Une spiritualité sans frontières relève du pur fantasme

Lausanne : Conférence de Jean Mouttapa sur «l’incontournable» dialogue interreligieux

Lausanne, 25 novembre 2009 (Apic) Sur invitation du Centre catholique d’études de Lausanne, le Français Jean Mouttapa, chargé du département «spiritualités» aux éditions Albin Michel, s’est exprimé, le soir du 24 novembre sur l’incontournable dialogue interreligieux. Le Français y voit l’unique possibilité pour emmener l’humanité vers une spiritualité universelle tout en réhabilitant les frontières culturelles.

Jean Mouttapa constate qu’à travers l’histoire, la religion a eu tendance à présenter et défendre sa vérité comme universelle et non comme relative. Pour le conférencier, une telle attitude freine toute possibilité de dialogue interreligieux. «Il n’y a pas de dialogue possible quand on pense détenir seul la vérité et que l’autre doit se contenter de l’admettre», note le Français qui trouve que les enjeux derrière cette question sont aussi bien spirituels que politiques. Il donne l’exemple des frontières nationales qui sont devenues poreuses aussi bien dans son pays qu’ailleurs en Occident. «Ce phénomène débouche à des mouvements de populations qui demandent de s’installer chez nous. Même si nous héritons d’une longue culture de tolérance et des droits de l’homme, cela ne va pas sans inquiétudes», relève Jean Mouttapa. En plus des effets liés à la mondialisation tels que le chômage, la délocalisation, l’orateur observe une angoisse grandissante au sein d’une certaine population en Occident. «Malheureusement, regrette-t-il, cette angoisse est vite récupérée par les médias, les publicitaires et certains hommes politiques qui en profitent pour manipuler leurs électeurs».

En conséquence, il se crée une méfiance entre les cultures locales et les cultures venues d’ailleurs. Pendant ce temps, les religions sont suspectées par une certaine opinion publique qui considère qu’elles divisent les hommes. Jean Mouttapa conclut à la nécessité du dialogue entre les religions et plus généralement entre les cultures. «Une nécessité vitale, à l’heure où certains pensent au clash des civilisations dont le 11 septembre 2001 n’aurait été que la fin du début».

Pour le conférencier, il faut un véritable processus de dialogue entre les religions, un laborieux travail de défrichement et de traduction mutuelle. C’est la seule voie capable de nous faire avancer vers un universel respectueux de particularismes culturels. D’après lui, ce dialogue entre les différentes religions ne peut plus se contenter d’être une simple option de la vie spirituelle. Il doit s’imposer comme une des données centrales de l’expérience même de la compréhension mutuelle.

Aller au-delà de la dimension diplomatique

Si Jean Mouttapa apprécie certaines initiatives comme les rencontres interreligieuses de prière pour la paix inaugurées à Assise par Jean Paul II en 1986, il fustige leur côté spectaculaire. Ces rassemblements doivent aller au-delà de la dimension diplomatique entre dignitaires religieux. «Souvent, ces rencontres cachent l’iceberg ignoré par les traditions religieuses alors que c’est ce dernier qui devrait servir de pont», regrette-t-il. S’il prône une grande attention à l’angoisse de ceux qui sont heurtés par les traditions musulmanes en Europe par exemple, il met en garde les politiciens qui en profitent pour en faire de la récupération à des fins électoralistes.

Tout en encourageant le vrai dialogue interreligieux, Jean Mouttapa s’inscrit en faux contre toute assimilation. «Rêver l’autre, c’est le nier», souligne-t-il. Par cette approche, il critique par exemple ce qu’il appelle une forme d’orientalisme de la part de certains Occidenatux. Et de pointer du doigt les écrivains Mircea Eliade et Alain Daniélou. Ces deux plumes ont éprouvé une fascination pour l’Inde et le système des castes qu’ils ont associé à l’ordre naturel oublié par les Occidentaux. Or, ce sont des systèmes qui ont été dénoncés au sein même du bouddhisme. Pour le conférencier, pareille attitude ne peut pas être bénéfique au dialogue culturel car l’autre n’est pas reconnu dans sa dynamique propre. «Il faut préserver et réhabiliter les frontières», lance-t-il en ajoutant qu’il faut aussi les traverser si, seulement si, c’est nécessaire.

Jean Mouttapa est l’auteur de «Religions en dialogue», Paris, Albin Michel, 2002, 310 p

(apic/dng/bb)

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