Benoît XVI doit s’engager au ›respect’ dans le dialogue avec les juifs
Rome, 13 janvier 2010 (Apic) Le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, espère que lors de sa première visite à la synagogue de Rome, le 17 janvier, Benoît XVI s’engagera à la poursuite du «dialogue» entre juifs et catholiques. Dans une interview accordée à I.MEDIA, il a aussi confié que la théologie de Joseph Ratzinger était «compliquée» et comportait «quelques points problématiques», saluant néanmoins son «profond respect des racines juives du christianisme».
Par l’entremise de son secrétaire d’Etat, le pape vient pour sa part de souhaiter dans un message adressé au grand rabbin que sa visite fera grandir «la fraternité entre les juifs et les catholiques» et constituera «une nouvelle étape sur le chemin irrévocable de concorde et d’amitié» entre les croyants des deux religions.
A l’approche de la visite de Benoît XVI, le rabbin Di Segni reçoit dans son bureau de l’immense bâtiment de style 1900 et autour duquel les préparatifs vont bon train. Des jardiniers nettoient les alentours du lieu de culte et les réunions de sécurité se succèdent. Riccardo Di Segni, médecin radiologue de 60 ans, barbe et cheveux poivre et sel, ne semble pas enclin à parler des sujets qui fâchent alors que Benoît XVI franchira pour la première fois le seuil de sa synagogue dans l’après-midi du 17 janvier. Il répond à la fois avec finesse et prudence aux questions, avec une pointe d’accent romain.
I.MEDIA: C’est la 3e fois que Benoît XVI visite une synagogue, ce n’est pas rien! Alors pourquoi cette visite dans une synagogue située de l’autre côté du Tibre, à moins de 3 kilomètres du Vatican à vol d’oiseau, est-elle jugée particulièrement importante?
Rabbin Di Segni: Les juifs sont à Rome depuis 22 siècles, et ils font face aux chrétiens depuis 20 siècles. Il s’est toujours agi d’un rapport très compliqué et difficile. La visite de Jean Paul II (le 13 avril 1986, ndlr) a marqué une révolution dans ces rapports car le pape avait montré que les juifs passaient de sujets à peine tolérés à des personnes dignes de respect, et que le rapport devait être empreint de ce respect. Aujourd’hui, la visite de Benoît XVI est importante car, au regard du chemin déjà parcouru, ce pape confirme que le rapport s’établit sur les mêmes bases.
I.MEDIA: Quelles paroles attendez-vous plus particulièrement de la part de Benoît XVI?
Rabbin Di Segni: J’attends un engagement sérieux du pape à aller de l’avant dans le respect en cherchant de comprendre les positions et la sensibilité de l’autre, j’attends qu’il s’engage à continuer le dialogue.
I.MEDIA: Les rapports entre juifs et catholiques, depuis le début du pontificat de Benoît XVI, sont marqués par des difficultés comme la prière du Vendredi saint pour la conversion des juifs, ›l’affaire Williamson’ ou l’avancée du processus de béatification de Pie XII. Pour autant, il semble que le pape théologien soit plus proche du peuple juif que son prédécesseur?
Rabbin Di Segni: C’est vrai. Si le théologien Ratzinger a une théologie compliquée, il y a de la place dans cette théologie pour un profond respect des racines juives du christianisme. Ce n’est pas fréquent, surtout dans la pensée moderne des Eglises en général. Ratzinger, sur ce point, est très ouvert à la discussion avec la tradition juive, qu’elle soit ancienne ou récente. Sa théologie à l’égard des juifs possède malheureusement quelques points problématiques comme les questions du salut, de la vérité, de la conversion ou de l’accomplissement. Ce sont de problèmes qui ne peuvent pas nous remplir d’enthousiasme.
I.MEDIA: Après plusieurs ›affaires’, cette visite est-elle alors le signe de la reprise du dialogue?
Rabbin Di Segni: Le dialogue n’a jamais été interrompu. Comme disent les diplomates, il s’est transformé en un dialogue très franc. En effet, on a parlé très âprement, mais on a toujours discuté.
I.MEDIA: Avant même d’arriver à la synagogue, Benoît XVI s’arrêtera devant la plaque qui fait mémoire, à l’entrée du Ghetto, de la déportation de milliers de juifs par les soldats nazis en 1943. Quel est le sens de cette étape à vos yeux ?
Rabbin Di Segni: Il est important que le pape s’y arrête. Ce n’était pas un passage obligé. Il faudra voir comment cette étape se déroule et quel relief lui est donné.
(apic/imedia/ami/bb)
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