" Il y a toujours des barrières à dépasser «

Valais: « Semaine de prière pour l’unité des chrétiens »

Martigny, 20 janvier 2010 (Apic) Traditionnellement célébrée entre le 18 et le 25 janvier (dans l’hémisphère Nord) ou à la Pentecôte (dans l’hémisphère Sud), la « Semaine de prière pour l’unité des chrétiens » mobilise d’innombrables paroisses et communautés aux quatre coins du monde. Au cours de cette semaine, des chrétiens de différentes familles confessionnelles se rassemblent et prient ensemble à l’occasion de célébrations œcuméniques spéciales. Interview du pasteur Pierre Boismorand, de la paroisse réformée de Martigny et environs.

Rencontré par l’Apic, le pasteur Pierre Boismorand, théologien de formation, décrit ce que devrait être, pastoralement et doctrinalement, l’unité des chrétiens. Il évalue les avancées de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux des Eglises chrétiennes du Valais – catholique et protestantes – et relève les grands défis auxquels celles-ci sont confrontées.

Apic: Dans un pays traditionnellement catholique, comme le Valais, que représente pour vous la semaine de l’unité des chrétiens ?

Pierre Boismorand: Pour nous, chrétiens protestants, la « Semaine de prières pour l’unité des chrétiens » est une occasion qui nous est offerte pour protester contre toutes sorte d’exclusion et témoigner pour un dialogue franc et le respect entre les personnes. Dans la diversité de croyances et d’opinions, le dialogue sincère est une des voies pour cultiver l’entente entre les gens. Il permet l’ouverture et la connaissance de l’un à l’autre. C’est par le dialogue que l’on peut dépasser nos méconnaissances de l’autre et tisser les liens d’amitié et de fraternité, voire entrer en profonde communion avec lui.

L’année 2009, celle des 500 ans de Jean Calvin, a été pour nous, ses héritiers, dans nos diversités, une occasion de nous rapprocher les uns des autres et de nous rappeler l’importance du dialogue. Il en est de même pour cette Semaine dédiée à la prière pour l’unité des chrétiens. Celle-là s’intègre donc dans la vie de nos paroisses, de nos Eglises et des chrétiens. Elle une occasion offerte aux chrétiens de prendre conscience, une fois par année au moins, qu’il existe des manières très diverses d’adorer Dieu.

Apic: Que peut-on dire des relations entre l’Eglise catholique et les Eglises protestantes réformées du Valais ?

Pierre Boismorand: Nos relations sont saines et fraternelles. Nous nous entendons bien et collaborons dans le respect mutuel. L’unité entre chrétiens catholiques et protestants en Valais est active. A Martigny où j’officie, les chrétiens réformés et catholiques collaborent beaucoup. Ils organisent ensemble des voyages – dont récemment un voyage au Maroc -, des catéchèses extrascolaires pour les enfants… Les enfants des « foyers interconfessionnels » suivent ensemble une double catéchèse: catéchèse catholique et protestante.

De nombreuses rencontres interculturelles et interconfessionnelles extra-catéchétiques s’organisent souvent en leur faveur. Et nous aimerions que de telles rencontres s’instaurent aussi entre adultes. Nous lançons un appel et invitons nos chrétiens, catholiques et réformés, à y réfléchir.

Apic: Les ›’foyers interconfessionnels », de quoi s’agit-il ?

Pierre Boismorand: Le groupe des ›’foyers interconfessionnels » est un réseau de familles multiconfessionnelles basé à Martigny – constitué majoritairement de catholiques et de protestants – qui ont souhaité que leurs enfants suivent alternativement la catéchèse catholique et protestante. C’est un pas en avant sur le plan de l’éducation à l’œcuménisme: ces enfants constituent l’Eglise et la société de demain. Ils sont le ferment et les porte-flambeaux de l’unité de nos Eglises. Il s’agit là d’une avancée significative vers la théologie pratique œcuménique de « ut unum sint », ›’qu’ils soient un ».

En plus de cela, pendant la « Semaine de prières pour l’unité des chrétiens », nous avons l’habitude de procéder à un « échange de chaire » entre pasteurs réformés et prêtres catholiques, à savoir la prédication d’un prêtre catholique aux chrétiens réformés et celle d’un pasteur réformé aux chrétiens catholiques.

Apic: A vous entendre, l’œcuménisme va donc de soi en Valais ?

Pierre Boismorand: Affirmer qu’il se réalise sans heurts serait exagéré. Sur le plan pastoral et doctrinal, voire même social, il y a toujours des barrières à dépasser. Certaines Eglises ont encore un esprit de repli sur soi et de fermeture. Mais nous nous efforçons de faire tomber ces murs.

Apic: Lorsqu’on parle d’œcuménisme, on fait référence exclusivement aux catholiques et protestants. Pourquoi parle-t-on d’œcuménisme et non de dialogue comme pour les religions non chrétiennes?

Pasteur Pierre Boismorand: Les catholiques et protestants ont une racine commune: ils considèrent Jésus-Christ comme fondateur de leur Eglise, ce qui n’est pas le cas des autres religions. Le terme ›’œcuménisme » – sans entrer dans son étymologie – fait référence à cette identité chrétienne commune. Au départ, il y avait une Eglise unique, qui a connu des divisions internes au cours de l’histoire, sur le plan doctrinal, ecclésiologique ou pastorale. Malgré ces séparations historiques, les chrétiens – catholiques et protestants – peuvent encore donner un témoignage commun face aux grands défis actuels. Ce que nous appelons œcuménisme est, aujourd’hui, une réalité incontournable. Rien ne peut arrêter la dynamique engagée, que soutient l’Esprit de Dieu plus que nos ruptures. TS

Encadré

Bien qu’il dresse un bilan positif du dialogue œcuménique et interreligieux, Pierre Boismorand reconnaît qu’il y a encore, en Valais, d’énormes efforts à déployer pour rendre effectif et permanent le dialogue au sein des Eglises chrétiennes. Il déplore à cette occasion un esprit de repli sur soi qu’affichent certaines Eglises. Plaidant pour un œcuménisme plus concret, il interpelle les autorités ecclésiales des Eglises chrétiennes du Valais, souhaitant qu’elles promeuvent le dialogue interreligieux au sens le plus large, incluant toutes les confessions religieuses présentes en Valais. A ses yeux, les Eglises chrétiennes doivent faire preuve d’ouverture aux confessions non chrétiennes présentes en Valais, aussi minoritaires soient-elles. « Tant qu’on n’a pas encore compris que ’ce n’est pas notre foi qui nous sauve mais que c’est Dieu qui nous sauve, le dialogue œcuménique ou interreligieux restera toujours une illusion », estime le pasteur réformé. Malgré l’évolution des mentalités au sein du catholicisme, du protestantisme ou des confessions non chrétiennes, il y a toujours des « barrières à dépasser », fait remarquer le théologien qui relève qu’en Valais, le manque de dialogue interreligieux et l’esprit de distanciation de quelques Eglises chrétiennes, comme les Eglises évangéliques, constitue un grand défi et un contre-témoignage vis-à-vis du mouvement pour l’unité des chrétiens. (apic/ts/lcg)

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