Aborder la religion de façon positive, et non à partir des problèmes
La Tour-de-Trême, 29 janvier 2010 (Apic) En un an et demi, l’exposition «Les cinq grandes religions: une approche par les sens» a fait le tour des 13 Cycles d’orientation (CO) du canton de Fribourg et a même été présentée au Salon du Livre à Genève. Elle termine actuellement son périple à La Tour-de-Trême.
Didactique, l’exposition propose en cinq tableaux une approche théorique de l’islam, du bouddhisme, de l’hindouisme, du judaïsme et du christianisme, une traversée des liturgies et des rituels de ces religions. Avec le souci d’identifier ce qu’il y a de commun entre elles. Ainsi, un panneau met en évidence le fait que toutes les religions prônent la «règle d’or», connue chez les juifs et les chrétiens sous la forme: «Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse».
Le hall principal du CO de La Tour abrite pour deux semaines encore les stands de présentation des cinq religions (*). Chacune d’elles est située chronologiquement sur un panneau, avec photos et moult explications sur les préceptes de base. Des odeurs envahissent l’espace, surtout à l’approche des stands consacrés au bouddhisme et à l’hindouisme. Des sons se font parfois entendre: des élèves accompagnés d’un enseignant tentent de souffler dans une corne juive utilisée lors de la prière. Le clou de l’exposition prend la forme d’une gigantesque bible de près d’un mètre de large, confectionnée à la main par les élèves et les enseignants du CO de la Tour-de-Trême. Un travail artisanal de six mois pour la seule fabrication du papier, et de deux ans pour copier des extraits des 73 livres de la bible. Soit une centaine de pages réalisées à la main, calligraphiées et peintes.
La Bible prendra bientôt place à l’espace de recueillement de La Tour, dans une niche qui correspond à ses dimensions. Les objets appartenant aux différentes communautés religieuses seront restitués à leur propriétaire et les panneaux seront entreposés dans le sous-sol de l’école. Mais pas pour longtemps. Ils feront bientôt le tour des CO du Valais, avant d’être à nouveau présentés durant un cycle de deux ans dans le canton de Fribourg, avec les prochains élèves.
André Zamofing, professeur de religion et d’éthique au CO de la Tour, a été la cheville ouvrière de cette initiative. Il fait le bilan de cette expo, qui a reçu un prix d’encouragement de la part du professeur Hans Küng dans le cadre du projet «éthique planétaire».
Apic: De nombreuses activités ont accompagné les stands consacrés aux 5 grandes religions …
André Zamofing: Oui, dans le cadre de l’exposition ont également eu lieu des conférences ou représentations avec des icônes, des mandalas, des bols tibétains, … Durant ce début d’année scolaire, l’accent a été mis sur l’islam, notamment en raison de la votation sur les minarets. Le matériel d’exposition comprend aussi un guide et des appuis pédagogiques. Nous avons misé sur la découverte des religions par les sens d’abord, et par la connaissance ensuite.
Les élèves n’ont souvent pas la possibilité d’approcher certaines religions. Ce sont donc les objets religieux qui sont allés jusqu’à eux.
Nous avons également connu quelques synergies dans certains CO. Ainsi des professeurs de dessins ont pris des thèmes religieux, comme le bouddha, et ont monté une expo dans l’expo. Ou encore des repas casher ont été confectionnés lors du cours d’économie familiale. Il y a également eu des célébrations, des conférences sur des thèmes annexes comme les sectes.
Et bien entendu des rencontres interreligieuses ouvertes au public. Ce sera le cas le 9 février à La Tour (*) avec des représentants des trois religions monothéistes. Le but est de s’ouvrir au dialogue.
Apic: Et vous-mêmes, je pense qu’en matière de découvertes, vous avez aussi été servi!
A.Z: Oui, et cela a commencé durant les préparatifs, lors des rencontres – très enrichissantes – avec les responsables religieux afin de monter les stands consacrés à leur communauté. Il fallait rassembler des objets permettant de cerner l’identité de leur religion.
Je me rappelle de ma rencontre avec Gonsar Rinpoché, du Centre Bouddhiste Tibétain du Mont-Pèlerin. Il m’avait remis une trompe sacrée, amenée en catimini en Suisse depuis le Tibet. Il s’agissait de l’objet le plus précieux de la communauté bouddhiste tibétaine de Suisse. Je suis parti du Mont Pèlerin avec cet objet dans ma voiture. Gonsar Rinpoché ne m’avait demandé ni mon nom, ni mon adresse! Ce détachement bouddhiste face à la matière m’a impressionné.
Apic: Avez-vous connu des problèmes de déprédation ou de vol durant ces deux ans?
A.Z: L’exposition n’a pas connu la moindre déprédation, et un seul vol: au Salon du Livre, alors que des agents de sécurité étaient présents en nombre!
J’en déduis que les jeunes savent respecter ce qu’ils connaissent et apprécient. Et surtout des objets dont ils perçoivent une forme de rayonnement.
Apic: Et comment a été vécue la période tumultueuse de la votation sur l’interdiction des minarets?
A.Z: Nous avons eu une conférence à l’aula du CO de Pérolles à Fribourg trois jours après la votation. Et les trois premières questions provenant du public étaient des attaques contre l’islam! Mais Mohamed Ali Batbout, responsable des communautés musulmanes de Fribourg, a su apaiser le débat. Tout en mettant certains points sur les i à propos des préceptes de l’islam!
Quant aux réactions parmi les élèves, nous assistons aux mêmes tendances que dans la société adulte: ouverture ou peur. Sinon, la votation sur les minarets n’a pas suscité des débats enflammés parmi eux.
Je suis très positif et très confiant face à cette génération de jeunes, qui va s’ouvrir davantage à la diversité religieuse que celle de leurs parents. Ils vivent l’expérience interreligieuse en classe, avec la diversité de provenance des élèves.
Les élèves musulmans ont d’ailleurs beaucoup apprécié l’exposition. On parle enfin d’eux, et de leurs valeurs, et au même niveau que les autres religions!
Apic: Il est tout de même étonnant de voir des ados passionnés par des sujets religieux …
A.Z: Oui, c’est la bonne surprise de cette exposition: avoir pu intéresser des ados avec un sujet délicat, et qui ne colle pas vraiment à leur réalité quotidienne. Nous aurions pu tomber complètement à côté et ça n’a pas été le cas. Les réactions sont unanimement positives, autant parmi les élèves que chez les enseignants et à la Direction de l’instruction publique.
Après 15 ans d’enseignement et d’aumônerie, je peux le dire: il y a une place pour le spirituel et le religieux chez les jeunes. Et pas seulement chez eux. Notre société est vraiment en quête de spiritualité. Et en cela, je vois une évolution positive par rapport aux années post-soixante-huitardes et à la fin du siècle dernier.
Un autre mérite de l’exposition est d’avoir abordé la question religieuse de façon positive, et non à partir de problèmes comme les difficultés d’intégration, le voile islamique dans les lieux publics ou les minarets.
Encadré:
(*) L’exposition sur les 5 religions est ouverte au public de 8h à 17h00 du lundi au vendredi jusqu’au jeudi 11 février dans le hall principal du CO de La Tour-de-Trême.
La dernière manifestation sera une conférence ouverte à tous intitulée «Juifs, chrétiens et musulmans ensemble, une chance pour notre monde».
Elle a lieu mardi 9 février dès 19h.
Avec:
– Lionel Elkaïm, responsable de la communauté israélite de Fribourg
– Jean-Marie Pasquier, prêtre catholique, membre de la communauté pluri vocationnelle, Notre-Dame de la Compassion à Bulle
– Mohamed Ali Batbout, responsable des communautés musulmanes de Fribourg.
Au programme:
– dès19h dans le hall principal: visite guidée de l’exposition sur les 5 grandes religions avec la présence des intervenants
– dès 20h à la salle CO2: conférence sous la forme d’une rencontre interreligieuse avec la lecture d’extraits de la Thorah, du Coran et des Evangiles; débat avec le public.
(apic/bb)
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