Grande-Bretagne: Polémique après l’allocution du pape aux évêques d’Angleterre et du Pays de Galles

Benoît XVI a dénoncé des effets négatifs de la loi sur l’égalité

Londres, 3 février 2010 (Apic) La polémique se poursuivait mercredi dans les médias britanniques après l’allocution prononcée lundi par le pape Benoît XVI aux évêques d’Angleterre et du Pays de Galles venus en visite «ad limina» au Vatican. Le souverain pontife avait critiqué les effets – négatifs à ses yeux – de certaines dispositions de la nouvelle législation sur l’égalité, l’»Equality Bill», qui concerne notamment la non discrimination en matière de croyances, d’orientation sexuelle, d’âge, etc.

Le pape avait relevé que certaines dispositions de cette législation destinée à atteindre l’égalité «impose d’injustes limitations à la liberté de communautés religieuses d’agir en accord avec leurs (propres) croyances». Il avait estimé que sous certains aspects, «en effet, elle viole la loi naturelle sur laquelle est fondée l’égalité de tous les êtres humains et par laquelle elle est garantie».

Dans son allocution, il a incité les évêques présents à s’assurer que l’enseignement moral de l’Eglise soit toujours présenté dans son intégralité et qu’il soit défendu de façon convaincante. Il leur a demandé de continuer à insister sur leur droit à participer au débat national dans un dialogue respectueux avec les autres éléments de la société. Il leur a également demandé de parler d’une seule voix – évêques, prêtres, enseignants, catéchistes, écrivains, etc. – dans ces matières.

La presse parle d’une «intervention sans précédent dans la politique britannique»

Les Eglises catholique et protestante britanniques craignent que la «loi sur l’égalité», actuellement débattue au Parlement, puisse les contraindre à embaucher des homosexuels ou des transsexuels parmi leur personnel non clérical comme par exemple des enseignants. Le projet de loi ne concerne en revanche ni les prêtres ni les pasteurs.

Mercredi, le quotidien britannique «The Telegraph» a qualifié la prise de position du pape Benoît XVI, qui doit se rendre en visite pastorale en Grande-Bretagne du 16 au 19 septembre prochain, d’»intervention sans précédent dans la politique britannique». Selon le quotidien, le Premier ministre britannique Gordon Brown est inquiet et souhaite que les relations entre Londres et le Vatican restent cordiales. Le gouvernement a indiqué que les parties litigieuses de l’»Equality Bill» allaient être abandonnées. Toujours selon «The Telegraph», une source au «10 Downing Street» – la résidence et le bureau du Premier ministre – a déclaré: «Nous sommes clairement d’avis que ces parties de l’Equality Bill ne devraient pas être retenues. On a pris note de l’intervention du pape».

Les commentaires du pape ont par contre suscité de fortes critiques de la part de certains groupes militants qui annoncent des manifestations lors de sa prochaine visite pastorale en Angleterre et en Ecosse en septembre prochain. Ainsi, Naomi Phillips, de l’Association Humaniste Britannique, a déclaré que «cette dernière attaque contre les valeurs modernes, libérales, est encore une autre raison pour laquelle nous nous opposerons à la visite du pape au Royaume-Uni».

Un mouvement militant pour le laïcisme, la National Secular Society (Société laïque nationale), prépare déjà une manifestation contre la visite du pape, accusé de vouloir attaquer l’égalité des droits et de faire «la promotion de la discrimination». Son président Terry Sanderson refuse que le contribuable paie quelque «20 millions de livres sterling» pour cette visite, estimant que «c’est à l’Eglise catholique de prendre en charge la visite de son chef». Des militants de la cause «gay» ont également protesté contre les commentaires du pape concernant la législation sur l’égalité. Le député travailliste Stephen Hughes s’est déclaré «consterné». Le Premier ministre Gordon Brown a déclaré qu’il respectait le pape mais que faire des commentaires serait «inapproprié», rapporte mercredi la BBC. Selon le porte-parole officiel du Premier ministre, Gordon Brown a une «immense admiration et du respect» pour le souverain pontife qui fera cette année la première visite pontificale en Grande-Bretagne depuis 1982. JB/Tel/BBC

Encadré

L’Eglise catholique a déjà perdu la bataille concernant l’adoption par les couples «gays»

L’Eglise catholique en Angleterre et dans le Pays de Galles a déjà perdu devant les tribunaux la bataille concernant l’adoption par les couples «gays». En juin dernier, un tribunal britannique a interdit la discrimination visant les couples homosexuels désirant adopter des enfants. C’était une première défaite pour l’Eglise catholique en Angleterre et au Pays de Galles, qui voulait garder ses propres règles pour ses dernières agences d’adoption.

Selon la loi, l’adoption doit être ouverte aux couples homosexuels, ce que ne peut accepter l’Eglise catholique. Dans un jugement qui fait jurisprudence, le «Charity Tribunal», l’été dernier, avait mis en demeure l’agence «Catholic Care social services» du diocèse de Leeds. Elle ne pouvait plus continuer à oeuvrer en tant qu’agence d’adoption si elle n’acceptait pas des couples du même sexe comme pouvant potentiellement adopter. Les agences d’adoption, qui trouvent chaque année un foyer pour des centaines d’enfants, enfreignent la loi si elles refusent les couples «gays» comme parents adoptifs. Les agences catholiques ont eu le choix entre fermer leurs services d’adoption ou enfreindre les principes religieux de leur Eglise.

L’oeuvre d’entraide du diocèse de Leeds, qui existe depuis 60 ans, avait fait appel à la «Charity Commission», l’organisation de surveillance des sociétés de bienfaisance en Angleterre et au Pays de Galles, afin d’obtenir une exemption à la loi définissant les droits à la non-discrimination et à l’égalité devant la loi (»Sexual Orientation Regulations») de 2007. Cette législation, qui vise à combattre la discrimination en raison de l’origine, du handicap, du sexe, de la religion, de l’orientation sexuelle et de l’âge, interdit la discrimination visant les homosexuels en matière de biens et de services. Le tribunal avait alors donné tort au diocèse de Leeds, et l’agence diocésaine a dû réorienter son travail.

La question du droit d’adoption par les couples de même sexe a mis sous pression toutes les agences d’adoption catholiques en Grande-Bretagne. La nouvelle législation britannique peut en effet forcer une agence diocésaine à confier des enfants en vue d’adoption à des couples homosexuels. Les agences qui refuseraient de le faire enfreindraient la loi. Ces règlements (»Sexual Orientation Regulations») sont critiqués par des groupes confessionnels qui estiment que les gens ne peuvent plus agir selon leurs convictions religieuses.

Onze agences d’adoption catholiques en Angleterre et au Pays de Galles et deux en Ecosse avaient jusqu’au 1er janvier de l’année dernière pour être en accord avec les nouveaux règlements concernant l’orientation sexuelle. La plupart d’entre elles ont choisi de devenir une agence laïque et indépendante de l’Eglise. (apic/bc/tel/be)

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