Une votation qui échauffe les esprits depuis pas mal de temps
Genève, 26 novembre 2009 (Apic) Bien que la Suisse compte plus de 300’000 musulmans et près de 150 mosquées, il n’y a au total que quatre minarets dans le pays. Le 29 novembre, les électeurs suisses devront se prononcer sur l’ajout d’une phrase dans la Constitution fédérale: « La construction de minarets est interdite. » Le débat sur le référendum suscite depuis des mois un débat passionné sur l’islam dans les réunions municipales et les médias.
Les partisans de l’interdiction des minarets affirment qu’il s’agit d’un « symbole de pouvoir politique » dans un pays principalement chrétien et que la construction de minarets n’est pas une exigence théologique de l’islam.
Des appels au rejet de l’initiative sur l’interdiction des minarets ont été lancés par des responsables protestants et catholiques romains, des représentants des principales religions, la plupart des partis politiques représentés au gouvernement fédéral et Amnesty International.
Après le christianisme, auquel adhèrent 76 % des 7,6 millions d’habitants de la Suisse, l’islam est la deuxième religion du pays, 4,5 % de la population se disant musulmans.
Des référendums sont régulièrement organisés en Suisse pour modifier la Constitution ou les lois. Ces votations peuvent avoir lieu aux niveaux fédéral, cantonal ou local et sont considérées comme un élément clé du système de démocratie directe cher à la Suisse.
C’est l’Union démocratique du centre (UDC), un parti d’extrême droite s’opposant à l’immigration dans le pays, qui est le fer de lance de l’initiative contre les minarets.
Bien que les électeurs interrogés dans la rue indiquent qu’ils vont se prononcer contre l’interdiction des minarets, un sondage commandité par la société suisse de radiodiffusion SRG SSR idée suisse révèle qu’après une campagne acharnée, les partisans de l’interdiction gagnent du terrain.
La société publique de radiodiffusion a indiqué le 19 novembre qu’un nouveau sondage prévoit que 53 % des électeurs voteront contre l’interdiction des minarets.
« Le sondage indique une majorité de ›non’, mais la tendance est au ›oui’ », a déclaré Claude Longchamp, de l’institut de sondage GFS Bern, sur les ondes de World Radio Switzerland, qui appartient à SRG SSR idée suisse. « Cela signifie que le oui progresse, mais qu’il reste dans la minorité. » Il a souligné que la plupart des électeurs indécis sont des gens sans affiliation politique qui se sont toutefois « mobilisés en raison de la campagne. »
Nicola Duckworth, à la tête du programme d’Amnesty International pour l’Europe et l’Asie centrale, a déclaré dans un communiqué : « Contrairement aux affirmations des initiateurs du référendum, une interdiction générale de la construction de minarets contreviendrait au droit des musulmans de Suisse à manifester leur religion. »
Nicola Duckworth a ajouté : « Une interdiction de la construction de minarets tout en autorisant, par exemple, la construction de flèches d’églises, constituerait une discrimination sur la base de la religion. »
Les affiches de l’UDC pour la campagne sur l’interdiction des minarets ont déclenché la colère des musulmans. On y voit une femme recouverte d’une burqa avec en fond un drapeau suisse hérissé de minarets et le mot « Stop » écrit en lettres noires.
Des villes importantes comme Bâle, Fribourg, Lausanne et Neuchâtel ont interdit l’affichage de ces posters dans les lieux publics. Zurich et Genève, les deux plus grandes villes de Suisse, ne s’y sont toutefois pas opposées.
Pour les partisans d’une interdiction des minarets, l’islam est synonyme de répression des femmes, de mariage forcé et de diffusion de la charia, la loi islamique, sur le territoire suisse.
En septembre, le Conseil suisse des religions, qui regroupe des leaders de tradition juive, chrétienne et musulmane, avait publié un communiqué rejetant l’interdiction de la construction de minarets. (apic/eni/js)
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