Berne: La Commission épiscopale Justice et Paix fête 40 ans d’engagement

Un engagement fort, qui dérange parfois les pouvoirs établis

Berne, 26 septembre 2009 (Apic) Au service de l’Eglise catholique en Suisse depuis 1969, en quelque sorte son «phare social» orienté par la doctrine sociale chrétienne, la commission nationale suisse Justice et Paix a fêté samedi à Berne 40 ans d’engagement. Une centaine de personnes ont participé le 26 septembre en l’église de la Trinité à la messe du jubilé présidée par Mgr Kurt, Koch, président de la Conférence des évêques suisses (CES), accompagné notamment par Mgr Peter Henrici, évêque responsable de Justice et Paix.

Invité d’honneur, Mgr Gérard Defois, président de Justice et Paix Europe et archevêque émérite de Lille, a rappelé que si Justice et Paix n’est pas une ONG institutionnelle, elle représente un courant d’idées et de valeurs suscité par l’appel de Paul VI lors de la promulgation de son encyclique sur le développement des peuples «Populorum progressio». Un engagement fort, basé sur les valeurs de l’Evangile, qui dérange parfois les pouvoirs établis, ont fait remarquer plusieurs orateurs.

Durant la cérémonie, animée par les chants rythmés de la chorale africaine de Berne aux habits chamarrés, les membres de la Commission Justice et Paix, entourant l’autel, ont coupé en divers morceaux une corde d’alpiniste. Un symbole pour montrer que le monde se déchire quand l’action dans la société devient la proie d’intérêts privés, lorsque le fossé se creuse entre riches et pauvres, lorsque l’homme abuse des ressources de la terre et que l’Eglise se retranche dans le «spirituel». Pour illustrer le sens du travail de Justice et Paix, les membres de la Commission, emmenés par Sœur Nadja Bühlmann, sa présidente, ont renoué le lien un instant rompu.

Au cours de son homélie, le prélat français a rappelé que le lien entre la fidélité au Christ et la fidélité à l’homme est tellement fort que les engagements pris au titre de Justice et Paix «ne sont pas des activités sociales annexes d’une institution qui serait pour l’essentiel consacrée au ’spirituel’… ils mettent en œuvre le cœur de la foi afin d’établir par des liens fraternels, des requêtes de justice, des chemins de réconciliation, ce que les papes ont appelé la ’civilisation de l’amour’».

…le Christ couvert de haillons et gelant de froid

Et Mgr Defois d’ajouter que la vérité de la foi est en jeu non seulement dans des affirmations doctrinales, «mais aussi dans des pratiques sociales qui doivent témoigner à tout être de la proximité de Dieu à son égard. Et cela dans la totalité de son existence». Ainsi, a-t-il poursuivi, «l’autre, le pauvre, l’exclus, le migrant ou le malade, ne sont pas pour nous des ’oubliés de la croissance’, ils sont des enfants de Dieu et un visage contemporain du Christ». Citant saint Jean Chrysostome, qui liait les deux visages du Christ, celui de l’Eglise et celui de la rue, il a rappelé le Christ couvert de haillons et gelant de froid: «Tu négliges de lui donner un manteau, dit-il, mais tu lui élèves des colonnes d’or dans l’église en disant que tu fais cela pour l’honorer. Ne va-t-il pas dire que tu te moques de lui, estimer que tu lui fais injure, et la pire des injures?»

La vision du monde selon l’Evangile, les perspectives d’une civilisation de l’amour, a-t-il poursuivi, «ne se limitent pas à des références idylliques quelque peu naïves, elles sont l’enjeu fondamental pour les générations à venir, pour un progrès dans la justice, pour une paix fondée sur la solidarité». L’archevêque émérite de Lille a insisté sur le fait que Justice et Paix se doit de répondre à l’appel des «moissonneurs sans salaire de notre mondialisation», «de dire à notre société de l’abondance et de la puissance que la paix et la dignité ne sont assurées que dans la charité et la solidarité».

Les objectifs du Millénaire pour l’éradication de la pauvreté ne seront pas atteints

Après le repas de fête, Mgr Defois a développé ses réflexions sur «l’enjeu d’une espérance en l’homme». Il a alors déploré que les objectifs du Millénaire pour l’éradication de la pauvreté dans l’hémisphère sud – un but fixé par les Nations Unies à l’horizon 2015 – ne seront pas atteints. Mais pour l’archevêque émérite de Lille, il ne s’agit pas seulement de protester devant l’injustice et les atteintes à la dignité de l’homme. Il y a un devoir primordial pour Justice et Paix – comme dans le cas des migrations illégales et du trafic d’êtres humains – de travailler avec les Eglises locales, d’y témoigner des nouvelles formes de pauvreté, d’y révéler la perversité de pratiques économiques qui asservissent le travailleur étranger, de se préoccuper, comme le demandait déjà le pape Paul VI, du développement des pays du Sud, de créer avec eux des échanges commerciaux et culturels qui respectent la personnalité et l’identité de ces peuples.

Et de regretter que l’ouverture de l’Europe occidentale aux pays d’Extrême-Orient et aux anciens pays communistes a trop souvent amené à reléguer l’Afrique au second plan et à délaisser les solidarités historiques de nombreux pays d’Europe avec la partie sub-saharienne du continent africain. En conclusion, Mgr Defois a rejeté l’idée de replier l’action solidaire et les engagements humanitaires «dans les limites nationales de nos Eglises à l’heure où la mondialisation s’impose à nos alliances traditionnelles».

Depuis sa création il y a 40 ans, la Commission nationale suisse Justice et Paix – composé d’une vingtaine d’experts, essentiellement des laïcs – est la voix de l’Eglise catholique concernant les questions sociales, économiques, politiques et environnementales. Justice et Paix marque son jubilé par la publication d’une brochure en trois langues d’une quarantaine de pages qui présente son histoire et sa vision. JB

Des photos de cette commémoration peuvent être commandées à l’agence apic: tél. 026 426 48 01; courriel: jacques.berset@kipa-apic.ch ou apic@kipa-apic.ch (apic/be)

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