Sénégal : Propos «humiliants, blessants» du président Abdoulaye Wade contre l’Eglise

Le cardinal Théodore Adrien Sarr prend acte de ses «regrets» du 31 décembre

Dakar, 4 janvier 2010 (Apic) L’archevêque de Dakar, le cardinal Théodore Adrien Sarr, a « pris acte des regrets» du président Abdoulaye Wade, exprimés le 31 décembre 2009, dans son message de vœux à la nation. Il y a une semaine, le chef de l’Etat sénégalais déclarait que «dans les églises, on prie Jésus qui n’est pas Dieu.»

Le cardinal Sarr et la communauté chrétienne du Sénégal ont violemment réagi à ces propos «excessifs, blessants et humiliants» pour la foi chrétienne. L’Eglise et les parties d’opposition du Sénégal ont alors exigé du président Wade, des «excuses» publiques, rejetant ses «excuses verbales» présentées d’abord au téléphone par le président, lors d’un entretien avec le cardinal Sarr, puis par une délégation gouvernementale conduite par le fils du président, Karim Wade, ministre d’Etat, ministre des transports aériens et des infrastructures.

«Si la compréhension de mes propos a pu offenser certains membres de la communauté chrétienne, je suis le premier à le regretter», a déclaré le président dans son traditionnel message de nouvel an.

En réponse, l’archevêque de Dakar a indiqué, dans un communiqué, en date du 2 janvier 2010, avoir «pris acte du regret exprimé» par le chef de l’Etat, tout en rappelant qu’il «n’existe aucun conflit entre les différentes confessions religieuses au Sénégal».

«Le dialogue islamo-chrétien au Sénégal va au-delà de la tolérance si facilement galvaudée», a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il est «l’un des fondements de la belle unité qui caractérise notre pays, tout simplement parce qu’il constitue une réalité du vécu quotidien séculaire de la communauté nationale». «Les Sénégalais vivent dans l’estime mutuelle, dans le respect des convictions religieuses de tous et de chacun, dans une communion solidaire», a encore écrit le chef de l’Eglise catholique du Sénégal. «C’est pourquoi, a-t-il fait remarquer, seule la cohabitation pacifique des différentes communautés religieuses sera le garant de la sécurité de tous et de chacun », a poursuivi l’archevêque.

Le dialogue islamo-chrétien est l’un des fondements du Sénégal

Le cardinal Théodore Adrien Sarr a réaffirmé «le oui de l’Eglise au service de la justice, de la réconciliation et de la paix». Il a cependant déploré les dégâts causés à l’intérieur de la cathédrale de Dakar, à la suite des affrontements entre jeunes chrétiens et forces de l’ordre de l’ordre, le mercredi 30 décembre 2009, après un rassemblement catholique durant lequel il a délivré sa réplique aux propos du président Wade. Il a réitéré son appel «à la sérénité et au calme», faisant observer que «la violence ne saurait être une réponse à une quelconque agression, aussi virulente, soit-elle».

Le chef de l’Eglise catholique du Sénégal a rappelé qu’il a reçu, après le rassemblement catholique, qui était une cérémonie de présentation des vœux de ses fidèles, une délégation gouvernementale composée de plusieurs ministres, «venue présenter les excuses du chef de l’Etat». Il a eu, dans la même soirée, un entretien avec le nonce apostolique, représentant le pape Benoît XVI au Sénégal, puis, le lendemain, une délégation d’une coalition de partis politiques de l’opposition sénégalaise, ainsi que plusieurs autres personnalités politiques, diplomatiques, civiles et religieuses. A tous ces hôtes, il a indiqué que son message du 30 décembre était «basé uniquement sur des paroles prononcées par le chef de l’Etat et non sur les reportages et commentaires de la presse». «Il ne peut donc s’agir ni de manipulation, ni d’instrumentalisation d’où qu’elles proviennent, car l’une des missions de Eglise, c’est d’être au service de la vérité», a-t-il expliqué. (apic/ibc/js)

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