Un évêque déplore l’aveuglement de la décision de la Cour européenne
Rome, 3 novembre 2009 (Apic) Sans réagir officiellement à la décision de la Cour européenne des droits de l’homme condamnant la présence de crucifix dans les salles de classe italiennes, le 3 novembre, le Vatican a relayé les propos de l’évêque de Terni (Italie), Mgr Vincenzo Paglia, qui déplore une décision «véritablement aveugle».
L’Osservatore Romano s’est contenté de souligner que le crucifix est le symbole d’une «grande tradition, pas seulement religieuse, du continent européen». (NDLR : Dans un deuxième envoi à la presse de son édition datée du 4 novembre, le quotidien du Vatican apparaissait sans cet article).
Intervenant sur Radio Vatican, le président de la Commission épiscopale italienne en charge de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux, Mgr Paglia, a ainsi soutenu que «la laïcité» n’était «pas l’absence de symboles religieux mais plutôt la capacité à les accueillir et à les maintenir». L’évêque de Terni a ensuite expliqué que «face au vide éthique et moral que nous constatons souvent chez nos jeunes, il semble vraiment aveugle de penser que nous les aidons en faisant table rase de tout».
Mgr Vincenzo Paglia s’est aussitôt inscrit en faux contre une «conception de la culture (…) déracinée de toute histoire, de toute tradition, de tout patrimoine». «D’autant plus, a-t-il ajouté, que nos places et nos rues sont pleines de crucifix». «Je crois, a-t-il soutenu, que nul ne prétend détruire les symboles religieux des places, des rues et des carrefours parce qu’ils lèsent la liberté de religion». Le prélat italien a également confié son attachement à «la civilisation méditerranéenne» dans laquelle on peut voir «encore aujourd’hui (…) la présence de symboles des autres religions».
Interpellé par les journalistes peu après la décision de la Cour européenne, le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a préféré quant à lui ne pas faire de commentaire précipité. A ses côtés, Mgr Antonio Maria Vegliò, président du Conseil pontifical pour les migrants et les personnes en déplacement, s’est contenté d’affirmer : «Je préfère ne pas parler de la question du crucifix, car ce sont des choses qui m’agacent, voilà la vérité».
Dans son édition datée du 4 novembre, L’Osservatore Romano a brièvement relayé l’information affirmant simplement que cette décision touchait «le symbole qui, plus que tous ceux qui sont perçus au quotidien par les jeunes, représente une grande tradition, pas seulement religieuse, du continent européen». Le quotidien du Vatican se borne ensuite à citer l’écrivain italien Natalia Ginzburg (1916-1991) : «Le crucifix n’entraîne aucune discrimination. Il fait silence. Il est l’image de la révolution chrétienne qui a diffusé à travers le monde l’idée de l’égalité des hommes jusqu’alors absente».
Dans un jugement inédit, le 3 novembre, la Cour européenne des droits de l’homme, à Strasbourg, a considéré la présence de crucifix dans les salles de classe italiennes contraire au droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions et au droit des enfants à la liberté de religion. La cour de Strasbourg s’est prononcée après le recours d’une italo-finlandaise qui avait demandé la suppression du crucifix dans les salles de classe d’une école de la province de Padoue fréquentée par ses 2 enfants.
Le gouvernement italien soutenait quant à lui que cette présence était naturelle, le crucifix n’étant pas seulement un symbole religieux mais aussi, en tant que «drapeau» de la seule Eglise nommée dans la Constitution, un symbole de l’Etat italien.
Les juges de Strasbourg ont estimé en revanche que la croix pouvait aisément être interprétée par des élèves de tous âges comme un signe religieux, signe qui peut être perturbant pour des élèves d’autres religions ou athées. (apic/imedia/cp/ami/pr)
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