Fribourg: L’ONG E-Changer fête son 50e anniversaire le 19 septembre à Fribourg
Fribourg, 9 septembre 2009 (Apic) Amis, sympathisants, anciens volontaires de l’ONG romande E-Changer, tous vont fêter samedi 19 septembre à l’Ecole d’Ingénieurs de Fribourg un demi-siècle de « pont » entre le Nord et le Sud. Animations pour les enfants, théâtre-forum, exposition, allocutions de nombreux acteurs du Nord et du Sud, cuisines du monde, musique et danse sont au programme de la fête du 50e anniversaire de cette association qui s’appelait au départ « Information missionnaire pour laïcs » (IMPL) puis « Frères sans frontières » (FSF).
Une ONG que l’on pourrait qualifier aujourd’hui d’ »altermondialiste », qui est passée du paternalisme bienveillant des débuts à la solidarité active, en partenariat avec les mouvements populaires et les sociétés civiles des pays du Sud. La crise des années 80 – la chute du Mur de Berlin, la défaite électorale des sandinistes au Nicaragua, la montée au pouvoir de nouvelles forces sociales – ont marqué la vie de ce mouvement né des besoins missionnaires de la fin des années 50.
Le mouvement E-Changer s’est transformé, au fil des années, en un acteur de la coopération qui s’engage pour l’émancipation de ses partenaires du Sud. Ce mouvement, fondé en 1959, envoie toujours des « coopér/acteurs » dans les pays du Sud, mais aujourd’hui avec une philosophie inspirée du Forum Social Mondial (FSM). Rencontre avec Beat « Tuto » Wehrle, secrétaire général d’E-Changer depuis deux ans.
Tuto Wehrle n’était pas né quand les premiers volontaires laïcs ont été envoyés au service des missions en Afrique, mais il connaît bien l’histoire du mouvement, dont les fondateurs sont encore là pour témoigner. Guy et Jeanine Balet, ainsi que Pierre Duc et son épouse, qui avaient travaillé à Madagascar, sont à l’origine du mouvement.
L’actuel secrétaire général d’E-Changer précise que le mouvement est né en Afrique, au service de la mission, « à partir d’une vision de la mission ». C’étaient des professionnels laïcs – maçons, menuisiers, etc. – qui allaient sur le terrain pour construire des infrastructures: maisons, écoles, dispensaires, églises… Cette époque et les étapes suivantes du mouvement sont bien documentées dans l’exposition itinérante « Donner, recevoir… échanger », présentée du 1er au 12 septembre au Forum de l’Hôtel de Ville à Lausanne. Composée en deux volets, l’exposition met en valeur, au travers de témoignages, l’engagement dans le Sud et son évolution. Les visiteurs sont amenés à réfléchir sur le sens d’échanger, de donner et de recevoir. Après Lausanne, l’exposition s’arrête à Fribourg (du 15 au 22 septembre, à l’Ecole d’ingénieurs et d’architectes) avant de passer par Delémont (du 1er au 31 octobre, à la Bibliothèque de la Ville et à l’Hôtel de Ville) et Genève (du 14 au 22 novembre) où elle sera présentée dans le cadre du festival « Filmar en América Latina ».
Certes, les gens qui partaient alors se situaient dans une perspective de « mission », mais ils travaillaient avec les gens à la base. « Assez rapidement, ces volontaires voyaient une certaine contradiction entre la verticalité du travail des missionnaires et leur travail horizontal avec les gens, à la base… « , précise Tuto Wehrle.
Cette contradiction est devenue encore plus aiguë quand les volontaires ont été confrontés aux régimes dictatoriaux en Amérique latine, aux côtés de la résistance populaire, des communautés ecclésiales de base (CEBs) au Brésil, en Argentine, en Colombie, et qu’ils s’engageaient dans la perspective de la « théologie de la libération ».
La crise – notamment avec l’Eglise institutionnelle – était encore plus nette dans les années 80, quand E-Changer était sans conteste aux côtés du Nicaragua sandiniste. Ce petit pays d’Amérique centrale était à l’époque agressé par l’administration américaine, qui soutenait les terroristes de la « contra ». Un volontaire fribourgeois de FSF (qui va ensuite s’appeler E-Changer) allait y laisser la vie: le Bullois Maurice Demierre.
A cette époque, E-Changer va se solidariser de plus en plus avec les mouvements de la société civile, qui prennent de l’ampleur en Amérique latine, dans la ligne de la « pédagogie des opprimés » du Brésilien Paulo Freire. Dans cette étape de son histoire, E-Changer va envoyer la plupart de ses volontaires en Amérique latine, et non plus en Afrique, comme à ses débuts. Après la défaite électorale des sandinistes au Nicaragua, qui provoque une certaine crise dans le mouvement – « c’est alors un sentiment de perte, de crise identitaire chez nos volontaires et sympathisants, car on avait beaucoup investi au Nicaragua, on y avait envoyé de nombreux volontaires « , relève Tuto Wehrle – E-Changer se ressaisit.
C’est alors que prend forme la vision « altermondialiste » qui se concrétise par le Forum Social Mondial (FSM) de Porto Alegre, au Brésil. « D’autres perspectives s’ouvrent, on collabore avec le Mouvement des sans terre (MST), les mouvements des favelas, de la résistance urbaine, les communautés ecclésiales de base… », poursuit le secrétaire général d’E-Changer. Le mouvement élargit alors sa vision et reprend pied en Afrique: il consolide son programme au Burkina Faso et dans les pays alentours, notamment le Mali. Aujourd’hui, les 45 volontaires sur le terrain dans les pays du Sud se trouvent au Brésil (15 volontaires), en Bolivie (12), en Colombie (6), au Nicaragua (6), au Burkina Faso (6).
Ce qui marque la vision actuelle d’E-Changer, insiste Tuto Wehrle, ce n’est pas seulement le « retour en Afrique », mais le sens d’une présence « Sud-Sud », aux côtés de nouveaux partenaires de la société civile, que ce soit en Amérique latine, au Burkina Faso ou au Mali, comme avec la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali (CNOP). E-Changer développe également des partenariats avec la Marche Mondiale des Femmes, comme au Brésil, ainsi qu’avec d’autres organisations féminines/féministes en Colombie ou en Bolivie, au Burkina ou au Mali.
Si les rapports sont moins cordiaux que par le passé avec l’Eglise hiérarchique, au Brésil par exemple, explique le secrétaire général d’E-Changer, c’est notamment parce la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) a d’autres priorités, « plus spirituelles ». Pourtant, relève-t-il, les relations avec l’Eglise engagée, les communautés de base, des mouvements sociaux avec une forte « mystique » comme le MST, des théologiens de la libération comme Frei Betto ou Leonardo Boff, sont très fortes.
Cependant, suite à la politique de nomination des évêques par Rome, leur profil a changé. « Pour combattre la forte progression des fondamentalistes évangéliques et des sectes, la CNBB privilégie le ’retour au spirituel’, les ’prêtres chanteurs’, comme le Padre Marcelo, ce jeune prêtre charismatique de Sao Paulo… Nous pensons qu’abandonner le champ des luttes sociales est une erreur stratégique de l’Eglise, mais de nôtre côté, il n’y a pas de rupture, nous maintenons toujours le contact avec des secteurs spécifiques de ’l’Eglise de la libération’, celle qui ne sépare pas le spirituel de la réalité et fait la jonction entre l’Evangile et les besoins de la masse des pauvres ».
Si la CNBB réduit considérablement les moyens mis à disposition de secteurs engagés comme la CPT (Commission pastorale de la terre) et le CIMI (Conseil indigéniste missionnaire), E-Changer travaille toujours avec la pastorale sociale, relève Tuto Wehrle. En effet, l’Eglise engagée existe toujours, même si elle est moins présente sur la scène médiatique internationale et même si ce n’est plus la haute hiérarchie qui mobilise et que les évêques progressistes sont désormais devenus minoritaires. JB
Un demi-siècle modifie les manières de vivre. Le mouvement fondé il y a 50 ans par Guy Balet et Pierre Duc a aussi beaucoup évolué. Il s’appelait IMPL (Information missionnaire pour laïcs) et devint FSF (Frères sans frontières) avant d’opter pour E-Changer. Les responsables successifs ont apporté des visions nouvelles. C’est le propre de la vie, du changement, du développement. Une chose n’a pas changé: le coeur des volontaires en partance, leur engagement, leur volonté de permettre à des communautés et à des institutions de pays du Sud de se développer par leurs propres forces.
« Un objectif s’est intensifié: accepter les mises en question que nous lancent les voix du Sud, travailler au changement, chez nous, d’un système qui assure notre confort, au détriment des pauvres et des opprimés. La solidarité reste le fait de minorités. Leur lutte doit s’étendre, secouer l’indifférence la plus crasse, la peur de l’étranger, la crainte de perdre les acquis, mais aussi redécouvrir les valeurs non monnayables. Et là, il y a bien du travail pour les cinquante prochaines années! », témoigne Paul Jubin, ancien secrétaire général de E-Changer.
« Depuis le début de l’hiver 1958-59, avec quelques jeunes de Sion, suite aux insistances du Père Richard Aebi, supérieur des Spiritains au Bouveret, nous nous penchions sur un projet qui aurait pour but de préparer les jeunes qui désiraient s’engager dans les missions d’Afrique. Voilà que, à Pâques 1959, suite à un cyclone, de graves inondations ont ravagé la région de Port-Berger – Mampikony où Guy Balet avait travaillé durant 4 ans. Cet événement a changé les données. Il fallait que nous fassions quelque chose pour aider à la reconstruction. Les responsables du centre missionnaire de Sion nous ont présenté Pierre Duc et son épouse qui avaient eux aussi travaillé à Madagascar pas très loin d’où Guy avait travaillé. Ce fut à partir de ce moment-là que notre mouvement a vu le jour », rappellent Guy et Jeanine Balet, fondateurs d’E-Changer. JB
Beat Wehrle aux commandes d’E-Changer depuis deux ans
Beat Wehrle – « Tuto » pour ses amis brésiliens – est secrétaire général d’E-Changer depuis le 1er septembre 2007. Il est né en 1964 à Winterthur et est installé depuis octobre 2007, avec sa femme brésilienne, dans le canton de Berne. Il a vécu dès 1985 à Sao Paulo, au Brésil. Il a suivi des études de théologie à l’Université de Coire et à la Faculté archidiocésaine de Sao Paulo. Il a obtenu un master en travail social. En 1992, il travaille au Brésil en tant que coopérant de l’ONG suisse Interteam, à l’époque le pendant d’E-Changer. Depuis 1997, il assumait la co-responsabilité du programme d’E-Changer dans ce pays sud-américain, tout en travaillant aussi comme secrétaire de gestion et d’organisation de la Centrale de défense des droits de l’enfant et de l’adolescent (CEDECA) à Interlagos (Sao Paulo).
E-Changer est une ONG dont le siège se trouve à Fribourg. Cette organisation se consacre depuis 50 ans à l’échange de personnes entre le Nord et le Sud. Elle compte actuellement 45 volontaires en Afrique et en Amérique latine, travaillant dans l’optique d’une coopération solidaire. E-Changer fait partie de la plate-forme « Unité » et est cofinancée par la Direction du Développement et de la Coopération (DDC). JB
Fribourg: Grande fête du 50ème: le 16 septembre, conférence de Frei Betto à la salle paroissiale de St-Pierre, 20h; les 17 et 18 septembre, concerts, spectacles en collaboration avec le festival du « Monde en Fête »; le 19 septembre, activités officielles et diverses avec souper (cuisine du Sud) et théâtre-forum à l’Ecole d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg.
Delémont: Du 1er au 31 octobre, exposition à la Bibliothèque municipale; du 3 ou 17 octobre, théâtre-forum à la salle de la Bourgeoisie
Genève: En collaboration avec le festival « Filmar en América Latina » du 6 au 22 novembre, exposition, théâtre-forum Voir : www.e-changer.ch
Des photos de Beat « Tuto » Wehrle, secrétaire général d’E-Changer, peuvent être commandées à l’agence Apic: jacques.berset@kipa-apic.ch, tél ++41 (0)26 426 48 01
(apic/be)
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