Fribourg: 1er Forum Eglise dans le Monde

Dom Helder Camara et la mission au cœur de la discussion

Fribourg, 16 octobre 2009 (Apic) Le «1er Forum Eglise dans le Monde» organisé par l’Institut pour l’étude des religions et le dialogue interreligieux de l’Université de Fribourg, a rencontré un vrai succès, tant par la qualité des interventions que par les thèmes abordés. Tournant autour de la figure emblématique de Dom Helder Camara, la discussion a porté sur trois grands points de l’activité missionnaire de l’Eglise: «Christianisme et dialogue interreligieux en Afrique», «Eglise dans le monde, mission et globalisation», «Eglise missionnaire en Europe».

En préambule au colloque, le Père dominicain Alain Durand, de l’Arbresles en France, a clarifié la signification de l’option pour les pauvres et la mondialisation dix ans après la mort de Dom Helder Camara. Il a surtout insisté sur le changement intervenu dans le monde depuis la disparition de l’évêque des pauvres du Brésil. Reconnaissant que le message de Dom Helder est encore d’actualité «dans un monde où la pauvreté reste le défi majeur», le dominicain a cependant relevé qu’il est plus nécessaire que jamais pour l’Eglise de prendre conscience que la pauvreté aujourd’hui a pris «le visage dramatique de la mondialisation». Il lui semble essentiel que l’Eglise réfléchisse sur sa situation actuelle et que l’on s’interroge sur ce qu’est devenue la théologie de la libération.

Pour Urs Eigenmann, chargé de cours à la Faculté de théologie de Lucerne, l’apport essentiel de Dom Helder Camara va bien au-delà de son engagement dans son propre pays. Pour lui, la présence du prélat brésilien au Concile Vatican II a été décisive dans la rédaction de la constitution pastorale «Gaudium et spes»: Helder Camara a voulu une Eglise pauvre pour les pauvres.

Importance de l’action caritative

La contribution de Roberto Simona, responsable de l’antenne romande de l’Aide à l’Eglise en Détresse sur «Guerres et violations des Droits de l’Homme. Rôle et action de l’Eglise: le cas de l’Erythrée» a permis de mieux comprendre la spécificité de l’action caritative inspirée par le christianisme par rapport aux engagements humanitaires et d’aide au développement. Le conférencier a montré comment l’Eglise d’Erythrée joue un rôle clé pour soulager les souffrances d’un peuple malmené par son propre gouvernement. Fort de son expérience sur le terrain, il a présenté un film réalisé lors de son voyage dans ce pays en 2006. On y voit l’omniprésence de la misère et les multiples tâches que l’Eglise, elle-même menacée par le gouvernement, y exerce. Roberto Simona a tenu à rappeler que toute action d’Eglise a son fondement dans la prière.

Convivialité entre chrétiens et musulmans au Sénégal

Invité par l’organisation Missio, Mgr Benjamin Ndiaye, évêque de Kaolack au Sénégal, est venu parler de la situation de son Eglise dans ce pays à très forte majorité musulmane et décrire la complexité des relations liée au contexte historique de la présence du christianisme en Afrique. Si, pour lui, la question de la colonisation a laissé des traces dans la mémoire collective, l’Eglise du Sénégal qui compte 600’000 membres – dont 15’000 dans le diocèse de Kaolack – dispose d’un clergé indigène jeune et de très bonnes institutions religieuses qui s’investissent dans les domaines de l’éducation, de la santé, du social. Avec un certain humour, l’évêque constate une certaine léthargie de l’Eglise dans son pays: il appelle ses ouailles des «chrétiens cultuels» leur reprochant de ne pas concrétiser leur foi dans la vie quotidienne, de ne pas s’investir dans les domaines économique et politique.

Quant aux relations avec l’islam, Mgr Benjamin Ndiaye les estime très amicales, même si aujourd’hui ce dernier est devenu très prosélyte, ce qui amène à poser la question de l’avenir du christianisme au Sénégal. Il déplore que 300 apostats aient eu lieu dans son seul diocèse, en raison de chantage de la part des musulmans, notamment en ce qui concerne l’accès à la terre ou la recherche d’un travail. Les conversions semblent parfois être le seul moyen de s’en sortir, regrette le prélat.

La mission en Europe

Avec sa verve habituelle, l’abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg, offre une réflexion forte sur la mission. Il s’agit pour lui de «proposer, ici en Suisse, aussi largement que possible l’Evangile à nos contemporains, marqués par un nouveau rapport au temps, à la société et à l’existence. Ensuite tisser des relations renouvelées avec des Eglises d’autres continents qui souffrent et qui nous interpellent.» Toute démarche missionnaire doit avoir un «profond enracinement dans l’union avec le Christ et la vie spirituelle». Face à la situation actuelle d’abandon quasi généralisé de la pratique religieuse, l’abbé Amherdt décrit l’avenir de la mission en demandant un usage cohérent de l’Ecriture. Il faut, selon lui, prendre au sérieux les questions des contemporains et avoir une «pédagogie de l’initiation» pour toute l’action pastorale. La crédibilité du témoignage constitue aussi un élément décisif pour une mission réussie au sein de la communauté ecclésiale locale, ce qui n’a rien à voir avec du prosélytisme.

Un concept qui tient à cœur au théologien est celui «d’hospitalité dialoguante bilatérale». Le dialogue interreligieux ne peut se faire que sur la base d’un réel échange de vues dans le respect des droits humains, dans un partenariat visant un «développement durable» de l’humanité. La conclusion de son intervention est parlante pour les chrétiens qui vivent en Suisse: «Les communautés chrétiennes rayonneront de l’Evangile si elles parviennent à proposer un mode de vie différent, pauvre et fraternel, qui incarne déjà, un peu, les valeurs du Royaume. L’Eglise qui est en Suisse est à l’heure de commencements. Des recommencements.»

Encadré

Une des figures marquantes de la théologie de la libération

Dom Helder Camara, est né en 1909 au Brésil. Il fut ordonné prêtre le 15 août 1931, puis évêque auxiliaire de Rio de Janeiro le 3 mars 1952. Consacré évêque en 1952, il est promu, en 1964, archevêque d’Olinda et de Recife dans le Nordeste, l’une des régions les plus pauvres du pays, où il restera jusqu’en 1985. Grand défenseur des droits de l’homme au Brésil, il s’engage au service des plus pauvres et est l’une des figures marquantes de la théologie de la libération. En 1955, il participe à la création du CELAM, Conseil épiscopal d’Amérique latine. Proche du cardinal Montini, futur pape Paul VI, il est très actif au Concile Vatican II. Il s’y manifeste en particulier par son opposition ferme à la tendance conservatrice. Au sein du Celam, il contribue à la définition de «l’option préférentielle pour les pauvres». Opposant à la dictature des généraux (1964-1985), il est marginalisé au sein de l’épiscopat brésilien. Il consacre une bonne part de son temps à des conférences en Europe où il dénonce la situation de pauvreté du tiers-monde, les ventes d’armes à son pays, la guerre du Vietnam et la violence de la dictature de son pays.

Proche des mouvements non violents, il met en place une pastorale dirigée vers le service des pauvres, s’appuyant sur le mouvement Action Justice et Paix et sur un séminaire populaire où les futurs prêtres devraient être aussi bien formés à l’action sociale qu’à la théologie.

En 1977, il participe à la Conférence des évêques d’Amérique latine sur la non-violence. Docteur honoris causa des Universités de Louvain en 1970, de Chicago en 1974, d’Amsterdam en 1975 et d’Uppsala en 1977, il reçoit l’hommage de Jean Paul II lors de son voyage au Brésil en 1979. Le pape lui nomme en 1985 un successeur, José Cardoso Sobrinho, qui remet rapidement en question ce qu’il avait construit. Dom Helder Camara est, malgré les difficultés, toujours resté fidèle à Rome. Il meurt le 27 août 1999. (apic/js)

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