Tchéquie: Devant l’Enfant-Jésus de Prague, le pape appelle au respect des enfants

Visite pastorale du pape en République tchèque

«Les enfants sont l’avenir et l’espérance de l’humanité»
Prague, 26 septembre 2009 (Apic) Lors de la première étape de son voyage en République tchèque, le samedi 26 septembre 2009, le pape Benoît XVI a dénoncé la violence envers les enfants et invité à prier pour les familles qui «traversent une crise, qui sont séparées ou meurtries par la mésentente et l’infidélité».

Quelques minutes après l’atterrissage sur l’aéroport Stara Ruzyne de Prague, samedi peu avant midi, Benoît XVI a été accueilli par le président de la République tchèque, Vaclav Klaus, et par le cardinal Miloslav Vlk, archevêque de Prague. Il a reçu en cadeau, des mains d’un jeune couple en costume traditionnel, des symboles du pays: du pain, du sel et de la terre. Le pape a alors prononcé son premier discours sur le sol tchèque, répondant au discours du président Klaus. Pour la première fois de son pontificat, Benoît XVI, a foulé le sol tchèque et a demandé à tous les Tchèques de redécouvrir leurs «traditions chrétiennes».

Le pape salue la chute du Mur de Berlin il y a 20 ans

«Je m’unis à vous et à vos voisins en rendant grâce pour votre libération de ces régimes oppressifs», a affirmé Benoît XVI sur le tarmac de l’aéroport pragois. «Si l’effondrement du mur de Berlin a marqué un tournant décisif dans l’histoire mondiale, il en fut plus encore ainsi pour les pays de l’Europe centrale et orientale», a déclaré le souverain pontife. C’est la première fois que le pape allemand évoque la chute du Mur de Berlin, érigé en 1961 et abattu le 9 novembre 1989.

«Dans quelques mois, a ainsi poursuivi Benoît XVI, aura lieu le 20e anniversaire de la ›Révolution de velours’, qui, heureusement, mit fin pacifiquement à une période d’épreuve particulière pour votre pays, période durant laquelle la circulation des idées et des courants culturels étaient sévèrement contrôlée». Le coût de 40 ans de répression politique n’est pas à sous-estimer, a par ailleurs indiqué Benoît XVI, en voyant «un drame particulier» dans la «tentative impitoyable du gouvernement de l’époque de réduire l’Eglise au silence».

«Maintenant que la liberté religieuse a été rétablie, a souligné le pape, je fais appel à tous les citoyens de la République tchèque pour qu’ils redécouvrent les traditions chrétiennes qui ont façonné leur culture et j’invite la communauté chrétienne à continuer à faire entendre sa voix tandis que la nation affronte les défis du nouveau millénaire». Benoît XVI a ainsi rappelé «combien la culture tchèque est profondément imprégnée de christianisme».

Quant au président de la République tchèque, il a affirmé que «nos opinions en divers domaines à propos du monde actuel compliqué et aussi de tant de problèmes de notre continent sont proches, car elles sont fondées sur des principes et des positions identiques, même si nous y parvenons avec des concepts philosophiques ou scientifiques différents». Aux yeux de Vaclav Klaus, le pape est «l’une des autorités intellectuelles et spirituelles les plus distinguées au monde».

Le pape aux pieds de la célèbre statue de l’Enfant-Jésus de Prague

Le pape a ensuite rejoint en voiture couverte l’église de Sainte-Marie-de-la-Victoire, au centre de Prague. Après avoir été accueilli par le maire de la capitale tchèque devant l’édifice, le pape est allé vénérer la célèbre statue de l’Enfant-Jésus de Prague.

A cette occasion, devant les nombreux enfants réunis dans cette église pragoise, le pape les a aussi invités à être «obéissants, délicats et affectueux». A l’extérieur de l’édifice, une banderole invitait le pape à réhabiliter le réformateur tchèque Jan Hus (vers 1372-1415), brûlé par l’Eglise romaine pour hérésie. Le pape a poursuivi en affirmant la nécessité d’accueillir et respecter chaque être humain. Puis il a souligné que chaque personne humaine devait être considérée «non pour ce qu’elle a mais pour ce qu’elle est (…) sans distinction de race et de culture». Cela vaut par-dessus tout pour les enfants, a alors soutenu Benoît XVI.

«Combien d’enfants, au contraire, ne sont pas aimés, ni accueillis, ni respectés ! Combien sont victimes de la violence et de toute forme d’exploitation de la part de personnes sans scrupules !», s’est désolé le souverain pontife. «Puissent être réservés à ces petits le respect et l’attention qui leur est dû: les enfants sont l’avenir et l’espérance de l’humanité», a alors affirmé Benoît XVI.

Le pape a ensuite eu une pensée particulière pour toutes les familles du monde, au lendemain d’un discours aux évêques brésiliens dans lequel il se désolait de la diffusion des familles recomposées. Il a ainsi souhaité que l’Enfant-Jésus de Prague donne l’unité et la paix pour toutes les familles. Il a également confié les familles en difficulté, éprouvées par la maladie et par la souffrance, mais également celles qui traversent une crise, qui sont séparées ou meurtries par la mésentente et l’infidélité.

Entré un peu plus tôt dans l’église ›Sainte-Marie-de-la-Victoire’, le pape s’était agenouillé devant la statue de ›l’Enfant-Jésus’, portant un vêtement rouge et blanc, avant de lui remettre, symboliquement, une couronne d’or et d’argent portant ses armes. La petite statue en bois, recouverte de cire, est associée à de nombreuses légendes et plusieurs miracles sont attribués à la vénération de l’Enfant-Jésus. La tradition veut qu’une religieuse carmélite habille régulièrement la statue de vêtements somptueux dont la couleur est adaptée à la liturgie de l’Eglise catholique. La dévotion à ’l’Enfant-Jésus’ de Prague a pris racine dans le carmel de la ville avec le Père Cyrille, au 17e siècle, qui vénérait avec ses frères la statuette d’origine espagnole.

La figure de Jan Hus ressurgit: «Benoît réhabilitez Jan Hus»

A sa sortie de l’église, Benoît XVI a été salué par des cris parmi lesquels le célèbre ›Benedetto’, ou encore ›At zide papez’ (vive le pape en tchèque). Benoît XVI n’a probablement pas vu les 2 longues banderoles qui avaient été accrochées sur un mur appartenant au Ministère de l’Education nationale, à quelques mètres à peine de l’église. «Benoît réhabilitez Jan Hus», pouvait-on y lire en tchèque et en latin.

La référence à ce réformateur tchèque brûlé par l’Eglise romaine pour hérésie au début 15e siècle a fait ressurgir une figure qui fut très critique devant les abus du clergé de son époque, mais aujourd’hui partiellement réhabilitée par l’Eglise.

Jan Hus, réformateur religieux tchèque qui avait dénoncé la corruption de l’Eglise, fut accusé d’hérésie, excommunié en 1411, et brûlé vif en 1415. Sa mort déclencha une révolution religieuse, politique et sociale en Bohême et 18 années de guerre. Aujourd’hui, nombre de Tchèques considèrent Jan Hus comme un martyr et un héros national. Une Eglise nationale tchèque, se référant à son legs et portant le nom de l’Eglise hussite tchécoslovaque, a été créée.

La condamnation de Jan Hus a laissé des traces

Durant le Concile Vatican II (1962-1965), le cardinal tchèque Josef Beran, réfugié à Rome à la suite des persécutions communistes, avait invité à combler le fossé qui s’était creusé entre l’Eglise catholique et la société civile à cause de la condamnation de Jan Hus.

Lors de son premier voyage en territoire tchèque, en 1990, Jean Paul II (1978-2005) avait évoqué une possibilité d’une révision du procès de Jan Hus et reconnu «l’intégrité de sa vie personnelle et son engagement en faveur de l’éducation morale de la nation». 9 ans plus tard, à l’occasion d’un congrès international sur Jan Hus, à Rome le pape polonais avait évoqué cette «figure mémorable» et son «courage moral».

«Je ressens le devoir d’exprimer mon profond regret pour la mort cruelle infligée à Jan Hus et pour la blessure qui suivit, source de conflits et de divisions, qui s’ouvrit si profondément dans l’esprit et dans le coeur du peuple Bohême», avait alors affirmé Jean Paul II. Devant ceux qui travaillaient sur la figure de Jan Hus, le pape avait souhaité que ces études permettent de comprendre qu’une figure comme celle de Jan Hus qui a été un fort objet de contestation dans le passé, peut devenir, à présent, un sujet de dialogue, d’échange et d’approfondissement commun. LB/AMI

Encadré

Les catholiques tchèques se sont préparés discrètement à la visite de Benoît XVI

A l’occasion du déplacement de Benoît XVI en République tchèque, du 26 au 28 septembre 2009, les catholiques de ce pays d’Europe centrale confient que la préparation de cette visite s’est déroulée «à l’intérieur, plus que dans la rue», a indiqué à l’agence de presse catholique I.Media le porte-parole de l’archevêché de Prague. Un sentiment confirmé par le curé de l’une des plus grandes paroisses de la capitale tchèque et l’absence de décorations particulières dans les rues de la ville pour l’arrivée du pape.

Ainsi, quelques heures avant l’arrivée de Benoît XVI à Prague, le porte-parole de l’archevêché, Ales Pistora, soulignait que les Tchèques n’avaient pas souhaité faire de publicité pour la rencontre avec le pape. «La situation politique tchèque a changé et, pour cette visite, il ne faut pas se comporter comme un parti politique», a poursuivi Ales Pistora.

60 % de la population tchèque se déclare sans confession.

«Les croyants sont invités, il y a des articles dans tous les médias», a en outre insisté le porte-parole, avant de confier que pour de nombreux Tchèques, le pape est quelqu’un du monde, comme Barack Obama. La 4e visite d’un pape dans ce pays depuis la chute du mur de Berlin et la fin du communisme est cependant une occasion de réfléchir au changement de la société, a encore lancé Ales Pistora.

«La tradition a été brisée par le communisme qui voulait des idées nouvelles», s’est aussi désolé le porte-parole de l’archevêché, avant d’ajouter qu’à Prague, «beaucoup ne savent pas ce qu’est être croyant». En 2009, 60 % de la population du pays se déclare ainsi sans confession. A Prague, la capitale, aucun drapeau du Vatican ni affiches de Benoît XVI n’ont été disposés dans les rues. Cela reflète, selon Ales Pistora, «l’esprit réservé des Tchèques».

Les jeunes de République tchèque

Pour sa part, le Père Jan Balik, curé de la paroisse de Strasnice, l’une des 4 plus importantes de la capitale, a confié à I’agence I.Media que «tous les jeunes de République tchèque se sont préparés par la prière et avec des petits livrets conçus spécialement avec des textes et méditations du pape». Ils ont également reçu par SMS des petites pensées de Benoît XVI, tirées de ses deux premières encycliques, a poursuivi le Père Balik. «Durant les 6 mois de préparation, les jeunes ont récolté de l’argent et l’offriront au pape, à la fin de la messe à Stara Boleslav», le 28 septembre, s’est encore réjoui le prêtre tchèque, insistant sur la préparation intérieure des jeunes et leur volonté de ne pas passer pour des consuméristes. LB/AMI

Encadré

Avant de partir, le pape s’est entretenu avec Berlusconi

L’avion de Benoît XVI a décollé un peu avant 9h45 (GMT+2), samedi 26 septembre 2009, de l’aéroport de Ciampino, au sud de Rome, en direction de Prague, capitale de la République tchèque. Son départ a été légèrement retardé car de façon assez inédite, le pape s’est entretenu avec Silvio Berlusconi, dans un salon de l’aéroport. Le président du Conseil italien arrivait directement de Pittsburgh, aux Etats-Unis, où s’est déroulé le sommet du G20. Il s’est entretenu une quinzaine de minutes avec le cardinal Bertone, Mgr Filoni et le pape, en partance pour Prague, alors que l’Eglise italienne, l’Etat et le Saint-Siège sortent d’une crise. Cette rencontre n’avait été planifiée que la veille au soir.

Le souverain pontife effectue une visite de 3 jours dans ce pays d’Europe centrale fortement sécularisé au cours de laquelle il se rendra aussi à Brno, capitale de la Moravie, et à Stará Boleslav, non loin de la capitale.

Voyageant à bord d’un Airbus A320 flambant neuf de la compagnie italienne Alitalia, le pape était accompagné d’une trentaine de personnes de sa suite, parmi lesquelles ses secrétaires particuliers mais aussi le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone, et le substitut pour les affaires générales de la Secrétairerie d’Etat, Mgr Fernando Filoni. Un seul autre cardinal fait aussi partie de la ›suite’, Giovanni Coppa, âgé de 83 ans. Cet Italien fut nonce apostolique en Tchécoslovaquie de juin 1990 jusqu’à la partition du pays, le 1er décembre 1993. Il fut alors à la fois nonce en République tchèque et en Slovaquie jusqu’en mars 1994 lorsqu’il demeura seulement nonce à Prague. Un poste qu’il quitta en mai 2001.

Au cours de ce 13e déplacement à l’étranger, Benoît XVI prononcera une dizaine de discours ou homélies. Les discours devant les autorités civiles ou au corps diplomatiques seront prononcés en anglais, tout comme ceux prononcés devant le monde universitaire ou les représentants des autres confessions chrétiennes. Lors des messes et évènements liturgiques, le pape prendra la parole en partie en tchèque et en italien. LB/AMI

Encadré

L’Eglise est une «minorité créative» qui a sa place dans le débat public

Aux premières heures de son voyage apostolique en République tchèque, du 26 au 28 septembre 2009, Benoît XVI a affirmé que l’Eglise était «une minorité créative» qui doit s’inscrire dans le débat public. Intervenant quelques minutes devant la presse, en plein ciel, le pape a aussi encouragé les concepts de «vérité» et de «liberté» qui ont mûri pendant la «dictature communiste» (1948-1989) qu’a connu ce pays d’Europe centrale.

Interrogé sur le rôle de l’Eglise désormais minoritaire dans les sociétés sécularisées, Benoît XVI a affirmé que «ce sont normalement les minorités créatives qui déterminent l’avenir». «En ce sens, a poursuivi le pape, l’Eglise catholique doit être considérée comme une minorité créative qui a un héritage de valeurs qui ne sont pas dépassées mais qui sont très vives et actuelles». «Elles doivent actualiser et inscrire dans le débat public notre lutte pour un véritable concept de liberté et de paix, et contribuer ainsi en divers domaines, à commencer par le dialogue intellectuel entre agnostiques et croyants», a affirmé le pape. Agnostiques et croyants, a soutenu le pape «ont besoin les uns des autres».

La République tchèque a souffert d’une dictature particulièrement rigoureuse

Devant les 50 journalistes qui l’accompagnent, le pape est longuement revenu sur la tradition chrétienne de la région, «lieu de rencontre des cultures» au fil des siècles. «Au siècle passé, a aussi affirmé Benoît XVI, la République tchèque a souffert d’une dictature communiste particulièrement rigoureuse mais aussi avec une résistance autant catholique que laïque». Il a évoqué de grandes figures tchèques comme Vaclav Havel ou le cardinal Frantisek Tomasek, mort en 1992, qui «ont donné à l’Europe un message sur la liberté».

Les pays du communisme, a encore soutenu Benoît XVI, «ont particulièrement souffert durant la dictature, mais, dans la souffrance, sont apparus des concepts de liberté qui sont d’actualité et doivent être mis en œuvre aujourd’hui plus encore». Ces concepts de «vérité» et de «liberté» qui «ont mûri durant la dictature ne doivent pas être perdus», a encore soutenu le souverain pontife. Le pape a aussi été interrogé sur sa récente encyclique «Caritas in veritate». Il s’est dit satisfait de la «discussion» ouverte par ce texte magistériel et a invité à «trouver des nouveaux modèles pour une économie responsable». En outre, le pape est revenu sur sa chute estivale en vallée d’Aoste (Italie) et sa fracture du poignet droit. «Le problème n’est pas complètement terminé, mais vous voyez que ma main droite fonctionne, je peux faire l’essentiel, manger, et surtout écrire (…) c’est une école de patience», a confié le pape dont le deuxième volume de son ouvrage sur Jésus de Nazareth devrait paraître «au printemps prochain». (apic/imedia/ami/lb/be)

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