Suisse: L’OSEO poursuit sa campagne «Non à l’exploitation grâce à nos impôts!»
Martigny, 15 septembre 2009 (Apic) L’Œuvre suisse d’entraide ouvrière OSEO poursuit sa campagne «Non à l’exploitation grâce à nos impôts!» L’OSEO veut faire en sorte que les collectivités publiques veillent à ce que les biens qu’elles achètent soient produits dans des conditions de travail décentes.
«Il n’est pas tolérable que les pavés qui bordent nos trottoirs soient extraits par des enfants en Inde ou que les textiles utilisés dans nos hôpitaux soient fabriqués en Chine dans des conditions inhumaines», affirme l’OSEO dans un communiqué.
L’exposition de l’OSEO intitulée «Pressurés et exploités» sera présentée samedi 19 septembre, de 10h à 15h, sur la Place Vaison-la-Romaine, à Martigny. «Plus c’est meilleur marché, mieux c’est. La recherche effrénée de biens bon marché a un revers: de tels produits sont souvent fabriqués dans des conditions de travail effroyables», rappelle l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière qui exige, avec sa campagne «Pas d’exploitation grâce à nos impôts!», que les cantons et les communes s’engagent à appliquer une politique d’achats équitable.
Pour l’OSEO, une telle politique d’achats oblige les communes et les cantons à exiger de chaque fabricant et fournisseur de prestations qu’ils respectent, lors de l’exécution d’une commande, les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT) et la législation du pays de production. L’administration publique doit être sensibilisée aux bonnes pratiques pour mener une politique d’achats équitables, poursuit l’ONG. La population doit être informée des mesures appliquées en la matière.
«Les collectivités et pouvoirs publics dépensent chaque année 36 milliards de francs en commandes de toutes sortes. Ils disposent ainsi d’une position forte sur le marché, qu’ils peuvent utiliser pour encourager des achats équitables».
La campagne de l’OSEO, lancée le 29 avril 2008, rencontre un grand succès: des motions ou autres interventions parlementaires ont été déposées dans plus de soixante communes et dans 17 cantons. D’autres interventions sont en préparation dans une trentaine de communes. 36 communes et 5 cantons (BE, BL, BS, VD, UR) se sont déjà engagés à mener une politique d’achats équitable. La plupart des autres motions et interpellations sont en cours de traitement. (Pour en savoir plus:www.achatspublics.ch/index.cfm?ID=D0B9D244-AF17-C1B2-4BD39B9A8AFA1EA4) JB/Com
Environ 60% des ballons cousus à la main viennent du Pakistan. Le leader de la production est la ville de Sialkot, dans le Pendjab. 35’000 hommes et femmes y tirent l’aiguille, fabriquant quatre à cinq ballons par jour. La production annuelle est d’environ 20 millions de ballons par année. Aujourd’hui, les enfants de Sialkot vont à l’école. Ce n’était pas forcément le cas jusqu’au milieu des années nonante. A l’époque, des milliers d’enfants travaillaient dans de petits ateliers et des arrière-cours. Le travail s’effectuait surtout à domicile; les pièces étaient livrées aux familles, puis les ballons repris une fois terminés. La famille entière travaillait, et les enfants n’allaient plus à l’école.
Les fabricants réagirent vite aux vives critiques des organisations non gouvernementales. En 1997, les producteurs, l’Unicef et l’OIT concluaient le Traité d’Atlanta en vue d’éliminer le travail des enfants de moins de 14 ans. L’industrie pakistanaise se réorganisa et se soumit à un contrôle strict; aujourd’hui, le travail des enfants a presque disparu. Plus de 100’000 gosses qui travaillaient auparavant ont pu retourner à l’école et terminer leur scolarité obligatoire. L’abolition du travail des enfants ne résout pas tous les problèmes. Les familles ont perdu une importante source de revenus, les gains de leur progéniture. Dans bien des cas, elles ont aussi dû renoncer aux revenus gagnés par les femmes. En effet, la centralisation de la fabrication des ballons dans de grandes manufactures exclut souvent les femmes. Celles-ci n’ont pas le droit de travailler aux côtés d’hommes qui ne font pas partie de leur famille. En outre, il faut désormais faire un long chemin pour se rendre au travail: les femmes ne peuvent pas se le permettre, en plus du travail ménager et de l’éducation des enfants.
Enfin, la rémunération du travail à la pièce ne s’est pas améliorée; elle a même baissé de 10% depuis 1996, alors que les bénéfices de la branche augmentaient. Le salaire à la pièce oscille, selon la qualité du ballon produit, entre 40 et 75 centimes – ce n’est pas assez pour vivre, même si l’on fabrique 4 à 5 ballons par jour.
L’achat de ballons peut être fair-play. Abolir le travail des enfants ne suffit pas. Le salaire des femmes et des hommes qui fabriquent des ballons suffit à peine pour nourrir une famille. Cela doit changer. Des alternatives sont possibles Une organisation de commerce équitable paie jusqu’à 50% de plus pour un ballon, ce qui signifie, sur la base des rémunérations actuelles, qu’un ballon produit dans des conditions décentes ne coûte que 40 centimes de plus. La Fairtrade Labelling Organizations International (FLO) certifie les ballons produits équitablement. On les trouve dans le commerce, pour un prix à peine supérieur à ceux d’origine douteuse.
Selon les chiffres fournis par la statistique des douanes, la Suisse importe chaque année un million et demi de ballons. Les écoles représentent de gros acheteurs. Elles acquièrent 20 à 30% des ballons importés, pour équiper leurs salles de gymnastique et dans le cadre du renouvellement de leur matériel. Les professeurs de sport achètent souvent des ballons chez un fournisseur de leur choix, au magasin local ou dans une grande chaîne. Ils font leur choix essentiellement en fonction du prix. Les écoles paient généralement 20 à 40 francs par ballon. Il est rare qu’elles s’inquiètent de leur provenance ou des conditions de production, selon les réponses obtenues par l’OSEO à un récent questionnaire. Il est donc probable que les écoles achètent des ballons fabriqués dans des conditions de misère – alors que des ballons équitables coûtent à peine plus cher.
Cela doit changer, estime l’OSEO, qui demande aux collectivités publiques d’acheter des ballons labellisés, qui permettent à celles et ceux qui les cousent de vivre dans des conditions décentes.
Une paroi de granit s’élève à la verticale derrière les enfants. L’air saturé de poussière est à couper au couteau. Les marteaux pneumatiques sont assourdissants. Les enfants se mettent à trois pour guider ces machines, qui pèsent 45 kilos, tandis que la perforatrice s’enfonce lentement. Ils en sont tout tremblants. Plusieurs deviendront sourds avant d’avoir 14 ans.
Le travail des enfants est encore très répandu en Inde; d’après un rapport du gouvernement, près d’un enfant sur dix travaille en dehors de son domicile. Benjamin Pütter, un expert allemand du travail des enfants, le dit clairement: «Dans chaque carrière que j’ai visitée à l’improviste, j’ai vu des gosses au travail. Ils n’ont pas la possibilité d’aller à l’école. Leur force de travail et leur santé sont exploitées sans vergogne». C’est une forme moderne d’esclavage. Il est fréquent que des familles entières travaillent dans une carrière. Ces dernières ont souvent contracté des dettes vis-à-vis du propriétaire, qu’il faudra une vie entière voire davantage pour rembourser. Le volume des dettes augmente dès qu’un membre de la famille a besoin de soins médicaux – ce qui arrive souvent dans ces carrières où rien n’est fait pour protéger les travailleurs et les travailleuses.
Les ouvriers reçoivent du propriétaire de la carrière un crédit, avec des intérêts usuraires de 20% par semaine voire davantage. Pour le rembourser, une vie entière de travail ne suffit généralement pas. La dette se transmet ensuite à la génération suivante, qui doit continuer à travailler dans la carrière. Des parents totalement démunis vendent parfois leurs enfants aux propriétaires de la carrière. Ces enfants vivent sous des bâches de plastique près des carrières, souvent à des kilomètres de leur village et de leurs parents. Ici, personne ne devient vieux. La silicose est si répandue que les travailleuses et travailleurs meurent en moyenne avant 40 ans.
La Suisse aussi utilise des dalles et des pierres à paver produites dans des conditions inhumaines. Sur les 130’000 tonnes de pierres importées chaque année en Suisse, il n’y en a officiellement que 10% qui proviendrait d’Asie. Mais les apparences sont trompeuses: en effet, c’est le pays de dédouanement final qui est pris en considération pour l’indication de provenance.
A titre d’exemple, plus de 40’000 tonnes de pierres destinées à la construction routière sont importées d’Allemagne, pays où l’on n’extrait pas de granit à cette fin. Cependant, l’Allemagne importe plus de la moitié de ses pierres naturelles de Chine, où sont traitées d’importantes quantités de pierre indienne. Les négociants estiment donc que 20 à 30% de la pierre naturelle utilisée dans la construction routière en Suisse est originaire d’Asie. Les collectivités publiques doivent réagir, estime l’OSEO.
Bien que la branche soit parfaitement au courant des problèmes qui se posent en Inde et en Chine, pas grand-chose de concret n’a été entrepris pour y remédier, déplore l’œuvre d’entraide. «C’est pourquoi il est essentiel que les communes et les cantons donnent un signal clair: nous ne voulons que des pierres dont l’origine est irréprochable!»
Certaines communes prêtent déjà attention à la provenance des pierres. S’agissant des pierres venant d’Asie, les cantons et les communes peuvent exiger un label ou une certification qui atteste une production propre. Mais seuls ceux qui sont certifiés par un office indépendant sont valables, comme par exemple les labels Xertifix et Fair Stone. L’acquisition de pierres de bonne provenance coûte à peine plus cher. Le coût supplémentaire d’une pierre qui obtient un label comme Xertifix ou Fair Stone se monte à quelques pour-cent. De plus, dans la construction d’une rue d’un kilomètre, les pierres naturelles représentent moins de 5% du coût final. Les surcoûts s’avèrent par conséquent très minimes pour les collectivités publiques Ces dernières ne doivent plus acheter de biens produits dans des conditions inhumaines. Tel est le message de l’exposition de l’OSEO, présentée samedi 19 septembre à Martigny. Il s’agira de la troisième étape du Tour de Suisse romande de cette exposition. (apic/com/be)
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