Rome: Le Vatican déplore l’écart entre vie des réfugiés et engagements politiques

Le Saint-Siège interpelle la Suisse sur les minarets

Rome, 27 novembre 2009 (Apic) Le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement s’est élevé, le 27 novembre, contre l’écart entre les politiques mises en œuvre en faveur des jeunes réfugiés et la réalité de leur vie quotidienne, faite de «racisme», de «stéréotypes» et de «ségrégations». C’est ce qui se dégageait des discours tenus par Mgr Agostino Marchetto et Mgr Novatus Rugambwa, respectivement secrétaire et sous-secrétaire de ce dicastère, lors de la présentation Message de Benoît XVI pour la 96e Journée mondiale du migrant et du réfugié sur le thème des ›migrants et réfugiés mineurs’.

Par la suite, le président du Conseil en charge des migrants, Mgr Antonio Maria Vegliò, a indiqué que l’on ne pouvait «nier la liberté religieuse d’une minorité», en référence à la question de la construction de minarets qui agite particulièrement la Suisse à quelques jours d’un vote décisif en la matière.

Racisme

Mgr Marchetto a ainsi fait part de sa «peine profonde» de devoir constater que «les membres de la société civile agissent et réagissent face à l’arrivée des réfugiés» par «des stéréotypes, des idées préconçues et des préjugés», tandis que «les politiques officielles visent au meilleur intérêt des mineurs». Cet écart «entre les objectifs formulés et la réalité pratique quotidienne» existe dans de nombreux pays, a constaté le secrétaire du conseil pontifical en charge des migrants, lassé de voir «de nombreux jeunes réfugiés (…) limités dans l’exercice de leurs droits».

Dénonçant un «comportement de discrimination, de xénophobie, voire de racisme», le haut prélat a alors appelé les gouvernements des pays d’accueil à engager «des politiques capables de sauvegarder, renforcer et protéger les droits des réfugiés».

Mgr Rugambwa s’est penché pour sa part sur les «restrictions institutionnelles» qui «barrent le chemin de l’instruction» des jeunes migrants et réfugiés, alors que la formation constitue un bon moyen d’intégration. Au niveau de la communauté civile, le haut prélat a également mis en garde contre «les tendances à la ségrégation au sein de l’école».

La Suisse épinglée sur les minarets

Les sujets abordés au cours de cette conférence ont ensuite dépassé le simple cadre des réfugiés. Ainsi, le président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, Mgr Vegliò, a été interpellé par la presse italienne sur le projet d’interdire la construction de minarets en Suisse, qui fera l’objet d’une votation le 29 novembre. «Je suis en faveur de l’ouverture, je ne vois pas comment on pourrait interdire un groupe de personnes de construire leur église», a déclaré le haut prélat, conscient malgré tout du «sentiment de peur et d’aversion» des Suisses «du fait de l’absence de réciprocité». Cependant, a ajouté Mgr Vegliò, «le chrétien doit dépasser ce problème», car «on ne peut nier la liberté religieuse d’une minorité».

Bien que la Suisse compte plus de 300’000 musulmans et près de 150 mosquées, il n’existe au total que 4 minarets dans le pays.

Encadré:

Benoît XVI dénonce l’exploitation des mineurs réfugiés

Benoît XVI met en garde contre «l’exploitation» des migrants les plus jeunes, qu’une «action ponctuelle» ne suffit pas à protéger, dans son Message pour la 96e Journée mondiale du migrant et du réfugié. Célébrée le 17 janvier 2010, cette journée portera sur le thème des ›migrants et réfugiés mineurs’. Dans ce message publié le 27 novembre en 7 langues, le pape invite aussi les chrétiens à annoncer «l’Evangile de la solidarité».

Dans un texte court, Benoît XVI rappelle que «le migrant est une personne humaine avec des droits fondamentaux inaliénables, qui doivent toujours être respectés par tous». Dans le cas des jeunes, poursuit le pape, la Convention internationale relative aux droits de l’enfant de 1989 «affirme clairement qu’il faut toujours protéger l’intérêt du mineur» dont les droits fondamentaux doivent être reconnus «au même titre que l’adulte». «Malheureusement, regrette Benoît XVI, dans la réalité, cela n’est pas toujours le cas». En effet, constate-t-il, alors que l’opinion publique se concentre davantage sur «la nécessité d’une action ponctuelle et incisive pour protéger les mineurs», dans les faits, «un grand nombre d’entre eux sont laissés à l’abandon et se retrouvent de diverses façons exposés au risque de l’exploitation».

Face à cette situation, le pape souhaite vivement que «l’on réserve la juste attention aux migrants mineurs». Ces derniers ont en effet besoin «d’un milieu social qui permette et favorise leur développement physique, culturel, spirituel et moral». Dans son message, le souverain pontife s’adresse ensuite «à tous les chrétiens», qu’il invite «à prendre conscience du défi social et pastoral» que représente la condition des mineurs migrants et réfugiés. Si les fidèles doivent intervenir de façon concrète, estime Benoît XVI, leur action doit «se nourrir avant tout de foi dans l’action de la grâce et de la Providence divine». De cette façon, explique le pape, «l’accueil» et «la solidarité» envers ces enfants «devient également annonce de l’Evangile de la solidarité». (apic/imedia/cp/bb)

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