Romandie: Les évangéliques affirment leur présence dans la lutte contre la pauvreté

Encourager les politiques à tenir leurs promesses

Lausanne, 18 octobre 2009 (Apic) Sous le slogan StopPauvreté.2015, les évangéliques romands sont fortement impliqués dans un mouvement lancé par l’Alliance Evangélique Suisse en 2004. Ils veulent ainsi renforcer la campagne «Défi Michée» lancée la même année par l’Alliance Evangélique Mondiale qui représente 420 millions de chrétiens dans 127 pays.

L’Apic a fait le point sur l’engagement des Eglises évangéliques dans la lutte contre la précarité, une démarche que l’ONU applaudit déjà des deux mains.

Rappel des faits. Tout commence en septembre 2000. 147 chefs d’État et de gouvernement et 189 pays se sont engagés dans la Déclaration du Millénaire en vue de faire du droit au développement une réalité pour tous et de mettre l’humanité entière à l’abri du besoin. Ils ont estimé que les progrès reposaient sur une croissance économique durable, qui devait faire une place centrale aux pauvres et aux droits de l’homme. Afin de suivre les progrès accomplis, le Secrétariat de l’ONU, les organismes des Nations Unies, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont défini un ensemble d’objectifs et de cibles mesurables assortis d’échéances. Ces 8 objectifs furent baptisés «Objectifs du millénaire pour le développement» (OMD) et s’inscrivent dans les buts de la charte des Nations unies résolues à «favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande».

Sur cette lancée, les évangéliques romands décident de s’engager davantage avec les pauvres tout en rappelant aux autorités suisses leurs engagements à l’égard des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

En mai 2008, les Eglises évangéliques, munies de 9000 paraphes, se joignent aux œuvres d’entraide pour rassembler 201’679 signatures autour de leur pétition «0,7% ensemble contre la pauvreté». Une pétition est par la même occasion déposée à la Chancellerie fédérale à Berne. Elle demande l’augmentation de l’aide publique au développement à 0,7% du produit national brut.

Les évangéliques manifestent leur présence

Pour Jean-Daniel André, coordinateur romand de la campagne StopPauvreté.2015, cet engagement solennel vient entre autres de la prise de conscience que les évangéliques représentent une proportion non négligeable de la population mondiale. «Actuellement évalués à 5%, explique-t-il, nous pensons que dans les états démocratiques, nous pouvons faire valoir nos voix et prendre position en faveur des pauvres.» Est-ce que cela n’est pas une utopie de plus, vu que d’autres Eglises et organisations luttent déjà contre la pauvreté, pas toujours avec succès? «Beaucoup de grandes choses comme l’abolition de l’esclavage commencent par une utopie», note le Vaudois qui ajoute qu’il est fondamental de comprendre les raisons d’un tel engagement, en soulignant qu’il s’agit simplement de vouloir être solidaire avec les pauvres.

La même approche est également développée par Joël Edwards, le directeur international du Défi Michée, initiative de l’Alliance Evangélique Mondiale pour mobiliser les chrétiens contre la pauvreté. Dans une conférence qu’il donnait récemment à Berne à la journée annuelle de StopPauvreté.2015, le Britannique est convaincu et convainquant. «Nous ne sommes pas aveugles, ni naïfs. Nous ne pensons pas que toutes les causes de pauvreté auront disparu d’ici 2015. Cependant, à notre sens, nous devons partout motiver les chrétiens à faire leur part de travail. En tant que chrétiens, nous allons continuer à faire ce que nous pouvons faire en vue opérer des différences là où nous nous engageons. Nous souhaitons aussi encourager les politiques à tenir leurs promesses», déclare-t-il sur le studio de Dieu TV.

La conscience sociale de retour

A Washington, lors d’une rencontre de plus de 150 responsables évangéliques, Ban Ki-Moon, le Secrétaire général de l’ONU, a déclaré que l’apport évangélique est important pour la lutte contre la pauvreté sur la planète, ce à quoi Dr. Tajudeen Abdul-Raheem, responsable africain de l’ONU pour la Campagne des Objectifs du millénaire ajoutait: «Si les Eglises en Afrique adoptaient le Défi Michée, cela réduirait de moitié mon travail!» Les évangéliques sont donc pris au sérieux et semblent rejoindre la conclusion de Jacques Blandenier(*), qui constate que la conscience sociale des évangéliques est de retour. «Après avoir été effective au 19ème siècle, écrit-il, la conscience sociale semble être rétractée dans la première moitié du 20ème siècle. Parmi les raisons qui peuvent être invoquées, on peut mentionner l’affaissement de l’esprit du Réveil ou la réaction contre un christianisme social (…)». Cette réaction semble aujourd’hui dépassée, et le Congrès pour l’évangélisation du monde «Lausanne 1974» constitue un point de repère important, voire un tournant dans cette évolution.

* Jacques Blandenier " Les Pauvres avec nous», La lutte contre la pauvreté selon la Bible et dans l’histoire de l’Eglise, La ligue pour la lecture de la Bible, Collection Défi Michée, 2006

(apic/dng/bb)

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