Rome: Synode pour l’Afrique, pour de saines relations entre religion et politique
Rome, 25 octobre 2009 (Apic) Au terme du Synode des évêques pour l’Afrique, les pères synodaux ont mis en garde contre les dérives de l’imbrication, très répandue sur le continent noir, de la religion dans la sphère politique. Ces imbrications peuvent conduire à des conflits entre l’Eglise, l’islam et les religions traditionnelles.
Une version « officieuse » des propositions transmises au pape a été publiée le 24 octobre 2009, après trois semaines de travaux au Vatican sur « l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix ». Les pères synodaux y ont aussi demandé une protection accrue des femmes et des migrants, le respect de l’action de l’Eglise dans la lutte contre le sida ainsi que l’abolition « totale et universelle » de la peine de mort.
Une version officielle en latin des 57 propositions finales du synode des évêques organisé du 4 au 25 octobre au Vatican sera transmise à Benoît XVI. Mais le pape, dans une décision qualifiée de « bienveillante », a choisi de rendre publique une version provisoire, officieuse et non officielle des propositions, en anglais, français, portugais et italien, à la veille de la conclusion solennelle de ce synode. Ces 57 propositions devront permettre à Benoît XVI de rédiger, d’ici environ un an, une Exhortation apostolique post-synodale.
En Afrique, où « la religion est constamment politisée » et devient cause de conflits, il est urgent d’instaurer un « dialogue religieux avec l’islam et la religion traditionnelle africaine (RTA) à tous les niveaux », affirment les pères synodaux dans leurs propositions.
Les évêques d’Afrique demandent que la liberté religieuse et la liberté de culte soient reconnues et protégées et que toute forme d’intolérance, de persécution et de fondamentalisme religieux soit abolie dans tous les pays d’Afrique. Ils souhaitent aussi la restitution des églises, des propriétés de l’Eglise et des propriétés des autres institutions religieuses confisquées par certains Etats.
Le thème des élections « libres, transparentes, équitables et rassurantes » est aussi au cœur des propositions de ce second synode des évêques consacré au continent noir. Les pères synodaux encouragent tous les chrétiens d’Afrique à jouer un rôle actif dans la vie politique. De son côté, l’Eglise doit dénoncer les abus électoraux et les fraudes, « au nom de sa mission prophétique ». Les chefs religieux sont quant à eux invités à ne pas prendre une position partisane, mais à être « la voix critique, objective et réaliste des sans-voix, sans transiger sur leur impartialité ».
Dans leurs propositions au pape, les pères synodaux condamnent tous les actes de violence contre les femmes, un thème qui est revenu tout au long de ces 3 semaines de synode. Les évêques énumèrent dans ce document de préparation une liste impressionnante de violences pratiquées en Afrique, telles que les brutalités contre les femmes, l’oppression des veuves au nom de la tradition, les mariages forcés, les mutilations d’organes génitaux, la traite des femmes, l’esclavage sexuel et le tourisme sexuel.
Pour lutter contre tous ces « actes d’inhumanité », le synode propose entre autres mesures la mise en place d’une Commission d’étude sur les femmes dans l’Eglise au sein du Conseil pontifical pour la famille, mais aussi la création d’abris pour les filles et femmes maltraitées ayant besoin d’une prise en charge psychologique.
De même, la question des migrants, qui provoque souvent des formes d’intolérance, de xénophobie et de racisme, a été au cœur de ce synode, marqué par de nombreux témoignages vibrants de prélats d’Afrique noire ou du Maghreb. Parmi les derniers développements préoccupants, les pères synodaux s’élèvent contre les lois qui jugent « criminelles toutes les entrées clandestines dans les pays étrangers et les consulats ». Ils s’en prennent aussi aux « politiques frontalières discriminantes à l’égard des voyageurs en provenance d’Afrique dans les aéroports ».
Le synode félicite les mouvements ecclésiaux qui travaillent dans le domaine de la santé « et spécialement du sida » et demande aux agences internationales de les reconnaître et de les aider « dans le respect de leur spécificité». Par ailleurs, l’Eglise recommande vivement l’accélération des recherches thérapeutiques en cours en vue d’éradiquer ce fléau.
Comme l’ont déjà répété le cardinal ghanéen Peter Kodwo Appiah Turkson et le cardinal sud-africain Wilfrid Fox Napier, respectivement rapporteur général et président-délégué de ce synode, les évêques se déclarent en faveur d’ »un soutien pastoral » pour aider les couples dont l’un des conjoints est porteur du virus « à s’informer et à former leurs consciences, afin qu’ils choisissent ce qui est juste, en toute responsabilité ».
Reprenant presque mot pour mot un appel lancé le 12 octobre par Mgr George Biguzzi, évêque de Makeni, au Sierra Leone, le synode demande en fin de document l’abolition « totale et universelle » de la peine de mort. Aux yeux des prélats africains, la dignité de la personne exige que ses droits fondamentaux soient respectés, quand bien même elle ne respecterait pas les droits des autres.
Dans leurs propositions, les pères synodaux dénoncent particulièrement le recours à la peine capitale « pour éliminer les opposants politiques » et envers les plus faibles, « qui ne peuvent pas se défendre » et « sont plus facilement soumis à cette punition définitive et sans appel ». (apic/imedia/cp/be)
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