaient ont été gravement blessées.

Le Père Lucero était le plus jeune frère de l’ancien député de Samar du Nord, Wilmar Lucero, et du vice-gouverneur de la région, Antonio Lucero. Les enquêteurs partent de l’hypothèse que cet assassinat pourrait être lié aux activités du Père Lucero, qui défendait les droits humains et venait en aide à la population pauvre du diocèse.

Une liste d’assassinats déjà longue

Mgr Emmanuel Trance, évêque de Catarman, rappelle que le Père Lucero était engagé sur «le front de la lutte contre les violations des droits humains». L’évêque émet des doutes sur l’escorte des policiers qui aurait dû défendre le prêtre. Il attend que la police arrête rapidement les coupables de cet assassinat, le dernier d’une longue liste dans la province de Samar du Nord. Ces assassinats visent des responsables politiques, des hommes d’affaires et des employés des médias.

Selon le Centre d’Action sociale, il y a eu au moins 18 assassinats de ce type ces six derniers mois dans la région. Le Père Lucero était engagé dans la défense des droits des populations rurales et dans la dénonciation des exécutions extrajudiciaires. Il bénéficiait d’une escorte policière depuis qu’il avait été menacé de mort.

Le corps du religieux a été transféré dans la cathédrale de Notre-Dame de l’Annonciation, à Catarman. Mgr Walter Cerbito, vicaire général du diocèse, a déclaré que c’était un grave coup porté à l’Eglise catholique. «Le Père Lucero était très actif pour documenter les abus en matière de droits de l’homme et entretenir le dialogue avec les militaires».

Des centaines de politiciens, journalistes et militants des droits de l’homme sont assassinés chaque année depuis 2001 aux Philippines, assassinats dont les auteurs restent impunis pour la plupart. Cette situation a été dénoncée par les Nations Unies et par une commission nationale indépendante, qui impute notamment depuis 2006 certains de ces meurtres à d’anciens militaires des forces armées. Pourtant, notent les observateurs, le gouvernement n’a toujours pas pris de mesures concrètes en la matière. (apic/asian/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/dans-les-milieux-d-eglise-on-soupconne-des-militaires/