Rome: Les juifs de Rome attendent la visite de Benoît XVI à la synagogue de Rome

Entre tensions et polémiques: la question de Pie XII planera sur la rencontre

Rome, 17 janvier 2010 (Apic) Benoît XVI se rendra dimanche en fin d’après-midi à la synagogue de Rome pour une visite à la communauté juive de Rome. Plus ancienne d’Europe, cette communauté entretient des relations singulières avec la papauté voire ambiguë.

Le paradoxe de l’invitation faite, il y a plusieurs mois, à Benoît XVI, se lit dans les pages de son mensuel Pages juives de décembre 2009, relève La Croix. En ouverture, l’éditorialiste affirme que cette visite devrait marquer une nouvelle étape du dialogue entre le monde juif et le monde chrétien. Alors qu’en qu’en pages intérieures, Michelle Sarfatti, directeur du Centre de documentation juive contemporaine (Milan), s’interroge sur la véritable nature du fameux message de Noël radiodiffusé par Pie XII le 24 décembre 1942.

Cette tension a été ravivée par l’annonce de la possible béatification de Pie XII. Le directeur du futur musée de la Shoah à Rome, Marcello Pezzetti s’interroge : « Pourquoi ? Pourquoi Benoît XVI a-t-il fait ce geste un mois avant sa visite dans notre synagogue ? Nous comprenons bien qu’il s’agit avant tout d’une question interne à l’Église. Mais pourquoi à ce moment-là ?

Le président des rabbins italiens boycottera pour sa part la visite de Benoît XVI à la synagogue de Rome. Il se dit convaincu que «rien de positif» ne sortira de la première visite de Benoît XVI à la synagogue de Rome. Giuseppe Laras, président de l´Assemblée rabbinique italienne, a ainsi décidé de ne pas participer à l´événement.

Dans une interview publiée le 14 janvier dans l´hebdomadaire allemand Judische Allgemeine, le président des rabbins de la péninsule a en outre demandé «un éclaircissement plus significatif» de l´Eglise catholique sur «l´héroïcité présumée» de Pie XII.

A quelques jours de la visite très attendue du pape allemand dans le temple juif de Rome, le rabbin Laras confiait ainsi que, selon lui, «rien de positif, ni pour le dialogue entre juifs et catholiques, ni pour le monde juif en général», ne pourrait sortir de cette rencontre, et que seule «l´Eglise» pourrait «en tirer profit».

Dans cette interview, le représentant juif explique aussi que l´initiative de cette visite revient «unilatéralement» au grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni. Interpellé par la presse italienne dans l´après-midi du 14 janvier 2010, ce dernier a affirmé respecter «les différentes opinions» et respecter «le rabbin Laras pour son histoire et sa doctrine». Cependant, a prévenu le président de la Communauté juive de Rome, «seul le temps donnera raison à l´une ou à l´autre des deux visions opposées».

Le président des rabbins italiens, s´il estime qu´annuler la visite après le geste de Benoît XVI en faveur de Pie XII, en décembre dernier, aurait été «inconvenant», confie en outre qu´il aurait été nécessaire de demander «un éclaircissement plus significatif de l´Eglise catholique sur ›l´héroïcité´ présumée de Pie XII».

Considérant que la note explicative publiée en décembre par le père Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, «n´éclaircit rien», le rabbin Laras indique dans le Judische Allgemeine qu´il a «décidé de ne pas prendre part à la visite du pape à la synagogue de Rome».

Confiant encore qu´il n´a pas été consulté sur l´opportunité de cette visite, le rabbin Laras affirme que «l´ouverture des archives du Vatican pourrait sans doute apporter des éclaircissements sur la figure discutée et controversée de Pie XII».

Le rapport «fraternel» entre juifs et catholiques «s´est affaibli peu à peu» au fil du pontificat de Benoît XVI, juge encore le président des rabbins italiens, prenant pour preuve «les ›incidents´ qui se sont répétés ces dernières années et sont l´oeuvre du pontife actuel». Et de citer : «la question de l´Oremus (la prière pour la conversion des juifs, ndlr), la levée de l´excommunication de l´évêque lefebvriste Mgr Williamson – un négationniste qui ne s´est pas repenti -, les éloges à l´égard de Pie IX et Pie XII, etc».

De son côté, le Vatican souligne l’action du pape pour rapprocher juifs et chrétiens. Peu de catholiques «ont fait autant que Joseph Ratzinger pour rapprocher juifs et chrétiens», affirme l’OR, le quotidien du Vatican samedi, à la veille d’une visite du pape à la synagogue de Rome, qui a suscité la polémique après son pas en avant sur la béatification de Pie XII.

«Il y a peu de catholiques du XXe siècle, qui ont fait autant que Joseph Ratzinger – comme théologue, évêque, responsable de l’organisme gardien de la doctrine catholique (la Congrégation pour la doctrine de la foi, NDLR) et à présent comme pape – pour rapprocher juifs et chrétiens», affirme Giovanni Maria Vian, directeur de l’Osservatore romano, dans un article intitulé: «Une visite historique (mais aussi normale)».

Le journaliste souligne que Benoît XVI avait rappelé son action en ce sens «presque avec indignation» dans sa lettre aux évêques après la polémique née de la levée de l’excommunication de l’évêque intégriste négationniste Richard Williamson fin janvier 2009. Il y soulignait «tous les pas en avant de réconciliation entre juifs et chrétiens faits à partir du concile» Vatican II, «pas dont la promotion depuis le début avait été un objectif de (son) travail théologique personnel».

Des responsables juifs ont mis en doute l’opportunité de la visite de Benoît XVI à la synagogue de Rome dimanche après sa décision, le 19 décembre, d’octroyer à Pie XII, accusé d’avoir gardé le silence face à la Shoah, le statut de «vénérable», dernier pas avant la béatification. (apic/arch/pr)

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