Jérusalem: Appel de chrétiens palestiniens en faveur de la fin de l’occupation

Le vide des promesses et des déclarations sur la paix dans la région

Jérusalem, 11 décembre 2009 (Apic) Un groupe de chrétiens palestiniens représentant diverses Eglises et organisations d’Eglise ont lancé un vibrant appel en vue de la fin de l’occupation de la Palestine par Israël. Le message, signé d’éminentes personnalités, a été publié lors d’une réunion qui s’est tenue le 11 décembre à Bethléem. Il intervient alors que de nombreux Palestiniens ont le sentiment de se trouver dans une impasse.

L’appel, relayé par le COE; interpelle la communauté internationale, les responsables politiques de la région et les Eglises du monde entier sur leur rôle dans l’aspiration à la liberté du peuple palestinien. Même «au milieu de ce tumulte», l’appel se veut une parole de foi, d’espérance et d’amour. Intitulé «Un moment de vérité», le message fait écho à une démarche similaire engagée par les Eglises sud-africaines au milieu des années 1980, au paroxysme de la répression sous le régime d’apartheid. Cet appel avait permis de galvaniser les Eglises et l’opinion publique à travers un effort concerté qui avait fini par entraîner la chute de l’apartheid.

Parmi les auteurs se trouvent le patriarche émérite Michel Sabbah, du Patriarcat latin de Jérusalem, l’évêque luthérien de Jérusalem Munib Younan et l’archevêque Theodosios Atallah Hanna de Sebastia, du Patriarcat orthodoxe grec de Jérusalem. Ils interpellent les responsables politiques des sociétés palestinienne et israélienne, la communauté internationale et leurs «frères et sœurs dans nos Eglises» dans le monde sur la nécessité urgente d’une paix accompagnée de justice.

Des promesses creuses

Exprimant leur douleur, les signataires dénoncent le vide des promesses et des déclarations sur la paix dans la région. Ils attirent l’attention du monde sur le mur de séparation érigé en territoire palestinien, le blocus de Gaza, les ravages causés à leurs terres par les colonies israéliennes, l’humiliation aux points de contrôle, les restrictions en matière de liberté religieuse et le contrôle des accès aux lieux saints, le sort des réfugiés attendant leur droit au retour et des prisonniers croupissant dans les prisons israéliennes, le mépris manifeste d’Israël pour le droit international ainsi que la paralysie de la communauté internationale face à cette tragédie.

Rejetant l’argument de la légitime défense avancé par Israël pour justifier ses agissements, ils déclarent sans ambiguïté que s’il n’y avait pas d’occupation, «il n’y aurait pas de résistance; il n’y aurait eu non plus ni peur ni insécurité.» Selon eux, «Dieu nous a créés non pour que nous nous disputions et nous affrontions,» mais pour «édifier ensemble cette terre, par notre amour et notre respect mutuel.» Ils ajoutent croire que leur terre «a une vocation universelle» et affirment que «la promesse de la terre ne fut jamais un titre d’appropriation politique. Elle est plutôt une introduction au salut universel». Par ailleurs, le «lien avec cette terre est une question existentielle. Ce n’est pas seulement une question d’idéologie ou de théorie théologique», disent-ils. En outre, ils rejettent toute utilisation de la Bible pour légitimer ou soutenir des choix et des positions politiques qui se fondent sur l’injustice.

L’occupation: un péché contre Dieu et l’humanité

Qualifiant l’occupation des terres palestiniennes de péché à l’encontre de Dieu et de l’humanité, ils s’accrochent fermement aux signes d’espoir, tels que les «centres locaux de théologie» et les «nombreux dialogues interreligieux», affirmant que ces signes apportent de l’espoir à la résistance à l’occupation. Dans une approche pacifique, la résistance est autant un droit qu’un devoir, car elle a la capacité de hâter le moment de la réconciliation.

Le groupe affirme que le moment présent exige de se repentir pour les actions passées – soit pour avoir recouru à la haine en tant qu’instrument de résistance, soit en s’étant montré indifférent ou en ayant vu la situation à travers le prisme de positions théologiques erronées – et appelle la communauté internationale et les Palestiniens à faire preuve de fermeté en cette période de jugement.

Ils concluent avec émotion: «En l’absence de tout espoir, nous faisons entendre aujourd’hui notre cri d’espoir. Nous croyons en un Dieu bon et juste. Nous croyons que sa bonté finira par triompher sur le mal de la haine et de la mort qui règnent encore sur notre terre. Et nous finirons par entrevoir une ›terre nouvelle’ et un ›homme nouveau’, capable de s’élever par son esprit jusqu’à l’amour de tous ses frères et sœurs qui habitent cette terre.»

Les auteurs sont le patriarche Michel Sabbah, l’évêque Munib Younan, l’archevêque Theodosios Atallah Hanna, le Père Jamal Khader, le Père Rafiq Khoury, le pasteur Mitri Raheb, le prêtre anglican Naim Ateek, le pasteur Yohana Katanacho, le prêtre anglican Fadi Diab, Jiries Khoury, Sider Daibes, Nora Kort, Lucy Thaljieh, Nidal Abu Zulof, Yusef Daher, et le coordinateur de l’initiative Rifat Kassis. (apic/coe/bb)

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