Nigeria: «Les violences n’ont rien à voir avec la religion», estime l’archevêque de Jos
Jos, 21 janvier 2010 (Apic) Mgr Ignatius Ayau Kaigama, archevêque de Jos, chef-lieu de l’Etat de Plateau au Nigeria, estime que les violences qui ont secoué la ville depuis dimanche «n’ont rien à voir avec la religion». Pourtant, depuis dimanche dernier, les violences entre chrétiens et musulmans ont fait près de 300 morts.
Ces violences ont fait plus de 300 morts selon le dernier bilan, et blessés des centaines d’autres. Des milliers de personnes ont pris la fuite, entre 20’000 et 50’000 selon les sources.
Il est regrettable de constater à quel point les médias sont enclins à recourir aux stéréotypes pour décrire les événements qui se vérifient à Jos, déplore Mgr Ignatius Ayau Kaigama, archevêque de la capitale de l’État du Plateau, théâtre depuis dimanche dernier d’épisodes de troubles et d’affrontements entre groupes de jeunes chômeurs, qui ont causé la mort et la désolation.
Les autorités nigérianes ont imposé en ville un couvre-feu permanent (24 heures sur 24) pour y rétablir l’ordre. Selon le prélat, contacté par Misna»à ce que nous pouvons voir d’ici, la religion n’a rien à voir avec les violences». Il précise: «Pour le simple fait que le Nigeria est un pays très homogène sur le plan religieux, équitablement composé de musulmans et de chrétiens, tout y est envisagé d’un point de vue religieux. Même lorsque deux personnes se disputent au marché, certains journaux citent immédiatement leur religion comme motif du litige».
L’archevêque observe en revanche que les dernières violences se rattachent plus aux tensions existant entre d’influentes personnalités locales (du monde politique et économique de la ville) qu’à des questions «ethniques ou religieuses». «Les Nigérians sont très religieux et c’est pourquoi des personnes sans scrupules n’hésitent pas à se servir de la religion ou, si besoin est, de l’ethnie, pour rassembler tout un mouvement autour d’elles. Et malheureusement, considérant la pauvreté diffuse et le manque de travail, ces personnes parviennent facilement à fomenter des centaines de jeunes et à faire éclater le chaos», dit encore Mgr Kaigama. Aussi la presse nigériane met-elle l’accent mercredi sur le «caractère politique» des violences – identiques à celles des derniers jours – qui avaient sévi à Jos en novembre 2008, causant la mort de 700 personnes minimum, selon des bilans officieux.
Les travaux de la commission d’enquête présidentielle Abisoye sur les troubles de 2008 viennent par ailleurs de débuter à Jos. Il s’agit de l’une des cinq commissions d’enquête instaurées l’an dernier par les institutions nigérianes – gouvernement de l’État du Plateau, gouvernement fédéral, bureau du président, sénat, assemblée nationale – pour élucider l’origine des heurts.
Le quotidien local This Day constate notamment que le grand nombre des commissions d’enquête (et le conflit formel et juridique ayant dernièrement opposé les institutions nationales quant aux véritables titulaires de la compétence d’enquêter sur les faits) prouve que des aspects politiques importants et délicats figurent à l’origine des violences, qualifiées hâtivement par les médias occidentaux d’»ethniques ou religieuses».
Six unités des forces armées et des centaines d’agents de police ont été déployés en renforts à Jos. Selon les chiffres diffusés mercredi, au moins 5’000 personnes auraient trouvé refuge dans des écoles, des commissariats, des camps improvisés, des églises ou des mosquées. Cependant, des estimations bien plus élevées ont été publiées dans la soirée. L’incertitude reste entière concernant le nombre des victimes qui s’élèveraient à plusieurs centaines, selon des témoins repris par des sources de presse internationales, et à quelques dizaines, selon la police nigériane. Les agents de la Croix Rouge ont visité mercredi les instituts pénitentiaires où ont été écroués près de 220 suspectés d’avoir fomenté les troubles. (apic/misna/pr)
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