Une menace pour la paix religieuse
Zurich/Genève, 3 décembre 2009 (Apic) Si elles respectent le résultat de la votation sur l’initiative anti-minarets de dimanche dernier, deux importantes organisations juives suisses déplorent toutefois l’issue de cette votation. Dans un communiqué conjoint, la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) et la Plateforme des Juifs Libéraux de Suisse (PJLS) expriment leur déception et disent craindre que ce résultat ne conduise à une polarisation dans notre société et une menace pour la paix religieuse.
«L’acceptation de l’initiative porte atteinte à la liberté de religion», affirment dans un communiqué les deux organisations faîtières juives. «Les initiateurs et les cercles qui leur sont proches pourraient saisir l’occasion offerte par le résultat de la votation pour entreprendre d’autres démarches conduisant à une limitation de la liberté de religions. Il faut s’opposer fermement à de telles démarches».
La modification de la Constitution ainsi acceptée ne résout aucun problème, estiment de concert la FSCI et la PJLS, «en particulier pas ceux qui ont provoqué dans la population un sentiment de peur et d’insécurité». Ces problèmes doivent être abordés dans un dialogue politique et interreligieux sérieux fondé sur les valeurs et l’ordre de l’état de droit en vigueur en Suisse, estime-t-elles.
Pour Herbert Winter, président de la Fédération Suisse des Communautés Israélites, «l’acceptation de cette initiative n’a certainement résolu aucun des problèmes qui existent dans notre pays». Répondant aux questions de la CICAD (Coordination Intercommunautaire Contre l’Antisémitisme et la Diffamation), Herbert Winter s’est dit surpris, en particulier par le haut pourcentage de «oui». «Cela montre qu’une grande partie de la population suisse a des sentiments de peur et d’insécurité. Ce résultat n’a pas seulement à voir avec l’islam lui-même et avec la peur de ’l’islamisation’, mais aussi avec un certain nombre d’autres problèmes tels que la situation économique, l’immigration, la crise libyenne, la crise du secret bancaire…»
Le président de la FSCI estime – comme l’ont d’ailleurs également souligné les jésuites de Suisse, victimes eux aussi dans le passé de lois d’exception – que la Constitution suisse contient à présent un nouvel article qui viole clairement la liberté religieuse. «Notre crainte est que certains cercles pourraient être encouragés à proposer de nouvelles initiatives qui iraient dans la même direction et pourraient également affecter d’autres religions».
L’acceptation de cette initiative, souligne le président de la FSCI, n’a certainement résolu aucun des problèmes qui existent en Suisse. «Le pays doit faire face à ces problèmes de manière sérieuse et non par le bais de telles initiatives». Herbert Winter, qui fait partie du Conseil suisse des religions (SCR), souhaite encore renforcer le dialogue interreligieux, «qui est le meilleur moyen de connaître l’autre et de réduire les craintes, les préjugés et les discriminations».
Mais le débat est désormais bien lancé et risque de déraper: après avoir demandé l’interdiction de la burqa, le voile intégral porté par certains musulmans, juste après le vote sur l’interdiction des minarets, le président du Parti démocrate-chrétien suisse (PDC) Christophe Darbellay a pris les cimetières religieux dans le collimateur. S’il vise en premier lieu les cimetières musulmans, il se défend de vouloir interdire les cimetières juifs.
Dans une interview accordée jeudi 3 décembre au quotidien «Le Matin», il dit ne pas s’imaginer «que dans ce pays, pour chaque religion, chaque secte ou confession, on fasse un cimetière séparé dans chaque village. Cela ne serait plus gérable si nous faisions de nouvelles exceptions. Les communes sont responsables de ces décisions et le principe veut en général que l’on ne fasse pas de distinction d’origine ou de religion». (apic/cicad/com/be)
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