Le pape rencontre les forces vives de l’Eglise locale tchèque
Prague, 26 septembre 2009 (Apic) Au terme de sa première journée en République tchèque, Benoît XVI a rencontré samedi les forces vives de l’Eglise locale dans la cathédrale Saint-Guy de Prague. Le 26 septembre 2009, en fin d’après-midi, il a célébré l’office des Vêpres en présence des prêtres, religieux et religieuses, des séminaristes et des membres de mouvements laïcs. Devant eux, le pape a soutenu qu’il n’était pas plus facile aujourd’hui que pendant «la dictature communiste» de vivre et de témoigner de l’Evangile.
«Vos communautés, a ainsi lancé le pape devant plus de 2000 membres de l’Eglise catholique tchèque, après le long hiver de la dictature communiste, ont recommencé à s’exprimer librement il y a 20 ans quand votre peuple, avec les évènements qui se sont mis en route à partir de la manifestation étudiante du 17 novembre 1989, a retrouvé sa propre liberté». Le pape a cependant relevé que même aujourd’hui, dans une société censée être libre, «il n’est pas facile de vivre et de témoigner de l’Evangile».
«La société actuelle, a-t-il continué, porte encore les blessures causées par l’idéologie athée et elle est souvent fascinée par la mentalité moderne d’une consommation hédoniste, avec une dangereuse crise des valeurs humaines et religieuses et la dérive d’un relativisme éthique et culturel déferlant». «Dans ce contexte, un engagement renouvelé de la part de toutes les composantes ecclésiales pour renforcer les valeurs spirituelles et morales dans la vie de la société actuelle est devenu urgent», a souligné Benoît XVI, qui avait revêtu des vêtements liturgiques particulièrement riches pour cette première liturgie solennelle en terre tchèque.
Une fois encore, le pape a répété que l’Eglise ne demande pas des privilèges, mais «demande seulement de pouvoir œuvrer librement au service de tous et dans un esprit évangélique». Benoît XVI, cependant, n’a pas fait de claire allusion à la bataille juridique qui a, récemment encore, opposé le chapitre de la cathédrale à la présidence de la République pour savoir à qui, de l’un ou de l’autre, revient la propriété de l’édifice gothique situé au cœur du château de Prague.
Dans un premier jugement, l’édifice confisqué par le régime communiste avait été restitué à l’Eglise en septembre 2006. Il est ensuite redevenu propriété de l’Etat en février 2007 après un jugement de la Cour suprême. En mai 2009, un deuxième jugement de cette même cour a confirmé cette décision, encore contestée par l’Eglise catholique du pays. Au terme de cette première journée, Benoît XVI devait passer la nuit à la nonciature apostolique de Prague. Dimanche, le pape est à Brno, capitale de la région de la Moravie, où il célèbre la messe en milieu de matinée sur le terrain même de l’aéroport de la 2e ville du pays. Il passe ensuite l’après-midi à Prague. AMI/JB
Devant les autorités tchèques et le corps diplomatique, Benoît XVI a encouragé samedi le continent européen à exercer un «juste usage de la liberté». Au premier jour de son déplacement en République tchèque, le pape a rencontré le chef de l’Etat Vaclav Klaus au palais présidentiel du château de Prague avant d’y prendre la parole devant les autorités civiles et politiques du pays ainsi que le corps diplomatique, en présence de l’ancien président et écrivain tchèque Vaclav Havel.
Après un discours du président Vaclav Klaus et quelques pièces musicales exécutées par l’Orchestre philharmonique tchèque, le pape a pris la parole dans la prestigieuse Salle espagnole du palais présidentiel devant une large assemblée de responsables politiques et de diplomates. Au premier rang se trouvaient, entre autres, le premier ministre Jan Fischer ainsi que l’ancien président et écrivain tchèque Vaclav Havel, grande figure du pays.
Devant ce parterre, le pape est particulièrement revenu sur le 20e anniversaire de la chute des régimes totalitaires de l’Europe Centrale et de l’Est, et sur la «Révolution de velours». «L’euphorie qui s’est ensuivie, a alors soutenu le pape, s’est exprimée en termes de liberté». S’il a ensuite salué la poursuite du «processus de guérison et de reconstruction» 20 ans après les profonds changements politiques qui ont balayé le continent, Benoît XVI a mis en garde. «Les aspirations des citoyens et les attentes placées dans les gouvernements appellent de nouveaux modèles de vie citoyenne et de solidarité entre les nations et les peuples sans lesquels l’avenir si longtemps désiré de justice, de paix et de prospérité restera illusoire». «Chaque génération a le devoir de s’engager à nouveau dans la difficile tâche d’ordonner de façon juste les affaires humaines, cherchant à comprendre le juste usage de la liberté humaine», a encore soutenu Benoît XVI.
«La vraie liberté, a encore expliqué le pape, présuppose la recherche de la vérité – du vrai bien – et, de là, trouve précisément son accomplissement en connaissant et en faisant ce qui est opportun et juste». Poursuivant son raisonnement, dans un pays partiellement marqué par l’athéisme, Benoît XVI a indiqué que, «pour les chrétiens, la vérité a un nom: Dieu. Et la bonté a son visage: Jésus-Christ».
Dans ce contexte, Benoît XVI, une nouvelle fois, est donc revenu sur «la fidélité» de l’Europe à «ses racines chrétiennes». Il n’a pas hésité à encourager le peuple tchèque et les responsables politiques et diplomatiques européens à puiser leur «inspiration» dans l’»héritage vivant» des valeurs du christianisme. «La liberté trouve son sens le plus profond dans une patrie spirituelle», a encore expliqué le pape avant de lancer : «Avec un respect entier pour la distinction entre le domaine politique et celui de la religion – qui garantit la liberté des citoyens d’exprimer leur croyance religieuse et de vivre conformité avec elle – je souhaite souligner le rôle irremplaçable du christianisme pour la formation de la conscience de chaque génération et la promotion d’un consensus éthique de base qui est utile à toute personne qui appelle ce continent ›ma maison’ !»
Avant cette rencontre, le pape s’était entretenu en privé une quinzaine de minutes avec le chef de l’Etat tchèque et son épouse, en allemand. Une rencontre «très privée», selon le Saint-Siège, au cours de laquelle le président Klaus a offert au pape une coupe et 2 chandeliers en cristal de Bohême. Benoît XVI a aussi reçu en cadeau un tabouret de piano. Pour sa part, il a offert au président tchèque une mosaïque représentant saint Wenceslas (mort en 936), le saint patron du pays.
Pendant ce temps, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a rencontré le Premier ministre Jan Fischer. Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a indiqué que trois sujets étaient au cœur des discussions: «la question des rapports bilatéraux et leur avancée, la solidarité internationale envers les pays les plus pauvres avec l’aide de l’Eglise, et des thématiques européennes». A l’issue de la rencontre, le Premier ministre tchèque a particulièrement indiqué que le règlement de la question des biens de l’Eglise ne représentait pas aujourd’hui «une priorité pour l’Eglise catholique, en raison des conditions économiques».
La question de la restitution des biens ecclésiaux spoliés par le régime communiste (1948-1989) au milieu des années 1950 est au cœur des débats depuis une vingtaine d’années. La problématique concerne bien sûr des édifices religieux ou des monastères, mais aussi d’autres biens immobiliers comme des bâtiments agricoles, des champs et des forêts. En janvier 2008, un accord avait été conclu entre le gouvernement de Mirek Topolanek et les 17 Eglises ou communautés religieuses concernées, sous la forme d’un projet de loi de réparation. Celui-ci associait la restitution physique de certains biens à une compensation financière des biens non restitués à hauteur de 270 milliards de couronnes, soit plus de 10 milliards d’euros sur 60 ans (dont 83 % à l’Eglise catholique). Le projet de loi pour la restitution est, pour l’heure, en panne, du fait de la situation politique transitoire du pays. (apic/imedia/ami/be)
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