France: «Le débat sur la burqa est un piège», estime Yazid Sabeg
Paris, 8 septembre 2009 (Apic) Le commissaire à la diversité et l’égalité des chances en France, Yazid Sabeg, estime que la mission parlementaire sur la burqa détourne l’opinion des vrais enjeux de société. Ce débat est un piège, assure-t-il dans un entretien accordé à «La Croix».
A la question de savoir si la mission d’information parlementaire française sur la burqa lui paraît engager un débat utile à la société, Yazid Sabeg y va d’un péremptoire «Sûrement pas car il pourrait bien s’agir d’un nouveau piège tendu à notre pays. Ce thème polémique n’est certainement pas le meilleur pour traiter de la notion essentielle d’égalité qui est très imbriquée avec celle de laïcité».
Selon lui, la confusion installée dans les esprits va encore différer et perturber le vrai débat sur les vrais enjeux qui sont d’abord économiques et sociaux: «L’égalité ne se fractionne pas entre l’égalité homme/femme, qui est fondamentale, et le reste. Elle est globale ou elle n’est pas. L’urgence consiste à s’attaquer vraiment à la relégation territoriale, à l’inégalité d’accès à l’éducation, à l’emploi ou au logement. La crise s’aggrave dans les quartiers, et les tensions sociales sont à leur maximum. Il n’y a plus de travail, plus de logement, le système éducatif ne remplit plus son rôle… Occupons-nous de ces vrais sujets. Au lieu de cela, la polémique sur la burqa va rouvrir des frustrations, des antagonismes, des racismes alors qu’il faut au contraire rassembler les Français».
Pour Yazid Sabeg, la liberté individuelle est la règle dans la limite du respect de l’ordre public. «Il existe des lois pour assurer le respect de l’ordre public qu’il suffit d’appliquer. Il est par exemple tout à fait légitime d’imposer à tout citoyen de montrer son visage au guichet des administrations. Pour le reste, les hommes et les femmes sont libres de s’habiller comme ils le veulent. On peut penser ce qu’on veut de la burqa, de son caractère régressif ou non, mais il ne s’agit que d’opinions personnelles».
Et de relever: «l’État n’a pas se prononcer sur les tenues vestimentaires des Français. Va-t-on interdire de marcher en babouches dans la rue ou de pratiquer le monokini sur la plage ?»
Aux yeux de l’interlocuteur de «La Croix», interrogé par Bernard Gorce, la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école n’a pas apporté une bonne réponse à un vrai problème. «Car, dit-il, le problème de fond n’était pas celui de la laïcité mais celui de l’ordre, de l’autorité dans l’espace scolaire. Certains établissements n’arrivaient pas à imposer des règles. Plutôt que de s’attacher à résoudre ces difficultés, on a centré le problème sur les comportements et les pratiques d’une partie de la population. Ce fut une période tristement démagogique et vous observerez qu’aucun des problèmes sociaux que j’ai évoqués n’a évolué favorablement depuis. C’est démagogique et comme par hasard, ce sont toujours les mêmes qui tapent sur les mêmes».
Et de constater: «Lors de la discussion au Parlement, les débats sur l’interdiction du port du voile ont duré quatre jours et chaque élu y est allé de son commentaire. En revanche, le volet de la loi qui concernait l’égalité de traitement entre les citoyens n’a eu droit qu’à quatre heures de séance devant une poignée de députés. C’est scandaleux, on n’aborde jamais les vrais problèmes des inégalités économiques et sociales».
Le débat sur le voile avait été lancé en France à la veille d’élections régionales par des personnalités de droite qui souhaitaient contrer une poussée du Front national. Aujourd’hui, relève-t-il, c’est de nouveau avant les élections régionales, par pur calcul politique, que certains élus de droite ou de gauche veulent relancer le processus. (apic/bg/pr)
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