Fribourg: La Faculté de théologie envoie fin octobre une délégation dans le nord de l’Irak

Elle veut s’engager en faveur d’une minorité chrétienne menacée

Fribourg, 29 septembre 2009 (Apic) La Faculté de théologie de l’Université de Fribourg envoie fin octobre une délégation de trois personnes à Arbil, dans le nord de l’Irak. Elle veut aller «en repérage» avant de finaliser des négociations avec le «Pontifical Babel College» d’Ankawa, la seule Faculté de théologie catholique en Irak. Elle désire également faire montre de solidarité avec une minorité chrétienne menacée par les fondamentalistes et vivant dans une insécurité qui la pousse à émigrer en masse.

La délégation de la Faculté de Théologie, qui visitera Ankawa et sa région du 26 octobre au 2 novembre, est composée du professeur Franz Mali, détenteur de la chaire de patristique et d’histoire ancienne de l’Eglise (incluant celle de l’Eglise d’Orient), de Patrizia Conforti, assistante-docteur auprès des chaires d’histoire de l’Eglise et de théologie pastorale & pédagogie religieuse, et de Sœur Lusia Shammas, théologienne chaldéenne irakienne bien connue à Fribourg.

La Faculté désire en effet s’engager en faveur des chrétiens d’Irak. Ces chrétiens des premiers siècles ne sont plus aujourd’hui que 3% de la population et font face à une situation de précarité qui menace leur existence même en Mésopotamie. Sous l’impulsion de Lusia Shammas, fondatrice de l’ONG «Basmat al-Qarib» (Le sourire du prochain), est né l’an dernier au sein de la Faculté un Groupe de travail composé de professeurs, de collaborateurs scientifiques et d’étudiants. Leur correspondant en Irak est l’archevêque chaldéen émérite d’Arbil, Mgr Jacques Isaak (Ishaq), recteur du Babel College, invité l’an dernier à donner une conférence à l’alma mater de Fribourg.

Créer des liens avec le Babel College

Début 2007, le siège du Babel College, après 16 ans d’activité, avait dû être transféré de Bagdad à Ankawa, dans le Kurdistan irakien. Dora, la zone où se trouvait le collège, était devenue trop dangereuse pour les chrétiens. Cette Faculté accueillait les étudiants de toutes les confessions chrétiennes du pays. Les soldats américains ont occupé les locaux situés dans le quartier «chaud» de Dora, au sud-est de Bagdad, dès la fin mars 2007. Ils les ont restitués à l’Eglise chaldéenne début novembre 2008, mais entre-temps la Faculté avait dû quitter les lieux pour des raisons de sécurité.

Gérée par le patriarcat de Babylone des Chaldéens, elle est affiliée à l’Université pontificale Urbanienne de Rome. Outre les prêtres dont a besoin l’Eglise locale, le Babel College prépare les catéchistes et également ceux qui veulent approfondir leurs connaissances religieuses.

L’Université s’intéresse depuis plusieurs années au sort de ces chrétiens

L’Université de Fribourg s’intéresse depuis plusieurs années au sort de ces chrétiens qui vivent entre Tigre et Euphrate depuis les débuts de la chrétienté, il y a 2’000 ans. Un colloque sur la situation des femmes et des enfants irakiens avait été organisé en novembre 2006 à l’Université. La Faculté, dans une missive signée par le doyen de la Faculté de théologie, le professeur Max Küchler, et par le recteur de l’Université, Guido Vergauwen, a écrit au Vatican pour appuyer ses démarches en faveur des chrétiens d’Irak en août 2007. Elle a également envoyé une délégation au Département fédéral des Affaires étrangères à Berne dans le même but.

Des contacts ont été pris depuis deux ans pour étudier les possibilités d’échanges entre la Faculté de théologie de Fribourg et le Babel College et de voir les possibilités de mieux tirer profit des richesses culturelles et historiques existant dans ce pays biblique. Cette sensibilisation a été en grande partie l’œuvre de la religieuse irakienne vivant à Fribourg, et qui maintient des contacts étroits avec sa patrie meurtrie. JB

Encadré

La présence chrétienne en Irak diminue inexorablement

Lusia Shammas Markos, elle-même originaire de Zakho, dans le Nord de l’Irak, qualifie ce projet d’»enthousiasmant», «c’est un rêve qui se réalise…il y a 10 ans, c’était impossible même d’y penser!». Et d’affirmer que pour les gens sur place, cette visite est très importante: «Les chrétiens irakiens sentent ainsi qu’il y a de la solidarité, qu’on pense à eux, cela leur donne de l’énergie et de l’espoir». Cela va dans le même sens que la visite de Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, président de Pax Christi France, qui s’est rendu en Irak du 10 au 17 septembre 2009, accompagné d’une délégation de Pax Christi International. La théologienne insiste: l’Irak est une terre de «mémoire abrahamique», et chrétiens comme musulmans dans ce pays sont en droit de se dire ’fils d’Abraham’. En effet, rappelle-t-elle, l’Irak est une vieille terre de chrétienté, et déjà au 1er siècle de l’ère chrétienne, des missionnaires venus de Palestine allèrent annoncer l’Evangile «à l’Orient de l’Orient», en Mésopotamie, dans l’ancien pays de Sémiramis et de la tour de Babel.

Pour elle, cette visite est d’autant plus importante que la trace du christianisme des premiers temps est en train de disparaître en Mésopotamie et «c’est une perte énorme aussi pour le christianisme occidental !» Sans l’Orient, le christianisme est amputé de sa plus profonde et sa plus durable source évangélique et biblique. En effet, note-t-elle, c’est une terre biblique qui part de l’Ur d’Abraham, en Chaldée, en passant par Babylone et la Ninive de Jonas. Une partie de l’Ecriture Sainte a été écrite en Irak, et en araméen, qui est la langue de la majorité des chrétiens irakiens. Selon la tradition de l’Eglise, les chrétiens de Mésopotamie ont reçu la foi grâce à la prédication de l’apôtre Thomas, en route pour l’Inde, et des disciples Addai et Mari. La chrétienté, majoritaire à l’époque, y était installée bien avant l’arrivée de l’islam au 7ème siècle. Au Moyen Age, l’Eglise de l’Orient disposait de 220 diocèses en Irak, en Perse, en Turquie, en Afghanistan, en Inde, en Chine. «Une histoire presque effacée des esprits !» JB

Une photo de Sœur Lusia peut être commandée à l’agence Apic : tél. 026 426 48 01, courriel : jacques.berset@kipa-apic.ch ou apic@kipa-apic.ch (apic/be)

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