Tessin: Crucifix, Mgr Grampa réagit au verdict des juges de Strasbourg
Lugano, 6 novembre 2009 (Apic) L’évêque de Lugano, Mgr Pier Giacomo Grampa, a réagi au verdict des juges de Strasbourg condamnant la présence de crucifix dans les salles de classe des écoles publiques en Italie. «Quand on applique le droit avec une froideur abstraite et un préjugé idéologique», on produit des «sentences myopes et faussées, parce que le principe de laïcité ne comporte pas une hostilité à l’égard des sentiments religieux», écrit-il jeudi dans le quotidien catholique tessinois «Giornale del Popolo».
La Cour européenne des droits de l’Homme a condamné le 3 novembre l’Italie pour la présence de crucifix dans les salles de classe, jugée contraire au droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions et au droit des enfants à la liberté de religion. «Summum jus, summa iniuria», trop de droit engendre l’injustice… Paraphrasant les anciens, c’est ainsi que Mgr Grampa analyse la décision de la Cour de Strasbourg.
Pour l’évêque de Lugano, laïcité ne veut pas dire agnosticisme ou hostilité envers la religion, car une telle attitude serait à ses yeux un choix de type idéologique face à la neutralité de l’Etat. Mgr Grampa estime que quand le crucifix est placé en dehors d’un lieu de culte, il prend une valeur non pas religieuse mais culturelle, de symbole d’une tradition et de valeurs qui naturellement n’excluent pas l’existence d’autres valeurs. Et de citer, en évoquant les valeurs de tolérance, de respect, de valorisation de la personne, de l’autonomie de la conscience face à l’autorité, la position des évêques suisses à propos de l’initiative populaire contre la construction des minarets en Suisse. C’est là la preuve d’une attitude de bon sens, de tolérance et de respect.
L’évêque de Lugano demande qu’à la place du droit aride et abstrait, on use d’un peu de bon sens pour résoudre certains problèmes de vie en commun et d’intégration. Ainsi, par exemple, poursuit-il, dans le monde du travail d’aujourd’hui, la question ne devrait pas être d’abolir, au nom du droit à l’égalité, les festivités dominicales de type clairement chrétien, mais plutôt de garantir à tous une possibilité de vivre qui ne soit pas contraire leur conviction religieuse.
Mgr Grampa rappelle que les chrétiens n’ont pas aboli les noms païens des jours de la semaine: jour de la lune (du latin lunae dies, ndr), de Mars, de Mercure, de Jupiter, de Vénus, quand ils ont introduit le samedi d’origine juive et le dimanche d’origine chrétienne. «C’est une question de mesure, de tolérance réciproque, d’équilibre et de bon sens pour ne pas déclencher d’inutiles guerres de religion».
Et de citer, pour retourner au crucifix, ce qu’écrivait Natalia Ginzburg, une écrivaine non suspecte de faiblesse cléricale, dans le journal communiste italien «L’Unità» du 22 mars 1998: «Le crucifix est le signe de la douleur humaine. La couronne d’épines, les clous, évoquent ses souffrances. La croix, que nous pensons haute au sommet de la montagne, est le signe de la solitude dans la mort. Je ne connais pas d’autres signes qui donnent avec tant de force le sens de notre destinée humaine. Le crucifix fait partie de l’histoire du monde. Pour les catholiques, Jésus Christ est le fils de Dieu. Pour les non catholiques, il peut être simplement l’image d’un homme qui a été vendu, trahi, martyrisé, et est mort sur la croix par amour de Dieu et du prochain». (apic/gdp/be)
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