Rome: Benoît XVI demande aux artistes de dialoguer avec les croyants

Refus d’une beauté illusoire et fallacieuse

Rome, 21 novembre 2009 (Apic) Benoît XVI a demandé samedi aux artistes contemporains de refuser la beauté «illusoire et fallacieuse, superficielle et aveuglante» de notre époque et de dialoguer avec les croyants. Recevant le 21 novembre, dans la Chapelle Sixtine, au Vatican, quelque 260 artistes de tous les domaines de l’art, en majorité italiens – il y avait aussi parmi eux le célèbre architecte suisse Mario Botta – le pape a assuré que «la foi n’enlève rien» à leur génie et leur art.

Sous les fresques de la Chapelle Sixtine, «sanctuaire de foi et de créativité humaine», le pape a pris la parole devant des peintres, sculpteurs, poètes, musiciens et acteurs, reconnaissant que certains d’entre eux étaient peut-être éloignés des expériences religieuses.

45 ans après la rencontre du pape Paul VI avec le monde de l’art

45 ans après la rencontre du pape Paul VI avec le monde de l’art, cette première rencontre de Benoît XVI avec les artistes contemporains entendait marquer le 10e anniversaire de la Lettre de Jean Paul II aux artistes, le 4 avril 1999.

Notons que seuls une trentaine d’étrangers comme l’architecte tessinois Mario Botta, le réalisateur britannique Peter Greenaway, la pianiste canadienne Angela Hewitt, ou le sculpteur Igor Mitoraj, avaient fait le déplacement à Rome.

Durant moins d’une heure, cette rencontre a été ponctuée par l’exécution par le chœur de la Chapelle Sixtine d’œuvres de Palestrina (1525-1594). Après son discours en italien, Benoît XVI n’a pas personnellement salué les artistes présents parmi lesquels quelques célébrités italiennes comme le chanteur Andrea Bocelli, le compositeur Ennio Morricone, le musicien Richard Cocciante, ou encore l’acteur Raul Bova.

Une beauté séduisante mais hypocrite

En présence des artistes, qualifiés de «gardiens de la beauté», le pape a soutenu que trop souvent, la beauté répandue était «illusoire et fallacieuse, superficielle et aveuglante jusqu’à l’étourdissement». Au lieu de faire sortir les hommes d’eux-mêmes, a-t-il expliqué, cette beauté «les emprisonne en eux-mêmes et les rend encore plus esclaves, privés d’expérience et de joie».

Il s’agit, a encore mis en garde le pape, d’une beauté séduisante mais hypocrite, qui réveille le désir, la volonté de pouvoir, de possession, de violence sur l’autre et qui se transforme, très vite, en son contraire, en adoptant les visages de l’obscénité, de la transgression ou de la provocation. Pour Benoît XVI, «la beauté authentique, au contraire, ouvre le cœur humain à la nostalgie, au désir profond de connaître, d’aimer, d’aller vers l’Autre, vers lui Au-delà de soi».

«Vous avez, grâce à votre talent, la possibilité de parler au cœur de l’humanité, de toucher la sensibilité individuelle et collective, de susciter des rêves et des espoirs, d’élargir les horizons de la connaissance et de l’engagement humain», a encore lancé Benoît XVI aux artistes. «Soyez donc reconnaissants des dons que vous avez reçus et pleinement conscients de votre grande responsabilité de communiquer la beauté, de faire communiquer dans la beauté et à travers la beauté».

La foi n’enlève rien au génie des artistes

«Soyez vous aussi, a encore souhaité le pape, à travers votre art, annonciateurs et témoins d’espérance pour l’humanité. Et n’ayez pas peur de vous confronter avec la source première et dernière de la beauté, de dialoguer avec les croyants».

Et Benoît XVI de rassurer les artistes: «la foi n’enlève rien à votre génie, à votre art, mieux, elle les exalte et les nourrit, elle les encourage à franchir le seuil et à contempler avec des yeux séduits et émus le but ultime et définitif, le soleil qui ne se couche jamais et illumine, qui embelli le présent».

L’époque contemporaine est marquée par un affaiblissement de l’espérance

Le pape a cependant remarqué que l’époque contemporaine était malheureusement marquée, outre les phénomènes négatifs au niveau social et économique, d’un affaiblissement de l’espérance, d’une certaine méfiance dans les relations humaines. Et Benoît XVI de relever qu’il en résultait une augmentation des «signes de résignation, d’agressivité et de désespoir».

«Le monde dans lequel nous vivons, a alors mis en garde le pape, risque de changer de visage à cause de l’œuvre humaine qui n’est pas toujours sage, l’homme qui, plutôt que d’en cultiver la beauté, exploite sans conscience les ressources de la planète au profit d’un petit nombre et en balafre souvent les merveilles naturelles». Pour le pape, c’est l’expérience de la beauté, de la beauté authentique, ni éphémère ni superficielle, qui peut redonner enthousiasme et confiance.

«Nous avons besoin de vous», a répété Benoît XVI en reprenant les propos de Paul VI aux artistes, en mai 1964. Le pape, par ailleurs, a présenté la Chapelle Sixtine comme un «sanctuaire de foi et de créativité humaine», mais aussi comme «un écrin singulier» des évènements qui marquent l’histoire de l’Eglise et de l’humanité. «Ici, a-t-il confié, j’ai vécu moi aussi, avec trépidation et une confiance absolue dans le Seigneur, l’instant inoubliable de mon élection comme successeur de Pierre». (apic/imedia/ami/be)

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